Chapitre 20

23 rue Eugène Duroméa – 76620 – LE HAVRE

 

2 - Jacques SOULE, curé (1971-1975)

 

 

Jacques SOULE était déjà venu au début du mois de Juillet, "en repérage", et pour prendre contact avec sa nouvelle paroisse. Il arriva définitivement le 1 Septembre.

 

Ses démarches auprès de l'Archevêque de ROUEN avaient été couronnées de succès. Il avait obtenu un second vicaire. Ce fut Christian-Marie CAFFET, ordonné en Juin. Il arriva le 15 Septembre. Je l'avais connu dans les années 1965-1966 au Camp de vacances de CALTOT. Il était alors moniteur à la session que dirigeait mon ami Jean-Pierre BULTEL. En 1971, il avait 26 ans.

 

Depuis quelques années une communauté de Frères Auxiliaires du Clergé, fondée dans les années 50 par le Père DENTIN, résidait au HAVRE, sur le quartier Saint Léon. L'un d'eux, Germain JEANJEAN, était déjà à l'œuvre sur la paroisse du Sacré Cœur de la Mare-au-Clerc. Un autre travaillait à la paroisse saint Jean-Baptiste de Bléville. Un troisième arriva à la paroisse sainte Jeanne d'Arc en Septembre : c'était Roger MORVAN.

 

Une communauté de deux religieuses de la Congrégation des Sœurs de Saint Aubin était déjà présente depuis quelques années. L'une d'elles fut rappelée par la Supérieure. Elle fut remplacée par Sœur Marie-Germaine. Sœur Saint-Jean resta. Une jeune les rejoignit : Sœur Claire-Françoise, qui entrait tout juste dans la Congrégation.

 

L'équipe pastorale était donc composée, à cette rentrée 1971, de 3 prêtres, 1 frère auxiliaire et 3 religieuses.

Zone de Texte:  
Le Manoir, 12 rue Horace Vernet

Nous logions à quatre au presbytère. Les religieuses étaient logées au Manoir, rue Horace Vernet. Dans un logement situé dans la cour du Manoir habitait le sacristain de la paroisse, André LEMPERIER, qui était aussi "l'homme à toutes mains".

 

Jacques SOULE était le curé… ou plutôt il allait le devenir dans les deux années qui suivirent. Je veux dire qu'il fut porté au pouvoir, comme malgré lui, par les braves gens qui le considéraient comme le chef de la paroisse, et s'adressaient à lui en tant que tel. Ce qui eut pour conséquence que son désir de vivre en équipe se transforma peu à peu; et que celui qui se voulait au départ notre égal devint, malgré lui, notre chef.

 

J'étais le premier vicaire. J'avais l'avantage de l'ancienneté dans la place, et de déjà connaître les lieux et les personnes. Mon apanage était l'Aumônerie du Lycée, qui ne concernait pas la vie paroissiale, pas plus que l'Aumônerie des Guides de France; et l'aumônerie du Collège qui, lui était situé sur la paroisse. J'étais également en relation avec la Centrale d'Action Catholique, où j'avais pris l'habitude de déjeuner chaque midi depuis 1969, avec les amis qui y résidaient : Robert HEDOUIN, aumônier diocésain de l'Action Catholique Ouvrière; Joseph SEGARD, aumônier diocésain de l'Action Catholique des Milieux Indépendants; Claude CHAPPELIN, aumônier diocésain de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne; Michel QUOIST, aumônier diocésain de la J.E.C (filles), et mon ami Yves GRANDGUILLOT, aumônier diocésain de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (garçons).

 

Christian-Marie CAFFET, qui avait tout juste 26 ans, débarquait avec son projet particulier. Il nous en fit part dès son arrivée. Sa vocation, selon lui, n'était pas la pastorale paroissiale, mais la vie religieuse. Il n'était en paroisse qu'afin de mûrir son projet et d'en trouver l'aboutissement. Manifestement, il n'était pas à l'aise dans le grand vent de la vie pastorale : il préférait passer du temps à correspondre avec de multiples personnes.

 

Roger MORVAN avait passé une bonne partie de son temps jusqu'alors au Siège de la Fraternité, en Picardie. Il avait 32 ans. C'était un garçon un peu secret, qui ne faisait pas de bruit, mais dont l'action auprès des jeunes était effective.

 

Nous décidâmes de prendre ensemble le repas de midi au presbytère. Le soir, chacun se débrouillait. Le ménage et la cuisine étaient assurés par Madame DELARCHE, qui habitait le quartier, et qui possédait les deux qualités indispensables pour remplir la fonction : la compétence et la discrétion.

 

Chacune des religieuses avait également sa responsabilité. Sœur Marie-Germaine, la responsable, prenait part à la Catéchèse. Sœur Saint-Jean tenait la maison. On avait confié l'équipe de J.O.C.F à Claire-Françoise avec mission de développer le Mouvement.

 

Tout ce bel édifice s'écroula dans les années 1975-1976. Je quittai la paroisse en Juin 1975, en même temps que Roger MORVAN. Christian-Marie partir en 1976. Et Claire-Françoise reprit son prénom et son nom de famille la même année, lorsqu'elle quitta une Congrégation qu'elle estimait vieillotte et incapable de se réformer pour  accueillir des jeunes en son sein. En Juin 1976, il ne resta que Jacques SOULE, avec Sœur Marie-Germaine et Sœur Saint-Jean.

 

Reste à exposer maintenant mon histoire personnelle et l'histoire de cette équipe. Je le ferai, non pas de façon suivie, mais par grands thèmes.

 

Les MARIAGES

 

Ces années furent celles où je célébrai le mariage d'un certain nombre de jeunes, que j'avais connus dans un passé proche, soit à Saint Jo, soit par les Guides de France, soit par l'Equipe enseignante Jeunes. Je ne parlerai pas des mariages "ordinaires", je veux dire ceux que tout prêtre en paroisse célèbre à la demande des fiancés qui se présentent à lui. Ces années, il faut le rappeler,  furent celles de la grande crises, de l'économie comme des institutions sociales et religieuses. Et, comme le mariage est à l'interface du social et du religieux, il prit la crise de plein fouet. Les exemples que je cite le montrent.

 

La série avait été inaugurée le mardi 7 octobre 1969 par le mariage de Catherine et de Jean-Louis. Je connaissais Catherine depuis le premier camp de Guides que j'avais accompagné en 1962, et j'étais entré en amitié avec ses parents. Son père, importateur de café, me fournissait régulièrement (et gratuitement) cette précieuse matière…Dans les années qui suivront, je célébrerai le baptême de leurs trois enfants : Thierry, Cécile et Anne-Sophie. Et les funérailles de Jean-Louis, en Juillet 2002… Ils s'aimèrent jusqu'au bout…

 

Le 29 juillet 1970, ce fut le mariage, à DIEPPE, de François et de Françoise, fille de mes amis LE COURTOIS. Célébré par Marcel LE ROULLEY, avec qui j'étais au Séminaire, ce mariage se terminera un jour par le suicide de François. Quant à mon ami Marcel, il quittera le ministère quelques temps après ce mariage.

 

 Le mardi 26 septembre 1970, c'est mon ami Yves GRANDGUILLOT qui célébrait le mariage de sa sœur Marie-Thérèse avec François. Là encore, après une trentaine d' années de vie commune extrêmement pénible et éprouvante pour tout le monde, ils finiront par divorcer…

 

Le lundi 4 janvier 1971, je célébrai le mariage de Jean-Paul et de Françoise. J'avais connu les deux. Jean-Paul avait été mon élève à Saint Jo. Françoise avait été Guide. Elle était infirmière et passionnée de parachutisme. Je célébrai également le baptême et la première communion de leurs enfants. Puis, un jour, ils se séparèrent. Et j'appris par le journal, quelques temps après, la mort de Françoise.

 

Le samedi 12 juin 1971, je célébrai le mariage de René et de Françoise, fille d'amis de la paroisse. Cocorico ! Leur mariage tient toujours en 2005 !

 

Le jeudi 8 juillet 1971, c'était le tour de Didier et de Marie-Laure, fille de mes amis LE COURTOIS. J'hésitai longtemps avant d'accepter de célébrer ce mariage, car je pressentais qu'il se présentait mal. Mais je ne savais dire pourquoi. Et eux disaient qu'ils s'aimaient et qu'ils désiraient vivre ensemble.  Ma décision de célébrer leur mariage me vint de façon bizarre : en rêve ! Et, en fin de compte, quelques années après, ils se séparèrent.

 

Je clorai cette liste avec deux derniers mariages, qui durent encore en 2005.

 

Le premier fut célébré le vendredi 29 juin 1973 par l'Abbé Jean LEMOINE, qui était alors professeur de philosophie à Saint Jo. Alain, que j'avais connu dès mon arrivée à Saint Jo, et dont les parents étaient sourds, épousait Colette, qui était professeur d'Allemand. Bien qu'il y ait entre eux une légère différence d'âge, ils continuent aujourd'hui encore à faire route ensemble.

 

Le second concernait Philippe, que j'avais connu également à Saint Jo, et Catherine, qui était Guide lors de mon premier camp. Je le célébrai le vendredi 13 juillet suivant. Selon les informations que j'ai actuellement en 2005, il tient toujours !

 

Les EQUIPES de REFLEXION

 

Dans ces années de profonds bouleversements, dont nous n'avions pas conscience à quel point ils étaient profonds, ni à quel point leurs effets seraient durables, beaucoup, parmi les croyants, demandaient à se retrouver régulièrement à plusieurs, avec un prêtre, pour discuter et échanger.

Consultant les agenda de ces années, je trouve plusieurs rendez-vous périodiques. Je relève quelques dates de l'année 1972, sans prétendre établir une quelconque hiérarchie.

 

- Jeudi 20 janvier – Réunion M.C.C. J'avais accepté d'accompagner une équipe de Cadres du Mouvement des Cadres Chrétiens. Elle était constituée de six couples. Nous nous retrouvions chaque mois, chez l'un ou chez l'autre, pour le dîner suivi de la réunion. Le couple qui devait recevoir préparait la rencontre avec moi, en fonction de l'actualité professionnelle de chacun, ou d'un article de la revue du Mouvement.

 

- Samedi 22 janvier – Réunion d'acheminement. Un ensemble de quatre couples, qui demeuraient sur le quartier. Chaque mois, ils se retrouvaient pour partager des évènements de leur vie. J'avais en vue de les acheminer vers l'A.C.I.

 

- Jeudi 27 janvier – Jeunes du Lycée + Prof.  Quelques jeunes des classes de terminale du Lycée avaient un professeur de Philosophie agnostique, qu'ils admiraient pour ses connaissances et sa pédagogie. Ils nous proposèrent, à lui et à moi, d'organiser une rencontre pour parler du sens de la Vie. C'est ce soir-là qu'elle eut lieu. Je n'ai jamais eu de retour de cette rencontre, mais j'en fus personnellement intéressé.

 

- Samedi 5 février – Préparation au Baptême.  Ce type de réunion est devenu maintenant courant dans l'Eglise de France. Un couple reçoit, chez lui ou dans une salle paroissiale, quelques parents qui demandent le baptême pour leur enfant. A l'époque, nous étions dans les premiers initiateurs. J'avais, dès l'année 1970, trouvé trois foyers, implantés dans trois quartiers différents de la paroisse. Raymond et Madeleine étaient l'un de ces trois foyers. Ils demeuraient rue René Bazille, un ensemble de H.L.M, dont la majorité des habitants était ouvrière. Ils me racontèrent qu'une femme était venue sonner chez eux, pour s'excuser de ne pas pouvoir participer à la réunion prévue quelques jours plus tard. Elle s'était bien habillée, pensant qu'elle allait être reçue par des gens aisés. Ensemble, ils remirent la réunion à un autre jour. Lorsqu'elle arriva cette fois-là, elle avait conservé sa tenue habituelle, ayant vu que Madeleine était une femme de son milieu.

 

- Mercredi 16 février – Répétition guitare. Le dimanche, la messe de 9 heures, plus spécialement destinée aux jeunes, était animée par un groupe de musiciens : guitare, flûte, tambourin… Nous nous retrouvions le mercredi soir pour la préparer. Cette année-là, il y avait trois lieux où se retrouvaient de préférence les Jeunes au HAVRE : l'église Sainte Marie, la Chapelle du Lycée François 1°, et l'église Sainte Jeanne d'Arc. A cette messe participaient deuxc ou trois cents personnes de façon régulière.

 

- Vendredi 18 février – A.C.I. En arrivant à la paroisse Sainte Jeanne d'Arc, j'avais invité quatre foyers, qui désiraient approfondir leur foi, à se retrouver régulièrement. Après deux années, et ayant pris contact avec les responsables de l'A.C.I, ils décidèrent de se relier à ce Mouvement. J'en parlerai plus loin.

 

- Lundi 21 février – Recherche A.C.G.F. Depuis mon arrivée à la paroisse, j'animais les réunions des parents qui avaient un enfant en catéchèse de C.E.2. A la fin de chaque année, je proposais aux mères de famille qui le désiraient de continuer des rencontres, pas seulement au sujet de la catéchèse, mais autour de tout ce qui concerne la vie personnelle et la vie de foi. Une équipe s'était ainsi formée à la fin 1971. Une autre devait naître en 1972. Ces rencontres s'organisaient autour de la revue de l'Action Catholique Générale Féminine (A.C.G.F).

 

-                     - Jeudi 24 février – Acheminement A.C.I. Dans le courant de l'année 1970, une jeune mère de famille, que j'avais connue naguère aux Guides, était venue me voir pour que je l'aide à mettre en place des rencontres de parents de jeunes enfants autour de l'Education à la Foi. Elle réunissait une bonne vingtaine de ses amies, qui avaient, comme elle, de tout-petits enfants. Parmi ces amies, certaines avaient demandé à se retrouver en couple, pour approfondir ensemble leur foi personnelle. C'est cette équipe que j'accompagnais, et qui avait décidé de cheminer vers l'A.C.I.

 

- Mercredi 1 mars – Réunion de Carême. L'Abbé BELLANGER, les années précédentes, proposait aux familles qui le désiraient de réunir deux ou trois couples amis à l'occasion du Carême autour de fiches prévues à cet effet. Nous avions décidé de poursuivre ce genre de rencontres. Chaque année, quatre ou cinq groupes se formaient ainsi.

 

- Vendredi 9 juin – GOSPEL NIGHT. En 1969, le Père Guy de FATTO, de PARIS, ancien bassiste de l'orchestre de Claude LUTER, avait inauguré une nouvelle forme de célébration, qu'il nommait "Gospel-night". Au début de l'année 1972, il nous proposa d'en organiser une au HAVRE. Il vint avec une chanteuse, une danseuse et un machiniste. Nous avions réuni une bonne trentaine de jeunes. Ils répétèrent tout l'après-midi. Et le soir, la célébration regroupa plus de 800 personnes. Toutes furent enthousiasmées. Parla suite, j'en organiserai avec l'aumônerie du Lycée.

 

- Mercredi 29 novembre – G.R.T.  Il s'agit ici de la première réunion du Groupe de Réflexion Théologique. Depuis quelques temps, nous réunissions le samedi soir, après la messe, quelques jeunes (18-25 ans), pour approfondir l'homélie. Un jour, quelqu'un (je ne me rappelle plus qui), proposa de creuser plus avant quelques questions. C'était l'année où les théologiens Hervé LEGRAND et Henri BOURGEOIS publiaient des études sur "Les Ministères dans l'Eglise". L'année aussi où Rome sortait un document sur ce même thème. C'est sur ce thème que commencèrent ces rencontres du G.R.T. Elles durèrent quelques mois. Puis elles évoluèrent vers une équipe de réflexion qui, peu à peu, se transforma en équipe d'A.C.I. J'en reparlerai.

 

Le SECTEUR HAVRE-NORD

 

Le Synode de 1969 avait mis en place des "Secteurs pastoraux", afin de remplacer les anciens doyennés. Le Secteur HAVRE-NORD, dont la paroisse Sainte Jeanne d'Arc faisait partie, comprenait, outre celle-ci, les paroisses Saint DENIS de Sanvic, Saint JEAN BAPTISTE de Bléville, et la paroisse du SACRE CŒUR de la Mare au Clerc. A la rentrée 1969, chaque Secteur avait été invité à élire son Doyen, pour un mandat de trois années. Le HAVRE-NORD avait élu le Père LAMBERT, Franciscain, qui était aumônier de la Maison du "Bon Pasteur".

 

Une nouvelle élection devait donc avoir lieu en 1972. Elle se fit le Jeudi 15 juin.

 

Le Père LAMBERT ayant décidé de ne pas se représenter, Jacques SOULE avait fait campagne pour que je sois élu. C'est ce qui se passa. Et je le fus pour trois années.

 

J'étais ainsi le Doyen d'un curé dont j'étais le vicaire… ! Autant dire que Jacques et moi étions dans une situation de pouvoir absolument inextricable. A moins de ne rien faire ! Mais je sentais qu'il aurait bien voulu être associé à la marche du Secteur, bien qu'il n'ait pas été élu au Conseil de ce Secteur.

 

Ces années voyaient la création de toutes pièces d'un nouveau quartier au HAVRE : le MONT GAILLARD, qui, au terme, devait regrouper près de vingt-mille habitants. Je proposai donc de faire venir un prêtre qui serait au service du Secteur, plus spécialement chargé de la mission de faire naître la Communauté chrétienne dans ce nouveau quartier. C'est ainsi que Claude LEROY fut nommé. D'autre part, cette année-là, la Congrégation des Sœurs Auxiliatrices avait le projet de créer une Communauté au HAVRE, comprenant deux religieuses au travail, et une troisième en Pastorale. Lors de la première rencontre des Doyens, Jacques RICARD, Vicaire général, nous fit part de ce projet. Je proposai alors que cette Communauté s'implante au MONT GAILLARD, afin d'aider la Communauté chrétienne à naître. C'est ce qui se fit.

 

Mais il fallait financer ces deux opérations, c'est-à-dire rétribuer le prêtre et la religieuse qui serait au service de la Pastorale. C'est pourquoi je proposai de créer une Caisse de Secteur, avec un Comité financier particulier; chaque paroisse cotisant à cette Caisse pour 2 % de ses recettes. Ce qui fut fait.

 

Une autre opération était en projet : la Ville du HAVRE avait réservé un emplacement pour la construction éventuelle d'un lieu de culte. J'aurais aimé qu'on puisse créer un Centre œcuménique. Des pourparlers eurent lieu entre l'Eglise catholique et la Communauté Réformée du HAVRE. A la fin des fins, le projet échoua, car la Communauté Réformée n'avait pas les finances nécessaires au financement d'une telle opération. C'est donc un Centre exclusivement catholique qui vit le jour.

 

La POLOGNE

 

En Novembre 1971, mon frère me téléphona un jour pour me dire qu'il avait rencontré, lors d'un voyage en Europe de l'Est, une jeune polonaise de CRACOVIE, avec laquelle ils avaient formé le projet de se marier. Ils avaient même fixé la date au samedi 18 mars 1972.

Je fis donc toutes les démarches préalables à un tel voyage. C'était une véritable expédition ! Passeports, visas, bons de change, tout cela était nouveau pour mes parents et pour moi-même.

 

J'avais auparavant écrit à l'Archevêque de CRACOVIE pour lui demander l'autorisation de célébrer le mariage de mon frère le 18 mars, à l'église Sainte Marie de la Ville. Il m'avait accordé ce pouvoir, en précisant toutefois qu'il lui paraissait difficile que le mariage ait lieu à la date prévue… Je n'avais pas remarqué, ou très peu, cette incise… Et cette lettre était signée : Karol WOJTYLA, celui-là même qui deviendrait pape, deux ans plus tard, sous le nom de Jean-Paul II.

 

Nous partîmes en voiture de ROUEN le mercredi 15 mars au petit matin. A quatre heures quarante-cinq, je plaçai les bagages dans le coffre de la voiture de mes parents.

Je déposai mon poste-radio sur un des sièges avant. A cinq heures, nous embarquions… mais le poste-radio avait été volé ! Ce n'était que la première d'une série de catastrophes…

 

Nous nous arrêtâmes le soir en Allemagne de l'Ouest pour dormir dans un motel. Le lendemain, après être passés par Vienne, nous franchissions la frontière tchèque à BRATISLAVA. Arrêt prolongé au poste-frontière. Présentation des documents. Fouille de la voiture. Au moment de repartir, je dis à mon père : "Tu me passes les clés de la voiture !" – "Les clés, mais c'est toi qui les as !" – Non, je ne les ai pas !" – "Où sont-elles ?"… Elles étaient restées à l'intérieur. Nous avions enfermé les clés… Il fallut qu'un douanier tchèque vienne nous tirer d'affaire avec un fil de fer, qu'il passa par un interstice de la vitre avant qui était légèrement entr'ouverte, et avec lequel il tira le loquet de la portière… Cela lui valut en remerciement un paquet de Gauloises que lui donna mon père !

 

Nous arrivâmes le jeudi soir à CRACOVIE. Mon frère nous attendait, avec sa fiancée, dont nous fîmes la connaissance. Mes parents furent logés dans la famille de ma future belle-sœur. Quant à moi, je préférai loger dans un hôtel proche.

 

Après avoir visité quelque peu la ville de CRACOVIE le vendredi, nous partîmes le Samedi matin pour le lieu du mariage. Tout le monde était sur son trente-et-un.

 

Arrivés à OLKUSZ, lieu du mariage civil, nous nous rendons à la Maison du Peuple. Personne… On nous dit que le Maire doit être à son usine. Nous nous rendons à l'usine. Personne. Les oncles de ma belle-sœur se renseignent. On leur répond qu'il n'y a pas de mariage prévu ce jour-là, parce que c'est impossible. Nous retournons à  CRACOVIE, au siège central du Parti. Conversations. Négociations. Rien n'y fait. Mariage impossible ! Nous nous étions tous dérangés pour rien… Tête des fiancés.

 

Nous nous retrouvons tous chez les parents de ma belle-sœur. Et nous rentrons.

 

Nous repartîmes le lundi 20. Tout alla bien jusqu'au kilomètre 136 de l'autoroute de MUNICH. Là, panne totale. Je téléphone au Poste de secours de l'autoroute par la borne prévue. On vient nous dépanner. Ca marche ! Et nous repartons. Mais arrivés sur l'autoroute de STRASBOURG, en Allemagne, arrêt brutal de la voiture. Moteur rincé ! Nous confions la voiture à un garage aux fins de montage d'un moteur neuf. Le garagiste nous fixe un délai d'une semaine !

 

Nous passons donc la nuit dans un hôtel proche. Et le lendemain, nous rentrions à ROUEN par le train…

 

Tel fut notre premier contact avec la POLOGNE.

 

Mon frère et Jagoda se marièrent une semaine plus tard, le 25 mars… mais sans nous…. ! A ce jour, je n'ai toujours pas compris pourquoi on ne marie pas en POLOGNE le 18 mars…

 

Le DIOCESE du HAVRE

 

Doyen du Secteur HAVRE-NORD, je participais de plein droit au Conseil presbytéral du Diocèse de ROUEN. Le Code de Droit Canonique de 1983 fait de ce Conseil le Conseil de l'Evêque, mais il ne précise pas quels en sont les membres, ni quelles sont ses attributions, ni quelles sont les questions qu'il peut mettre à son ordre du jour.

Mais sa consultation est obligatoire lorsqu'il s'agit de décisions essentielles à prendre concernant l'organisation ou la gestion d'un Diocèse. C'est pourquoi, puisque l'Archevêque de ROUEN envisageait d'amputer le territoire de son diocèse d'une partie, afin de créer un Diocèse du HAVRE, il lui était indispensable d'avoir l'avis de ce Conseil.

 

Zone de Texte:  
Le diocèse du HAVRE en 2004
Deux sessions furent nécessaires pour aboutir à une résolution. Lors de la première session, les lundi 27 et mardi 28 novembre, on discuta du principe et de l'opportunité. Une majorité se dégagea en faveur d'une telle création. Mais quelques ténors firent entendre un autre son en affirmant leur opposition. Jacques RAOULT était l'un d'entre eux. A un moment de la discussion, Jacques RICARD, le vicaire général du HAVRE, se tourna vers moi et mes voisins : "Je crois que, pour l'érection d'un diocèse, il faudrait des chanoines prébendés !".

 

La deuxième session se tint le lundi 2 et le mardi 3 avril 1973. On discuta sur les limites de ce nouveau diocèse. On aboutit à la configuration ci-contre.

 

Le mardi 27 novembre suivant, Monseigneur VIGNANCOUR, Evêque de BOURGES, fut envoyé au HAVRE, par le Nonce apostolique, afin de consulter prêtres et laïcs avant la nomination du premier évêque du HAVRE. Ses conclusions furent certainement portées à qui de droit (le Nonce, la Curie des Evêques, le Pape ?…). Et le samedi 6 juillet 1974, le Pape Paul VI, par la Bulle "Quae sacrosanctum", créait le Diocèse du HAVRE, et en nommait l'Abbé Michel SAUDREAU, Vicaire général de PARIS, premier évêque.

 

Le 22 septembre de cette même année, dans l'église Notre Dame, promue Cathédrale du nouveau diocèse, le premier évêque recevait la consécration épiscopale.

 

Mon DEPART

 

Je n'ai pas parlé de l'évolution de l'aumônerie du Lycée Claude Monet. J'aborderai le sujet au chapitre suivant.

 

Le samedi 22 mars 1975, à 10 heures, j'avais rendez-vous avec le Père SAUDREAU. Je savais que Jacques SOULE était allé le voir, pour lui faire part de projets qu'il avait de créer à Sainte Jeanne d'Arc une Communauté de laïcs, et un lieu de prière. Le Père SAUDREAU m'en parla. Je lui dis que le projet me semblait quelque peu fumeux, et qu'il ne tiendrait pas la route. A quoi il me répondit que je faisais de l'ombre à Jacques, et qu'il fallait envisager que je quitte Jeanne d'Arc. Il pensait me confier l'Aumônerie diocésaine du M.C.C en remplacement de Robert HEDOUIN. Il envisageait de créer un Comité diocésain du C.C.F.D (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement), et m'en confiait la création. En outre, il me nommait Aumpnier d'une Fédération de l'A.C.I diocésaine. Je restai aumônier du Lycée.

A la fin de l'entretien, il me dit :"Maintenant que nous sommes d'accord sur la mission, vous logerez à la Centrale d'Action catholique !" – "Certainement pas " – "Et pourquoi donc ?" – "Comme aumônier de l'A.C.I, je devrai travailler avec mon ami François BEAU. Or je le connais, et je n'ai pas l'intention de cohabiter avec lui" – "Et où donc pensez-vous habiter ?" – "Je peux habiter l'Aumônerie du Lycée, 43 rue Lestorey de Boulongne. Il y a simplement quelques frais à faire, qui ne reviendront pas très cher, puisque mon père peut en prendre à sa charge". Chose dite. Chose faite. J'habiterais seul, à partir de la rentrée suivante, à l'aumônerie. 

 

D'autres perspectives s'ouvraient devant moi. 

 

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