Chapitre 7

 

SIERVILLE

1 - 1949-1955

 

 

Pendant les grandes vacances de 1945, je l'ai déjà dit, j'étais au Centre aéré, qui se tenait au Pensionnat saint Jean Baptiste de la Salle. C'est alors que j'avais fait la connaissance d'un animateur, Claude STORM, qui m'avait fait découvrir le Scoutisme.

 

Ce Centre aéré était dirigé par l'Abbé Georges WIERING. Il avait alors 33 ans, et était vicaire de la paroisse sainte MADELEINE de ROUEN, après avoir été vicaire à YVETOT, d'où il avait fallu le retirer, car il aurait étripé son curé !. J'avais onze ans. Je l'aimais bien, parce qu'il était sympa et ouvert avec nous, mais sans plus…

 

En 1946, 47 et 48, les grandes vacances furent occupées par le camp scout, qui durait quinze jours, et des vacances en famille, à AUBERVILLE LA MANUEL, chez les beaux-parents de ma tante Marie-Thérèse; à YPORT, chez deux cousines de ma mère; ou à SAINT LAURENT EN CAUX, chez un demi-frère de ma mère (un garçon de l'Assistance Publique, que ma grand'mère avait eu en garde).

 

Zone de Texte:  
l'Abbé WIERING en 1952
En 1949, j'avais quinze ans, mes parents ne pouvant pas partir en vacances, ma mère reprit contact avec l'Abbé WIERING, qui avait quitté ROUEN pour le poste de curé de SIERVILLE, desservant BOCASSE et VALMARTIN, à 20 kilomètres au Nord-Ouest de ROUEN, entre CLERES et PAVILLY. Il organisait une Colonie de vacances. En ces années d'après-guerre, les enfants d'ouvriers passaient les grandes vacances dans leur quartier. Il n'était pas question de partir. Le parc automobile était restreint. Acheter une voiture, il ne fallait pas y penser. Voyager en train coûtait cher; et les lignes ferroviaires, endommagées par les bombardements ou les sabotages étant peu sûres, les déplacements prenaient beaucoup de temps. En revanche, les Caisses d'Allocations Familiales aidaient assez généreusement les familles qui plaçaient leurs enfants dans les Colonies de vacances, et subventionnaient assez bien les Associations qui en créaient.  L'Abbé avait donc acheté aux surplus américains deux baraques, qui avaient servi de logement pour les G.I en 1944-1945, au Camp Philip Morris,  à GONFREVILLE L'ORCHER, près du HAVRE. Il  les avait installés sur le terrain du presbytère (sans l'accord du Maire…). Ces baraquements étaient devenus les dortoirs des enfants. La Salle paroissiale, en bois également, servait de réfectoire et de salle de jeux. Il m'accepta comme pré-moniteur pour les deux sessions (Juillet et Août) de la Colo.

 

Il avait accepté également son neveu Pierre, le fils de son frère Raymond, qui demeurait au HAVRE, et qui avait une année de plus que moi. Nous n'avions aucune responsabilité éducative directe, nous aidions pour les activités. Une de nos tâches quotidiennes consistait à vider les tinettes sur le tas de fumier au bout du jardin. Colonie de vacances à l'intérieur d'un Presbytère, logement en baraques, tinette, pré-moniteur, nous étions loin de ce que sont devenus les centres de vacances d'aujourd'hui !…

 

Pierre et moi logions à part des moniteurs et des enfants, dans une cabane de jardinier, un boui-boui, que nous nommions "le chalet mignon", mais qui était notre chez-nous. Après tout, nous avions 15 et 16 ans !… La cuisinière était Madame FOURNIER, qui était aidée par sa fille Simone. Elle avait 17 ou 18 ans. Elle était mignonne. Elle plaisait à Pierre. Ils écoutaient ensemble les disques des Compagnons de la Chanson ("Village au fond de la vallée…"). Et ce qui devait arriver arriva. Ils tombèrent un jour dans les bras l'un de l'autre. Plus tard, ils se marièrent.

 

Parmi les autres moniteurs, j'ai gardé le souvenir de Gustave CANTAIS, qui était diacre au Grand Séminaire de ROUEN, et de Jean et Roger TOSTAIN, qui devinrent ensuite religieux du Sacré Cœur d'ISSOUDUN… et qui le sont encore aujourd'hui. Il y avait également Jean, D'ORLEANS, un garçon de 20-25 ans, qui assurait le ravitaillement dans la "Trèfle" de l'Abbé… un poème que cette voiture, ou plutôt une épopée !

 

Pierre et moi, nous nous retrouvâmes pour la même expérience et les mêmes tâches l'année suivante, en 1950.

 

En 1951, le Ministère de la Jeunesse et des Sports créa le Brevet d'Aptitude aux fonctions de Moniteur de Colonie de Vacances. L'Abbé WIERING me conseilla de suivre, avec lui, le premier stage qui avait lieu, pendant les vacances de Pâques, au château de VAUSSIEU, dans le département du Calvados, organisé par l'Union Française des Colonies de Vacances (U.F.C.V). Je trouvai cette expérience extrêmement profitable… mais je n'avais que 17 ans, et le Diplôme n'était possible que pour les moniteurs qui avaient au moins 18 ans. C'est cette année-là que je passai le Baccalauréat, et entrai au Grand Séminaire.

 

Après avoir encadré la colo de 1951 comme moniteur à part entière, je fis un nouveau stage l'année suivante, au même lieu, à la même époque. Et j'obtins mon Diplôme de Moniteur.

 

A ce stage de 1952, nous étions plusieurs grands séminaristes de ROUEN. Pendant ce séjour, je fis la connaissance de Madeleine HURON, qui demeurait à SAINT JEAN D'ASSE, dans la Sarthe. Nous sympathisâmes, tout simplement, sans penser à autre chose. Mais j'en reparlerai autre part, parce qu'un jour il me fallut faire un choix…

 

Le Père WIERING (c'est ainsi que nous l'appelions) avait été aumônier des Cœurs Vaillants. Il avait donc organisé sa Colonie de vacances sur le modèle du Mouvement. C'était un fervent admirateur de Don BOSCO, le saint éducateur italien du XIX° siècle. L'Association qui gérait la Colo se nommait "L'Association Don Bosco", et la Colonie portait le nom de "Saint Jean BOSCO".

 

Les enfants étaient organisés en  trois groupes, les petits (7-9 ans), les moyens (9-12 ans), et les grands (12-14 ans). Les moniteurs étaient appelé "chefs" par les enfants. Ceux-ci étaient originaires de deux lieux : QUEVILLY (Grand et Petit), et YVETOT. Tous venaient de familles ouvrières, plus ou moins proches de l'Eglise, mais, pour autant qu'il m'en souvienne, s'intéressant à l'éducation de leurs enfants.

 

Dans ces années, les grandes vacances débutaient vers le 14 juillet, et la rentrée avait lieu vers le 20 septembre. La colo comprenait deux sessions de trente jours, séparées par trois ou quatre jours, afin d'opérer le grand nettoyage de la session précédente, et de préparer la session suivante. Ce qui revient à dire que nous prenions les enfants quelques jours après leur sortie de l'école, pour le premier mois; et que le deuxième mois s'achevait peu avant la rentrée des classes. Personnellement, j'assurais les deux sessions, quelques moniteurs également. A partir de 1953, chaque session rassemblait une soixantaine d'enfants.

 

Matin, midi et soir, et avant toutes les grandes activités communes, il y avait un grand rassemblement en carré : Petits, sur un côté, Moyens sur un autre, Grands sur un troisième, et les Chefs sur le quatrième, l'Abbé au Centre. Lorsque tous étaient en place, l'Abbé lançait : "Haut les Cœurs"…, et tous reprenaient : "Vaillants" ! Il continuait : "Tous" …, et tous reprenaient "Unis !", chacun levant le bras droit, et portant la main droite sur son cœur. Enfin, l'Abbé lançait : "Tous"…, et tous reprenaient : "Frères" !, chacun  croisant les bras devant lui, et prenant les mains de son voisin.

Zone de Texte:  
Rassemblement (un jour de Fête des Parents) – Je suis au premier plan. – Derrière : le réfectoire

Le rassemblement du matin débutait par le lever des couleurs (le drapeau français), suivi par une prière chantée :

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

Seigneur mon âme t'adore

Par les clartés de l'aurore

Béni soit Dieu créateur du soleil qui luit.

 

A partir de 1954, et du désastre de Dien Bien Phû où l'un des Anciens de la Colo (Jean-Claude HILARIO)  avait été tué, on évoqua sa mémoire, et on pria pour lui chaque matin à ce rassemblement. Un carton portant son nom fut épinglé au pied du mât des couleurs.

 

Au rassemblement de fin de journée, on baissait les couleurs, et on chantait la prière du soir :

 

 

As-tu compté les étoiles

Et les astres radieux

Déployant au ciel sans voile

Leur cortège dans les cieux

 

 

 

Dieu qui leur donna

La force et l'éclat

Dieu qui leur fixa

La marche et le pas

Sait aussi quel est leur nombre

Et ne les oublie pas.

ou encore

Vous êtes belle, ô sainte Vierge

Et nulle tache n'est en vous

Vous êtes belle comme un cierge

Et les grands lys en sont jaloux

Gardez-nous purs, ô souveraine

Et de nos cœurs, soyez la reine.

 

Chaque repas commençait par la prière du Benedicite :

 

Bénissez-nous Seigneur

Bénissez ce repas, ceux qui l'ont préparé

Et procurez du pain

A ceux qui n'ont pas

Ainsi-soit-il.

 

ou bien

O Dieu qui donnez pâture

Aux tout-petits oiseaux

Bénissez notre nourriture

Et purifiez notre eau.

 

Après le coucher des enfants, un moniteur restait dans chacun des dortoirs. Les autres se retrouvaient dans la salle à manger du presbytère, qui devenait en été la salle des moniteurs, pour préparer la journée du lendemain. Je donnais à chacun son emploi du temps, nous définissions les responsabilités, pour les jeux, les ateliers, les temps de récréation. Chaque semaine, nous répartissions les journées de repos. Nous pouvions alors, en toute liberté d'esprit, casser une bonne croûte (plus tard, on nommera cela : le cinquième repas). C'est là qu'on finissait les restes de la journée. On doit d'ailleurs à la vérité de dire que la cuisinière s'arrangeait pour qu'il y ait de beaux restes…

 

Chaque samedi après-midi, avait lieu la séance de douche. Dans la buanderie du presbytère, on avait installé quatre cabines, surmontées chacune d'une pomme d'arrosoir. Les quatre pommes étaient reliées à un bidon en tôle de 200 litres, situé au même niveau.  A l'extérieur, un moniteur, après avoir allumé un feu de bûches, faisait bouillir de l'eau dans la chaudière de la buanderie; puis la versait, mélangée à de l'eau froide dans un grand baquet; d'où il la faisait monter dans le bidon en actionnant une pompe à main… ! A l'intérieur, l'Abbé WIERING et moi-même nous occupions de laver les gamins : l'un de nous ouvrait le robinet d'arrivée de l'eau tiède et les enfants se mouillaient tout le corps; puis on fermait le robinet et les enfants se savonnaient; au signal, on rouvrait le robinet pour le rinçage. Jamais il n'y eut la moindre anicroche. Tout se passait très bien, dans le respect des enfants, et sans la moindre arrière-pensée.

 

Le dimanche, nous allions à la messe paroissiale, l'église étant proche de la colo, puisque celle-ci se trouvait dans le presbytère. Le Père WIERING avait la parole facile, et ne préparait jamais ses sermons par écrit. Ce qui avait pour conséquence que ça durait ! ça durait ! Mais en ce temps-là, pas question de dire quoi que ce soit au curé… Un matin du 15 août, entrant ensemble dans l'église pour la messe, il me dit : "Je ne vois absolument pas ce que je vais bien pouvoir leur dire!". O malheur! Ce jour-là, le sermon dura 25 minutes !

 

Chaque groupe d'enfants était divisé en équipes, chacune portant le nom d'un homme célèbre : Christophe COLOMB, LECLERC, FOCH…(pas DE GAULLE : l'Abbé avait été partisan du Général GIRAUD pendant la Guerre…). Les moniteurs formaient une sacrée équipe : Raymond LEMAITRE  (chef Raymond), Daniel LEBALLEUR (chef Daniel), Claude FOUQUET (chef Claude), Jacques LEFEBVRE (chef Jacques), Lionel (chef Lionel, j'ai oublié son nom) et moi-même (l'Abbé Jean-Paul)  revînmes plusieurs années de suite, et devînmes vraiment copains, jusqu'au moment où la vie nous sépara. D'autres intervinrent, pour une session, ou pour une seule année, dont je n'ai pas retenu le nom, parce qu'ils n'ont pas marqué la colo de leur empreinte. On ne parlait pas encore de rémunération des moniteurs, et, en fin de session, l'Abbé donnait à chacun ce qu'il pouvait donner, et tout le monde était content… !

 

Chaque session comportait des points de passage obligés, comme des rites : la Journée des Jeux Olympiques; la Ballade hebdomadaire, où tout le monde partait à trois ou quatre kilomètres, le ravitaillement dans la remorque tirée par les plus grands (c'était le jour du bœuf bouilli découpé en tranches); la Ballade en équipe; et, en fin de session, une grande sortie (Versailles, Pierrefonds, Pont de Tancarville…).

 

La journée se déroulait ainsi : 7 heures 30 : lever et toilette des moniteurs – 8 heures : lever et toilette des enfants – 8 heures 30 : petit déjeuner – 9 heures 15 : temps libre sur la cour et rangement -  10 heures : ateliers (chacun choisissait sa spécialité : peinture, rotin, modelage… un seul mot d'ordre : finir ce qu'on a commencé !) – 11 heures 30 : temps libre – 12 heures 15 : déjeuner (chaque équipe, à tour de rôle, préparait la table et servait le repas – 13 heures 30 : sieste obligatoire – 14 heures 30 : grand jeu, ou ballade, ou autre activité selon le jour – 16 heures 30 : collation (pain et chocolat, jus de fruit) – 17 heures : temps libre – 18 heures : toilette – 19 heures 15 : dîner – 20 heures : temps libre sur la cour – 20 heures 30 : veillée – 21 heures 30 ou 22 heures : coucher.

 

Zone de Texte:  
Madame WIERING
A partir du 1952, la soutane que je portais me donnant une once supplémentaire d'autorité, je devins le moniteur-chef de la Colo. Ce qui signifie que, non seulement, j'avais autorité sur les autres moniteurs (je crois me souvenir que je n'ai fait jouer cette autorité qu'une seule fois), mais que je devais surtout préparer les activités quotidiennes, veiller à la sécurité de l'ensemble, répartir les journées de repos des moniteurs et assurer la liaison avec les parents dans les cas difficiles. Cela m'allait parfaitement bien. Je devais aussi , de temps en temps, intervenir auprès de "la mère" WIERING, la mère de l'Abbé, qui tenait le Presbytère pendant l'année, et qui avait un caractère épouvantable, caractère qu'elle avait généreusement transmis à son fils… !

 

Il m'arrivait aussi d'être témoin de scènes épiques entre l'Abbé, curé du lieu, et tel fermier du village, qui bouffait du curé; ou l'instituteur, Monsieur SAVIDAN, radical, et donc laïque, et donc anticlérical.  Ces jours-là, SIERVILLE devenait CLOCHEMERLE ! Je me souviens des élections municipales de 1953 (qui étaient en dehors de la période estivale, bien sûr, mais dont j'avais eu à connaître). Au dépouillement, on avait trouvé dans l'urne des bulletins sur lesquels des gens avaient écrit "Monsieur le Curé". Il était en effet possible de "panacher", de rayer des noms, ou d'inscrire sur le bulletin le nom de quelqu'un qui ne s'était pas porté candidat. Au prétexte, qui devait être fondé, que les bulletins auraient dû porter le nom, et non pas le titre, l'instituteur, qui était le Secrétaire de Mairie, avait refusé ces bulletins. Brouhaha, scandale, pugilat. On avait parlé de recours devant le Tribunal administratif, puis, après quelques jours on avait rangé les couteaux au vestiaire !

 

Je crois que c'est après 1954 que nous abandonnâmes toute référence au Mouvement Cœurs Vaillants, pour nous aligner sur ce qui se faisait dans les Colonies de Vacances affiliées à l'U.F.C.V.

 

Le siège de cet organisme se trouvait rue saint Nicolas, à ROUEN, et, chaque fois que j'y allais, je rencontrais l'un des anciens dirigeants du patronage saint Gervais, dont j'ai parlé au premier chapitre : Jack WILSHAW. Il était resté, bien qu'à un poste de responsabilité importante, l'éducateur hors-pair dont j'avais gardé le souvenir. Il organisait, non seulement les stages de formation aux fonctions de moniteur et de directeur de Colonie de vacances, mais aussi des stages de perfectionnement. J'aimais y participer lorsqu'ils se déroulaient pendant les vacances. Je leur dois une bonne partie de ma culture musicale classique (de Josquin des Prés à Messiaen).

 

Depuis 1952, la paroisse d'YVETOT avait cessé d'envoyer des enfants. En revanche l'Orphelinat "Les petits flots" de DIEPPE nous avait demandé s'il nous était possible d'en accepter. Ma mère se proposa pour assurer les inscriptions à la maison. Ce qu'elle fit jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au départ du Père WIERING de SIERVILLE pour SAINT AUBIN ROUTOT en 1961. C'est aussi rue saint Patrice (à l'Hôtel du "Pou qui tête", disait ma mère), qu'avait lieu la visite médicale avant le départ, et le repas des moniteurs à la fin de chacune des sessions.

 

L'Abbé WIERING était un homme au caractère impossible, mais un bon prêtre, féru de Littérature, surtout de Poésie; excellent éducateur, mais piètre gestionnaire. Il détestait manier l'argent, et même en parler. Les premières années, c'est lui qui tenait la comptabilité de la colo. Il recopiait ce qu'il pouvait au jour le jour. En fin d'exercice, il reprenait tout et s'arrangeait pour que ça tombe juste ! Ce qui revient à dire que chaque année, il frôlait la catastrophe, et que, s'il avait eu à subir un contrôle financier, il risquait une grosse amende, sinon la prison.

 

En 1954, mon père ayant passé son permis de conduire, et ayant acheté une Peugeot 301 (de 1934… !), mes parents proposèrent  au Père WIERING d'assurer l'intendance de la colo. Lucide sur ses incompétences, il accepta volontiers. Pendant les deux sessions de la colo, mes parents se levaient donc chaque matin à 5 heures, allaient au marché acheter tout ce qu'il fallait (heureusement la Place du Vieux Marché était à 5 minutes de la rue saint Patrice). Rentraient à la maison. Déchargeaient la voiture. Déjeunaient. Mon père partait ensuite pour sa journée de travail. Et vers 18 heures, ils rechargeaient la voiture. Partaient pour SIERVILLE, où ils déchargeaient les achats, dînaient avec les enfants, et repartaient vers 21 heures. Ils enregistraient ainsi les dépenses d'alimentation au jour le jour sur le cahier de comptes de l'Abbé. Et tout cela gratuitement, évidemment, y compris les frais de carburant :"Le sourire des enfants nous suffit, c'est cela notre récompense ! ", disaient-ils.

 

En 1954, j'étais entré en contact, par l'intermédiaire de mon ami Jean-Pierre BULTEL, avec le Directeur de l'Ecole d'Enfants de Troupe des ANDELYS, Monsieur BURET. Je l'avais rencontré, et il était entendu qu'il s'arrangerait pour que j'effectue mon temps de service militaire comme professeur à cette école. Malheureusement, il mourut subitement au début de 1955. Sans lui, le piston ne pouvait plus jouer !

 

Son fils, Philippe, qui commençait des études d'Horticulture, vint comme moniteur pour la première session de la colo 1955. Je savais en effet, en commençant la colo, que je partirais au service militaire dans le courant du mois d'Août.  Je tins donc ma place de moniteur-chef en Juillet, comme d'habitude. Pour la deuxième session, c'est Philippe BURET qui me remplaça. Et vers le 20 août, je reçus ma feuille de route pour partir le 30.

 

Direction le Maroc !

 

suite