Chapitre 25 – 359 Boulevard de Graville – LE HAVRE

 

 

 

DEBROUILLE-TOI !

 

L'Eglise est une curieuse organisation ! Sans aller jusqu'à dire ce que VOLTAIRE disait de Frédéric II de Prusse, après son expérience malheureuse à la Cour de POSTDAM :" On presse l'orange, et on jette l'écorce ! "; je dirai cependant que, bien souvent, les responsables, malgré le discours qu'ils tiennent et l'idéologie qu'ils  véhiculent, ont un peu trop le souci des structures, et pas assez le souci des personnes. Qu'il s'agisse des prêtres ou du personnel salarié.

 

Mon entretien avec l'Evêque, le 5 juin, s'était terminé par ces mots : "Et pour le logement, Père BOULAND, vous verrez avec le Père HEDOUIN ". René HEDOUIN était alors Vicaire général. 

 

Je lui passai donc un coup de fil pour lui rapporter cette réflexion de l'Evêque :"Mais mon pauvre Jean-Paul, me répondit-il, il n'y a pas de logement disponible !". Les trois religieuses avaient prévu d'emménager au presbytère de SAINT AUBIN ROUTOT au début du mois de Septembre. J'étais à la rue ! Il me revenait donc de me trouver un pied-à-terre. Je parlai de ce problème à quelques personnes, collègues et autres laïcs proches des services de l'Evêché, et un jour, René GENIN, le responsable des Travaux diocésains, me signala que le presbytère de l'ancienne paroisse Saint Léon était vide, et donc disponible, en attendant sa vente à E.D.F et sa démolition prévue pour l'année suivante. J'allai le visiter. C'était une ancienne chaumière, située à la "Barrière d'Or", c'est-à-dire à la frontière entre LE HAVRE et GRAVILLE, précisément au 359 Boulevard de Graville. Une maison d'extérieur agréable. Mais qui n'avait pas été habitée depuis deux ou trois ans. Début Juillet, je commençai à y emménager ma bibliothèque. Lorsque j'y retournai deux jours après, tout était à terre. Les murs étaient tellement humides qu'aucune cheville n'y tenait. Je fis néanmoins contre mauvaise fortune bon cœur, et, ainsi que je l'ai déjà dit, le lundi 25 août, je déménageai.

 

Je me trouvai encore une fois hors du circuit paroissial, après avoir été curé pendant sept années. Et je sentis que certains de mes "chers confrères" se posaient des questions à mon sujet : Comment et Pourquoi se faisait-il qu'on m'avait retiré si rapidement la responsabilité des paroisses sans m'en proposer de nouvelles ? Qu'avais-je donc dit ? Qu'avais-je donc fait ? Cherchez l'erreur ! Pour eux, cela ressemblait à une forme de désaveu, à un limogeage qui ne voulait pas dire son nom. J'avais beau raconter comment les choses s'étaient passées, je sentais qu'on ne me croyait qu'à moitié !

 

Effectivement, j'étais hors du circuit territorial. Mes responsabilités dans l'Eglise étaient les suivantes :

-         Aumônier régional (Normandie), et Fédéral du Mouvement des Cadres Chrétiens

-         Aumônier diocésain du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement

-         Intervenant à l'Ecole de Formation des Catéchistes, à la Formation des Catéchistes du Secteur de BOLBEC-LILLEBONNE, et du Secteur Ouest du HAVRE.

-         Intervenant à la toute nouvelle Aumônerie des Etudiants

-         Intervenant à la Formation Permanente Œcuménique des Chrétiens

-         Responsable du Groupe RADAR (Commission diocésaine des Questions Economiques et Sociales)

-         Participant à la mise en place du Service diocésain du Minitel

-         Participant à l'Equipe d'animation de la Bibliothèque diocésaine.

-         A quoi il fallait ajouter les responsabilités locales et nationales dans l'Association France-POLOGNE.

 

Il me fallut également me trouver un point de chute pour la célébration des Messes du dimanche. L'Evêque m'avait simplement dit : "Vous pourrez prendre contact avec le Père YVETOT et voir quels services vous pouvez lui rendre !". Mais le Père Bernard YVETOT, curé de BREAUTE, qui avait 75 ans et vivait avec sa mère, qui en avait 101, me dit qu'il n'avait aucun besoin, et qu'il suffisait seul à ce qui était à faire. Si bien que je "pris un abonnement" au Carmel du HAVRE, où je célébrais une messe chaque semaine depuis 11 ans, pour les dimanches où j'étais libre.

 

Le curé de la paroisse Sainte MARIE-Saint LEON était alors François BEAU, qui avait accepté que j'habite le presbytère que j'occupais, mais qui n'en semblait pas ravi outre mesure ! Sa préoccupation était alors de liquider le mieux possible et au meilleur prix possible le mobilier de l'église Saint LEON, elle aussi promise à la démolition. J'avais le sentiment que je le gênais quelque peu, en occupant le presbytère. Il n'hésita d'ailleurs pas, en cours d'année, à me demander de libérer une grande pièce pour y transférer une salle de réunion; et, au mois de Juin, deux mois avant de quitter définitivement les lieux, à me demander de transférer mon bureau, du rez-de-chaussée au premier étage.

 

Dans le courant de l'année, j'eus la visite des souris ! Elles avaient pris leurs habitudes pendant la période d'inoccupation de la maison, et étaient vexées d'avoir à la partager avec moi. Je parvins à m'en libérer en une quinzaine de jours, grâce à une bonne vieille tapette ! En deux semaines, j'en attrapai une bonne dizaine !

 

Bref, ce logement fut le pire de tous ceux qu'il me fut donné d'habiter. Et cette année, une parenthèse que je fus bien aise de refermer lorsque j'appris que Jean-Yves GREAUME, aumônier diocésain de la J.O.C et de la J.O.C.F, nommé curé de Saint LEONARD, près de FECAMP, allait libérer l'ancien logement du sacristain de la paroisse Saint JEAN-BAPTISTE à BLEVILLE. Je le connaissais bien. Je pris contact avec lui. Il me fit visiter le logement, qui était propre, et bien mieux que celui que j'occupais. Il y avait fait des frais importants. "Tu ne m'en voudras pas, me dit-il, mais personne ne m'a rien donné pour m'aider à financer ce que j'ai fait. C'est pourquoi, j'emmènerai  tout !". Je lui donnai entièrement raison.

T.O.7 et T.O.9

 

Au mois de Janvier 1987, j'accueillis deux pensionnaires. La première fut Michèle. Elle avait dû subir une opération qui nécessitait un temps de convalescence assez long, et je lui proposai de venir chez moi, puisqu'il y avait assez de place dans cette grande et vieille maison. Elle avait acheté l'année précédente un ordinateur Thomson T.O.7, mais ne l'utilisait pratiquement pas. Marcel et Simone BISSON, qui habitaient BOLBEC, et étaient actifs dans notre Association FRANCE-POLOGNE, lui proposèrent de le lui racheter. Elle se rendit donc chez eux, avec l'ordinateur. Il y avait là un tout petit chat, qui sauta spontanément sur ses genoux. Simone lui proposa de le lui donner. Michèle accepta. Elle le ramena chez moi, et lui donna le nom de T.O.7 !…

 

J'avais acquis moi-même mon premier ordinateur, un THOMSON T.O.9, à la fin du mois de Décembre, profitant des soldes de fin d'année. Je ne connaissais rien à l'informatique. Et j'avais déjà 52 ans. J'entrepris donc de domestiquer l'animal, c'est-à-dire de me familiariser avec la pratique du DOS, et du logiciel WORKS, traitement de texte, tableur et base de données… chaque matin, entre 6 heures et 8 heures, et chaque soir lorsque j'étais libre. Je pestais intérieurement, me disant que si j'avais eu quinze ans, il ne  m'aurait fallu que quelques heures. A la fin de l'année scolaire, j'avais quand même fait de réels progrès… et j'avais pu acheter l'imprimante qui va avec !

 

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