Chapitre 5bis
Plusieurs
influences se sont exercées sur moi, et m'ont fait devenir ce que je suis. Mais
c'est au Scoutisme que je suis le plus redevable. Car c'est vraiment, et ce
n'est pas seulement une manière pédante de dire les choses, un Mouvement
d'éducation intégrale de l'être humain. J'ai eu, de plus, la chance de
rencontrer dès le début des chefs (n'ayons pas peur des mots, c'est ainsi qu'un
nomme les responsables dans le Mouvement) qui étaient véritablement des chefs,
et qui avaient parfaitement intégré la méthode.
Je
ai dit au chapitre précédent que, lorsque je suis parti pour mon premier camp,
à 12 ans, j'étais encore petit et replié sur moi-même. La pédagogie scoute a
développé mon corps, grâce aux exercices physiques en tous genres. Un exemple :
notre local était situé dans une des annexes du Pensionnat saint Jean-Baptiste
de la Salle, au premier étage, au-dessus d'une espèce de préau. Notre chef de
patrouille nous entraînait à descendre en passant par la fenêtre. Au début
j'avais peur. J'ai appris ensuite à surmonter cette peur, et à faire comme les
copains. Lors du jeu de nuit que je raconte, et où j'avais été pris d'une peur
panique, la présence des copains qui, en se moquant de moi, en fait
m'encourageaient, a eu pour conséquence que, depuis ce jour, je n'ai plus
jamais eu peur la nuit. Je sais que des excès ont été commis lors de jeux de
nuit comme celui-ci, et que les Pouvoirs publics ont été amenés à les
interdire. Mais, dans le Scoutisme on était certain que les chefs veillaient
afin que tout se déroule normalement.
La
pédagogie scoute m'a également aidé à m'adapter à toutes les circonstances, à
me débrouiller, à chercher, à inventer et à ne pas craindre de demander l'aide
des autres. Par exemple, pour l'épreuve "campisme" de la deuxième
classe, il fallait allumer un feu avec seulement trois allumettes. Je me
souviens avoir passé cette épreuve un jour de sortie dans la Forêt Verte, au
Nord de ROUEN. Et ce jour-là, il pleuvait. Grâce aux astuces de mon chef de
patrouille, j'ai réussi à allumer le feu avec deux allumettes ! Tout seul, je
n'aurais pas pu.
Pédagogie
que je résumerai ainsi : devenir un homme sans cesser d'être un enfant.
Et
puis, et surtout, il y avait tout un rituel véritablement initiatique, contenu
dans un manuel "ETAPES", qui accompagnait le jeune du début jusqu'à
la fin..
Cela
commençait par l'obligation de connaître par cœur la DEVISE, la LOI et les
PRINCIPES.
La
DEVISE FRANCHISE, DEVOUEMENT, PURETE
Symbolisée
par le salut scout : index, majeur et annulaire droits, auriculaire recouvert
par le pouce. Qu'on expliquait ainsi : les trois doigts levés sont les trois
principes scouts, le pouce est le fort, qui protège le faible, l'auriculaire.
La
LOI Le scout met son honneur à mériter confiance.
Le scout est loyal à son pays, ses parents, ses
chefs et ses subordonnés.
Le scout est fait pour servir et sauver son
prochain.
Le scout est l'ami de tous et le frère de tout
autre scout.
Le scout est courtois et chevaleresque.
Le scout voit dans la nature l'œuvre de Dieu, il
aime les plantes et les animaux.
Le scout obéit sans réplique et ne fait rien à
moitié.
Le scout est maître de lui, il sourit et chante
dans ses difficultés.
Le scout est économe et prend soin du bien
d'autrui.
Le scout est pur dans ses paroles, ses pensées et
ses actes.
LES
PRINCIPES Le scout est fier de sa foi et lui soumet
toute sa vie.
Le scout est fils de France et bon citoyen.
Le devoir du scout commence à la maison.
Le jeune qui entrait commençait par passer une à une les épreuves d'ASPIRANT : cuisine, campisme, secourisme… et religion.
Après quoi les chefs décidaient d'appeler l'aspirant à prononcer sa PROMESSE
Sur mon honneur
et avec la grâce de Dieu
Je m'engage
A servir de mon
mieux Dieu, l'Eglise, la Patrie,
A aider mon
prochain en toutes circonstances
A observer la
Loi scoute
Deux étapes menaient ensuite le jeune jusqu'à l'adolescence : la SECONDE CLASSE et la PREMIERE CLASSE. Etapes qui comportaient elles aussi des épreuves, qui lui permettaient d'apprendre à se tirer d'affaire dans tous les cas, et à se forger le caractère.
Et surtout, il y avait les autres scouts, et les activités.
En fin de compte, j'ai le sentiment, après coup, d'avoir été mis dans un laboratoire d'où, à travers plusieurs métamorphoses, je suis sorti homme.
Homme, c'est-à-dire Responsable pour reprendre la définition de SAINT EXUPERY.
Homme, c'est-à-dire capable de décisions, en mesure de faire jouer ma liberté, et d'affirmer mes convictions.
Homme, c'est-à-dire Solidaire, à l'aise dans un groupe, sachant aider les autres et respecter l'autorité légitime.
Bien sûr, tout cela, je le dis ainsi maintenant. A quinze ans, je disais simplement que les Scouts, c'était bien, et que j'étais content d'en faire partie.
A plus de cinquante années de distance, je n'ai pas de souvenir précis d'une activité, d'un camp, sauf ce que j'en ai dit au chapitre précèdent. Il me reste simplement le sentiment qu'on m'a aidé à devenir ce que je suis.
Cela dit, le Scoutisme n'a été qu'une étape. D'autres ont suivi. Qui m'ont permis de devenir moi-même.
Car, en fin de compte, on ne peut devenir soi-même qu'à travers la rencontre des autres.