Chapitre 22 : SAINT AUBIN ROUTOT

 

 

Histoire d'une NOMINATION… et d'une autre

 

Le mardi 29 mai 1979, j'avais rendez-vous chez l'évêque, le Père SAUDREAU. Je savais que c'était pour me proposer un nouveau ministère en paroisse. Il me proposa de devenir curé de la paroisse sainte CECILE du HAVRE.

 

La proposition m'interloqua ! Je connaissais cette paroisse, dont le curé était Michel LEPINETTE. J'y animais régulièrement  des rencontres de catéchèse avec des jeunes de 3°. Et je célébrais également de temps en temps des messes à l'église le dimanche. Ce quartier était composé, tel que je le voyais, d'un grand nombre de retraités. A l'époque, j'avais 45 ans. J'avais évolué jusqu'alors dans le monde des jeunes. Je ne me voyais donc pas franchir si rapidement un si grand fossé. D'autre part, je savais que j'étais connu, par les parents des jeunes, comme un prêtre "de gauche", "aux idées avancées"… Je le dis à l'évêque, en déclinant son offre… Il fut pris au dépourvu. Il avait cru que la nomination passerait comme une lettre à la poste. Et il se voyait obligé de chercher autre chose. Nous nous quittâmes ainsi.

 

Je le revis le dimanche 10 juin à 17 heures. Il me dit qu'il avait consulté le Conseil épiscopal, et qu'il maintenait sa proposition, car il pensait que ce serait bien pour moi, et pour les paroissiens de sainte CECILE. Je maintins mon opposition, avec les mêmes arguments. Il me dit alors : "Et pourtant, Père BOULAND, comme évêque, je pourrais vous imposer d'y aller !" – "Jadis, sans aucun doute, répondis-je, car vous m'auriez dit quelque chose comme : "Je vous nomme chapelain d'honneur de la Métropole", et ce titre honorifique m'aurait fait avaler la pilule ! Mais aujourd'hui, il n'y a plus ces hochets, alors, qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien, on négocie !".  Et je restai ferme sur mes positions.

 

Je le revis une dernière fois le vendredi 22 juin, à 9 heures, avant la réunion du Conseil épiscopal. Et là, il me proposa de remplacer Pierre COLINET à SAINT AUBIN ROUTOT et OUDALLE. Je connaissais. C'est là que l'Abbé WIERING avait été curé de 1961 à 1969. Et j'étais heureux de lui succéder. C'est là également que demeuraient mes amis Jacques et Françoise TREGOAT, qui étaient en équipe d'A.C.I, avec Anne-Marie LEMARIE, Cécile REBUFAT, Gérald et Martine GRANDPIERRE et Yves et Chantal LIOT. J'acceptai donc immédiatement et de grand cœur.

 

Je déjeunais chaque jour à la Centrale d'Action catholique, rue Gustave Flaubert. Ce midi-là, hasard ou pas, Pierre COLINET y était. Lorsqu'il me vit, il me dit : "Jean-Paul, j'ai quelque chose à te dire " – " Tu veux me parler de sainte CECILE ?" – "Comment tu le sais ?" – "Pas difficile, je sors de chez l'évêque, il m'a proposé de te remplacer à SAINT AUBIN; alors je suppose que tu as accepté sainte CECILE, que j'ai refusée ! Ca fait un bon mois que ça dure"  – "Oh ! la vache ! Le vicaire général est venu avant-hier midi, pour me proposer sainte CECILE, en me disant : Je te laisse une journée de réflexion ! J'y ai réfléchi toute la nuit. Et je lui ai téléphoné hier pour lui dire que j'acceptais" – "C'est comme cela qu'il a pu me proposer de prendre ta place ! ".

 

Je resterai 7 années à SAINT AUBIN ROUTOT. Pierre COLINET restera 25 années à sainte CECILE…

 

Le jeudi 28, j'étais invité par Pierre COLINET, à qui je devais succéder, en compagnie de Michel LEPINETTE, à qui il devait succéder. Michel était nommé curé de SAINT LAURENT de BREVEDENT et SAINT MARTIN du MANOIR . Au jeu des chaises musicales, il remplaçait l'Abbé Etienne DELAMARE, qui prenait sa retraite à CAUVILLE sur Mer.

 

Les PRETRES dans le CANTON

 

Lorsque j'arrive en Septembre 1979 dans le canton de SAINT ROMAIN de COLBOSC, quelle est la situation du clergé ?

 

-         Claude GOSSET (59 ans) est Doyen et Curé de GOMMERVILLE, GRAIMBOUVILLE, PARC d'ANXTOT et SAINT GILLES de la NEUVILLE.

-         Claude BENARD (45 ans) habite le presbytère de GOMMERVILLE

-    Paul BENARD (63 ans) est curé de SAINNEVILLE SUR SEINE, EPRETOT et ETAINHUS.

-         Bernard LEGRIS (70 ans) est curé de SAINT ROMAIN de COLBOSC 

-         Pierre CARDON (49 ans) est curé de SAINT VINCENT CRAMESNIL, SAINT VIGOR d'YMONVILLE, LA REMUEE et SANDOUVILLE.

-         Pierre MARTIN (65 ans) est curé de TANCARVILLE, LA CERLANGUE et LES TROIS PIERRES.

-         Et je suis (45 ans) curé de SAINT AUBIN ROUTOT et OUDALLE

Les DEBUTS

 

Le samedi 30, à 17 heures 30, je rencontrai, en compagnie de Pierre COLINET, le Conseil pastoral de SAINT AUBIN. Il était composé de Jacques et Françoise TREGOAT, Louis et France SIEFRIDT, Jean-Max et Paulette REINBOLT, Marie-Jo et Christiane LESTEVEN.

 

Le mardi 4 septembre, au retour du Tour du Lac Léman, avec les Jeunes de l'Aumônerie du Lycée Claude-Monet, nous déposâmes les bagages à SAINT AUBIN.

 

Le samedi suivant, 8 septembre, nous concélébrions la messe, Pierre et moi. Lui pour faire ses adieux; moi pour prendre contact.

 

Et le mardi 11, avec les voitures et les camionnettes des copains, je quittais la rue Lestorey de Boulongne au HAVRE, pour la R.N.15 à SAINT AUBIN ROUTOT.

 

une vue de SAINT AUBIN ROUTOT

 

En ce début d'année scolaire 79/80, voici quelles étaient mes fonctions et attributions :

-         Aumônier Régional du Mouvement des Cadres Chrétiens

-         Aumônier diocésain de l'Action Catholique des Milieux Indépendants

-         Aumônier diocésain du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement

-         Curé de SAINT AUBIN ROUTOT et OUDALLE

-         Animateur d'une Filière de la Formation Permanente Œcuménique sur l'Eglise (avec le Pasteur Jean BONIOL).

-         Animateur d'un Groupe d'Analyse Biblique à FECAMP

-         Animateur d'un Groupe d'Analyse de situations concrètes (en compagnie de Jo POIROT, sociologue)

-         Accompagnateur de 3 équipes du M.C.C

-         Accompagnateur de deux équipes de l'A.C.I

-         Animateur d'un groupe de Religieuses en Milieux Indépendants

-         Membre de l'Association France-POLOGNE du HAVRE.

 

Je ne parlerai, dans ce chapitre, que de ma fonction de curé, réservant les autres points aux "Souvenirs transversaux"…

 

Le dimanche 18 novembre, je devais participer au Congrès du M.C.C à LYON. Le dimanche suivant, 25 novembre, je devais suivre une session nationale  pour les aumôniers diocésains de l'A.C.I à CHEVILLY-LARUE.

 

A la réunion du Conseil pastoral du jeudi 18 octobre, j'avertis les membres de ces deux absences prévues, et je leur demande : "Que décidez-vous : faire venir un prêtre pour me remplacer ? ou célébrer une Assemblée Dominicale en l'Absence de Prêtre (A.D.A.P) ?". Ils me disent alors que, pendant l'été, ils ont demandé à l'Abbé Michel RAAS de remplacer Pierre COLINET pendant ses vacances. Celui-ci a accepté. Mais les deux dimanches en question, il s'est pointé à 11 heures pour la messe de 10 heures 30. "Alors, tu comprends, me disent-ils, on préfère préparer une A.D.A.P". C'est ainsi que se créa une équipe liturgique, et que se mirent en place les A.D.A.P, non seulement dans la paroisse, mais aussi peu après (j'en parlerai en temps utile)  dans les autres paroisses du Secteur pastoral.

DEUX CONVICTIONS

 

De mes diverses expériences, et de l'analyse de la vie courante, j'ai retiré deux convictions (entre autres) :

 

Conviction 1- Toute communauté humaine est composée d'une immense majorité de "gens bien", et d'une très infime minorité de "salauds".

 

Je reprends le terme de "salaud" à Jean-Paul SARTRE. Ce terme n'a, sous ma plume comme sous la sienne, aucune résonance morale. Je nomme "salaud", celui qui semble prendre plaisir à faire tour échouer, à semer la division, à faire prévaloir son point de vue. On pourrait penser que, puisqu'il est en minorité, ce n'est pas grave. Or, c'est très grave. Car il suffit qu'il intervienne, pour que tous les efforts de la majorité soient ruinés. C'est le problème de tout organisme qui veut fonctionner de manière démocratique, c'est-à-dire en respectant l'avis de la majorité. C'est ainsi que l'exercice de la démocratie porte en soi le germe de sa disparition.

 

Conviction 2- Devant une situation d'urgence, tout organisme s'adapte.

 

Lorsque le corps humain est attaqué par un agent contaminant extérieur, il réagit, sa température s'élève, et il accepte un traitement qu'il aurait rejeté alors qu'il était en état de santé. Il en est de même dans une communauté humaine. Lorsque commencent à courir des bruits de transformation que les gens ne perçoivent pas bien, les membres de la communauté sont perturbés et entrent en réaction. Leur premier mouvement est de refuser tout changement. Mais si le responsable de la communauté sait manifester qu'il y a vraiment urgence, et que le statu quo ante ne peut être maintenu, si l'urgence est évidente et perçue comme telle, la communauté s'adapte, et accepte le changement.

 

Pourquoi affirmer ici ces deux convictions ? Simplement parce qu'elles se sont imposées à moi en ces années-là.

 

De la première, je ne dirai rien, car mon propos n'est pas de dénoncer. Qu'on sache simplement que j'ai rencontré des "salauds", à cette époque, comme j'en avais rencontré avant, comme j'en rencontrerai par la suite, comme nous en rencontrons tous. Encore une fois, il ne s'agit pas de "salauds" définitifs, mais de personnes qui, à un moment donné, devant une situation donnée,  face à un individu donné, ont pris une position d'opposition, et ont semé la division.

 

Quant à la seconde conviction, je l'ai expérimentée bien souvent, dans cette époque où l'Eglise, certes sous la pression de la diminution du nombre des prêtres, et de l'évolution du monde extérieur, a dû déléguer à des non-prêtres des responsabilités jadis réservées à des prêtres.

ILLUSTRATION

 

A SAINT AUBIN ROUTOT, je succédais à Pierre COLINET, qui n'avait, en plus de sa charge de curé, que l'aumônerie diocésaine de l'Action Catholique Générale des Femmes (A.C.G.F). Il pouvait donc assurer à lui seul la quasi-totalité du ministère pastoral : Catéchèse, Liturgie, Secrétariat, Trésorerie, Célébration des eucharisties dominicales et des sacrements.

 

J'arrive pour le remplacer. Avec toutes les responsabilités que j'ai énumérées plus haut. Que se passe-t-il ?

1-     Ainsi que je l'ai déjà raconté, une équipe liturgique se crée, qui va prendre en charge l'organisation d'Assemblées Dominicales en l'Absence de Prêtres (A.D.A.P), et l'animation des Eucharisties dominicales habituelles. Si bien qu'un dimanche de 1986 où ma mère avait participé à une A.D.A.P, elle me déclara à mon retour : "Une ADAP, c'est quand même mieux que la Messe, parce que là, au moins, on peut prier !". Et devant mon air dubitatif, elle ajoute :"Oui, on peut prier, parce qu'il y a des moments de silence!".  Les animateurs liturgiques avaient en effet le souci de garder des moments de méditation au cours de la célébration.

2-    Dès la première réunion des parents avant la reprise de la Catéchèse, je me présente, et j'avertis les parents qu'ils auront à prendre en charge avec moi l'éveil à la foi des enfants de la première année. Aucun problème. Après quelques questions sur le pourquoi de cette situation, les parents comprennent. Dans l'année qui suivra, je trouverai des responsables pour chaque année de Catéchèse.

3-    J'avais dit aux membres du Conseil pastoral que je cherchais une secrétaire bénévole. Au début du second trimestre de cette première année, un matin, je vois venir chez moi Nicole LECROQ, la fille de mes voisins d'en-face, qui se propose pour assurer le secrétariat, deux demi-journées chaque semaine. Elle l'assurera avec compétence jusqu'à mon départ en 1986.

4-    Cela aura une autre conséquence : Jacques LECROQ, son cousin, se proposera pour assurer bénévolement la Comptabilité paroissiale.

5-    Il me fallait trouver également quelqu'un pour faire le ménage du presbytère. Il s'agissait là, bien sûr, d'un emploi salarié. Madame VASSE, une voisine, se présenta. Elle assura le ménage pendant les sept années de ma présence. Et elle y joignit, bénévolement, et sans que je le lui demande, l'entretien de l'église.

 

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