Parvenu à ce point de l'évocation de mes souvenirs, je dois préciser trois points importants :
1-
Je n'ai aucunement la prétention de rédiger un
ouvrage historique, ni sur le siècle qui m'a vu naître, ni sur les lieux par
lesquels je suis passé, ni sur le Diocèse du HAVRE, encore moins sur
l'évolution du monde ou de l'Eglise catholique. Je couche sur le papier des souvenirs
personnels, tels que je les ai conservés dans ma mémoire, qui est encore
excellente, mais qui n'est pas exempte d'erreurs. Il est donc possible que ces
souvenirs entrent en contradiction avec les souvenirs d'autres personnes qui
auraient vécu les mêmes évènements.
2-
Je n'écris pas des "Confessions". Je ne
livre pas mon âme en pâture au lecteur. Qu'on ne s'attende donc pas, on a déjà
pu s'en rendre compte, à des détails croustillants ou morbides, sur mes joies,
mes peines, ou sur ma vie intime, spirituelle
ou sentimentale. J'ai jadis enseigné la Littérature française. J'ai pratiqué
les "Confessions" de Jean-Jacques ROUSSEAU. Je sais que, malgré son
désir affirmé de tout dire de ce que fut sa vie, il a néanmoins passé sous
silence certains faits ou épisodes. Il en a enjolivé d'autres. Telle est la Loi
du Genre…
3-
Mon existence, on a déjà pu s'en rendre compte, a
été, grosso modo, celle de "Monsieur Tout-le-Monde". Tissée de petits
faits, dont certains ne sont importants que pour moi qui les ai vécus. J'en ai
volontairement laissé de côté, soit parce qu'ils me paraissent maintenant
insignifiants; soit parce qu'ils répétaient des faits semblables.
Bref, j'écris simplement des
"Souvenirs". Pourquoi ? Tout bêtement parce que je sais que, dans les
cinq secondes qui suivront ma mort, ma mémoire aura disparu. Or, il y en a des
souvenirs, dans ma mémoire… !
J'y reviens donc.
Après six années au presbytère de
la paroisse Sainte Jeanne d'Arc, je déménageai au début du mois de Septembre
1975. Quittant Saint Jo en 1969, j'avais fait 1 kilomètre 1/2 vers l'Est. Cette fois, je fis un kilomètre
vers l'Ouest pour venir à l'Aumônerie du Lycée. Je me retrouvai donc à 500
mètres de mon premier poste (voir le plan ci-contre).
En 1969, j'avais été nommé
aumônier du Lycée Claude Monet, proche de Saint Jo. La première année, comme
mes prédécesseurs, je réunissais les élèves (volontaires, bien sûr !) dans les
locaux que me désignait l'Administration du Lycée. Passant un jour par la
rue Lestorey de Boulongne, qui jouxte
pratiquement le Lycée, je remarquai qu'un chalet était en vente. Je n'avais
évidemment aucun argent pour un tel achat. Ce n'était pas non plus ni dans les
projets, ni dans les possibilités du Diocèse de ROUEN. Mais je savais que notre
ami Michel QUOIST, auteur de plusieurs livres à succès pour les Jeunes, avait
créé une "Association pour le Soutien aux Mouvements de Jeunesse",
financée par les droits d'auteur d'un de ses ouvrages ("Le Journal
d'Anne-Marie"). J'allai donc le voir pour lui demander s'il accepterait de
financer cette opération. Il accepta de donner la somme (je crois me souvenir
que c'était 40.000 Francs) à l'Association diocésaine de ROUEN. Et c'est cette
Association qui réalisa l'achat de ce chalet, qui devint alors l'Aumônerie du
Lycée.
C'est donc là que se réunirent les
quelques jeunes de l'Aumônerie, à partir de Mai 1971.
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Presbytère
Jeanne d'Arc |
C'est pourquoi je pouvais proposer
au Père SAUDREAU, en Mars 1975, d'habiter ce chalet, moyennant quelques
aménagements (peinture, papier, chauffage central). Mon père assura les travaux
de peinture et de tapisserie, et mon ami Yves GRANDGUILLOT, qui était alors le
premier chancelier du nouveau diocèse, finança les travaux de chauffage.
C'est donc là que j'emménageai en
Septembre 1975. Cette fois, je fis appel à plusieurs amis, qui vinrent chacun
avec sa voiture. C'est ainsi que s'effectua le transbordement de mes meubles et
de mes affaires personnelles.
Dans mon ministère auprès des
Jeunes du Lycée, je distingue trois périodes : 1969-1973, 1973-1976, 1976-1979.
Première période : 1969-1973.
J'assurais la succession du précédent aumônier, Xavier NICOLAS, Jésuite, qui
avait vécu là les "évènements" de 1968. Je pratiquais comme il
faisait, mais avec plus de difficultés que lui. En 1969, je pouvais compter
environ 60-80 jeunes à suivre les réunions, ce qui, somme toute, était bien…
Dans les trois années qui suivirent, l'érosion fut telle, que je n'en comptai
plus qu'une quinzaine en 1972. Pendant ces années, il n'était évidemment pas question de "faire un cours".
Les jeunes venaient. On discutait. De tout et de rien. Pas forcément des choses
de la Foi… Et il fallait admettre ceux qui venaient, sans avoir aucunement la
Foi, mais simplement pour remettre en cause les choses de la Foi et de la
Religion… On posait beaucoup plus de questions qu'on n'en résolvait !
Deuxième période : 1972-1976. Face
à la désaffection des jeunes pour les réunions d'Aumônerie, me vint alors
l'idée de créer un lieu d'échange et de formation. Je le nommai : C.R.E.C :
Centre de Recherches et d'Etudes Chrétiennes. Je le fis donc savoir, par tracts
et par affiches. Je proposais trois axes : une recherche autour de la
Non-Violence (c'était dans l'air du temps chez les Cathos…), une recherche
autour de nouvelles formes de prière (les Groupes de prière commençaient alors
à se créer), une étude de la Bible. Je n'animais que la recherche biblique. Les
deux autres groupes étaient sous les responsabilité de personnes plus
compétentes que moi. Les rencontres avaient lieu, soit rue Lestorey de
Boulongne, soit chez l'un ou chez l'autre. L'ensemble intéressait une trentaine
de personnes.
Mais j'avais commis une grave
erreur : j'avais pris cette initiative de moi-même, sans consulter l'Evêque.
Comme c'était un homme très libéral, il me laissa faire; mais il me fit savoir
qu'il me laissait faire ! Néanmoins, dans l'année qui suivit, je fus contacté
par le responsable de la Formation permanente oecuménique, qui me demanda si
j'accepterais d'entrer dans l'équipe des responsables. C'est ainsi qu'en 1975,
je commençai à animer une Filière "Sexualité, Amour, Mariage", qui
connut un franc succès (là encore, le thème était dans l'air du temps), et qui
dura pendant au moins deux années. Je devais rester à la Formation permanente
pendant près de vingt années. J'avoue que le travail en commun avec les
Protestants m'a beaucoup apporté.
Troisième période 1976-1979.
Durant ces années, les réunions d'Aumônerie continuaient quand même, avec les
Jeunes intéressés. J'ai le souvenir d'une équipe formée de Michèle, Françoise
et Claude, qui était sérieuse. Pendant un peu plus d'une année, Claude, qui
était en Première, se prépara à la Confirmation. Il envisageait alors une
carrière d'enseignant. Il le fut. Mais bifurqua un jour… Il est maintenant
Vicaire épiscopal et curé de deux paroisses dans le Diocèse.
Je décidai en 1976 de commencer
l'année scolaire par un camp de trois jours dans la région du HAVRE. Du 1° mars
au 31 août, la France connut une période de sécheresse et de chaleur. La pluie
reprit le 1 septembre… juste le premier jour du camp… qui rassemblait une bonne
vingtaine de jeunes. Ce fut quand même un bon camp, qui permit un redémarrage
de l'Aumônerie. Il faut dire qu'entre 1969 et 1976, une génération de Jeunes
avait passé. Ils ne remettaient plus en cause ni la Société, ni la Famille, ni
l'Eglise. Ils étaient au Lycée pour travailler, afin de réussir et d'avoir du
travail. La crise de 1973 était passée par là !
Les trois années scolaires de 1976
à 1979 furent ainsi de bonnes années pour l'Aumônerie. Des équipes de
réflexion; des Week-ends d'étude, de recherche et de prière. J'ai gardé
d'excellents contacts avec des jeunes de cette époque, qui sont devenus des
amis (Marc, Thierry, Laurence), voire même des intimes comme Michèle. J'ai
célébré le mariage de plusieurs d'entre eux… et les funérailles de quelques
parents…
Le mercredi 8 octobre 1975 avaient
eu lieu les élections au Conseil du Secteur HAVRE-NORD, afin de désigner le
Doyen. Mon mandat avait donc été remis aux voix. Mais cette fois-ci, la
propagande qui avait été faite en ma faveur le fut en faveur d'un autre, qui
fut élu : René HEDOUIN, curé du Sacré-Cœur. Cela me passa un peu près du cœur.
Parce que, depuis deux années, nous travaillions à mettre en route la Pastorale
du MONT GAILLARD, et le nouveau lieu de culte de ce quartier. Ainsi va la vie :
l'un plante et l'autre récolte… !
Néanmoins j'avais un projet
concernant la Pastorale des Jeunes au HAVRE : unir les trois lieux où des
Jeunes se retrouvaient en nombre : l'Association Saint THOMAS d'Aquin,
l'Aumônerie du Lycée François 1° et l'Aumônerie du Lycée Claude Monet, en une
seule structure diversifiée en trois branches. La réflexion semblait partie sur
une bonne voie au cours de l'année 1979, mais je n'avais pas remarqué que les
responsables des deux autres structures faisaient front commun, et qu'ils
avaient convaincu l'évêque de suivre leur projet. Si bien que, lorsque je
quittai l'Aumônerie du Lycée Claude Monet en juin de cette année-là, celle-ci
sombra corps et bien ! Mergitur, non fluctuat !…
J'ai rapporté, dans un chapitre
précédent, l'excellent camp d'adolescents en Alsace, au cours de l'été 1971. Je
répétai l'opération au cours de l'été 1972, en Haute-Savoie, au FAYET. Ce fut
une véritable catastrophe ! Il y avait là deux groupes de jeunes : l'un de la
paroisse Sainte Jeanne d'Arc, que je connaissais bien; et un autre, du quartier
de la Mare-au-clerc. C'étaient des jeunes proches de la délinquance. Ils
avaient l'habitude au HAVRE de "piquer" dans le supermarché AUCHAN.
Ils faisaient la même chose dans les supermarchés locaux. Le dernier jour du camp, peu avant le
départ, les gendarmes m'en amenèrent
deux qu'ils avaient pris en flagrant délit ! Je me dis que je n'étais pas
équipé pour ce type de jeunes, et que je ne recommencerais plus l'expérience.
Ce fut mon dernier camp d'ados !
Une ou deux fois par an, l'Abbé
Maurice ADAIRE, originaire du HAVRE, devenu curé d'un village dans le Périgord,
venait chez sa sœur, qui habitait près de l'église Sainte Jeanne d'Arc. Il me
parla un jour de son désir de décaper son église, afin d'en rendre les pierres
apparentes. Me vint alors l'idée d'organiser un chantier de restauration. Ce
que je proposai à mon ami ADAIRE. Qui le proposa à son maire. Qui accepta.
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C'est ainsi qu'en Juillet 1973,
je partis avec une dizaine de jeunes à SAINT PARDOUX LA RIVIERE, en Dordogne,
dans le Périgord noir. Et là, pendant trois semaines, nous entreprîmes de
décaper le plâtre qui recouvrait les murs de l'église. Ce fut un séjour
extraordinaire. Nous travaillions le matin, et consacrions l'après-midi à
visiter la région (PADIRAC, ROCAMADOUR…). Lorsque nous repartîmes, le
travail n'était fait qu'à moitié. |
SAINT PARDOUX LA RIVIERE |
Il restait à jointoyer les pierres
avec du ciment. C'est pourquoi je recommençai l'opération au cours de l'été de
1974.
Mais sous le coup de l'excellent
souvenir de l'année précédente, je vis plus grand, et acceptai des jeunes que
je ne connaissais pas, ou que je connaissais mal. Certains ne s'étaient
inscrits que pour le farniente et la "déconne". Le travail se fit. Et
il se fit bien, avec ceux et celles qui acceptaient de travailler. Il faisait
très chaud : nous commencions le travail à 6 heures le matin jusqu'à 11 heures.
Et nous rentrions nous mettre au frais, près de la rivière où nous campions. Un
jour, en fin d'après-midi, un orage se déclencha brusquement, le vent emporta
une ou deux tentes, la pluie noya les bagages. Et tout aussi brusquement le
beau temps revint… et nous pûmes nous sécher.
Un jour de 1977, je passai par LA
FONTELAYE, petit village de quarante habitants, près de VAL DE SAANE, d'où une
partie de mes ancêtres maternels sont originaires. Dans l'église, je remarquai
une note du curé, qui demandait de l'aide pour en assurer la restauration. Je
proposai aux jeunes de l'Aumônerie du Lycée s'ils étaient volontaires pour ce
travail bénévole. Leur réponse fut positive. Et j'entrai en relation avec
l'Abbé DURECU, le curé de VAL DE SAANE, pour lui proposer nos services. Il en
parla au Maire, qui donna son accord. J'en parlai moi-même ensuite avec les
Jeunes de l'Aumônerie. Qui s'enthousiasmèrent pour le projet…
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Et au début du mois de Juillet
de 1978, j'emmenai une bonne quinzaine de jeunes, garçons et filles, pour ce
chantier. Il avait été prévu pour se dérouler en trois temps : 1– la première
année, déshabiller la voûte de la nef et du chœur et passer au Xylophène les
planches neuves que le menuisier apporterait; 2- le menuisier, pendant
l'année, reposerait les planches neuves sur la charpente de la voûte; 3- la
deuxième année, peinture et fin des travaux. C'est ainsi que tout se déroula.
En Juillet 78, les garçons grimpèrent à l'échelle, et sur l'échafaudage prêté
par mon père. Ils enlevèrent les planches, vieilles de près de trois siècles,
qui étaient totalement vermoulues, et arrachèrent les clous. On entreprit
également de rénover à l'identique deux inscriptions, qui étaient à l'origine
à la base du clocher, mais qui étaient tombées en menu-morceaux, dès qu'on y
avait touché. Et nous renouvelâmes l'opération
en juillet 1979. Un de mes amis du M.C.C nous accompagnait, avec son épouse
et ses trois enfants. Il décida de travailler sur l'échafaudage de six
mètres, afin d'apprendre à vaincre son vertige. Il y réussit. |
Le chantier de l'église de LA FONTELAYE
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Ces deux chantiers se réalisèrent
dans une ambiance formidable. Nous travaillions ensemble. Nous prenions les
repas ensemble. Nous célébrions la messe de temps en temps. Bref, ce furent
deux moments de vie commune réelle.
Entre avril et juin, trois entrevues,
dont je parlerai plus loin, avaient eu lieu entre l'Evêque et moi-même, afin de
me trouver un point de chute en paroisse. L'accord s'étant réalisé sur SAINT
AUBIN ROUTOT, je devais abandonner l'Aumônerie de Claude Monet. Nous décidâmes
de terminer en beauté, par un tour du Lac Léman en bicyclette. Qui se réalisa
dans la deuxième quinzaine du mois d'Août. Avec des pleurs et des grincements
de dent de la part de certain(e)s qui avaient du mal à grimper les fortes côtes
qui jalonnent le parcours. Et nous rentrâmes au HAVRE.
Fin de l'Aumônerie du Lycée Claude
Monet !