Assez régulièrement, tous les deux ou trois ans, l'Association France-POLOGNE réunissait un Congrès. La fréquence était étroitement dépendante des finances. Bien que l'Association, à cette époque, fût assez à l'aise. Son siège social était à PARIS, 8 rue Marbeuf, dans le 8° arrondissement. Elle louait un appartement cossu de plus de 100 mètres carrés. Un secrétaire national, Alex KRAKOWIAK, assisté de deux ou trois secrétaires administratives, dont Leo (Leocadia), son épouse. Tous salariés à plein temps. Il est évident que les cotisations que reversaient les Associations locales à l'instance nationale, n'étaient pas suffisantes pour payer ces salaires avec les charges sociales. Mais j'appris plus tard, dans les années 1987-1988, que la Banque polonaise P.K.O savait se montrer généreuse. Voici comment.
Lorsque quelqu'un désirait se rendre en POLOGNE, il devait au préalable avoir un passeport français. Muni de ce passeport, il se rendait au Consulat de POLOGNE, rue de Talleyrand, dans le 7° arrondissement (à 200 mètres des Invalides). Dès l'entrée, on avait un aperçu de l'administration polonaise. Les fonctionnaires travaillaient à leur rythme, qui était assez lent… Les gens parlaient à voix basse. L'ambiance, pour qui y venait la première fois, paraissait légèrement oppressante. Et surtout, il fallait faire la queue… entre ½ heure et 1 heure. On remplissait alors le formulaire adéquat de demande de visa, qu'on remettait ensuite au guichet avec le passeport. On vous demandait de repasser une semaine plus tard… C'était simple lorsqu'on habitait LE HAVRE ! Personnellement, après deux ou trois doubles déplacements, j'étais suffisamment connu pour obtenir le visa le jour même du dépôt de la demande.
Avant d'obtenir le visa signé et tamponné, il restait une formalité. A l'époque, en POLOGNE, la monnaie nationale était alignée sur la monnaie soviétique. Ce qui signifie que le Zloty n'avait de valeur qu'en POLOGNE, et seulement en POLOGNE. Chaque demandeur de visa était donc tenu de changer une somme d'argent, en rapport avec la durée du séjour déclarée sur le visa. Il déposait cette somme au guichet de la Banque polonaise, à l'intérieur du Consulat. Et on lui remettait un "voucher", c'est-à-dire un reçu attestant qu'il avait bien versé telle somme. Lorsqu'il parvenait à la frontière polonaise, il se rendait au guichet de la Banque, où le fonctionnaire adéquat, contre le "voucher", lui remettait la somme équivalente en Zloty, qu'il était tenu de dépenser intégralement pendant son séjour. Car il lui était impossible de changer au retour en monnaie française ce qu'il lui restait.
Mais, à côté de ce marché officiel, il y avait le marché noir. C'est-à-dire qu'en POLOGNE, au coin d'une rue, sous un porche, auprès d'amis, et à condition de prendre ses précautions pour ne pas être refait, le touriste pouvait changer des dollars (la monnaie la plus forte, dont on n'oubliait pas de se munir avant le départ). Le taux de change était alors trois, quatre ou cinq fois plus avantageux que le taux de change officiel.
La monnaie polonaise n'ayant aucune valeur, la Banque polonaise ristournait au siège national de l'Association FRANCE-POLOGNE, l'argent que lui versaient, au Consulat, les touristes qui lui étaient adressés par l'Association. C'est ainsi qu'elle vivait bien, et pouvait se loger dans le 8° arrondissement, et payer quatre ou cinq salaires… jusqu'au jour où les conséquences de la crise économique touchèrent les Pays de l'Est. La Banque polonaise cessa alors ses subventions, et l'Association tomba dans le marasme.
C'est le premier Congres auquel je participe. Par la suite, j'aurai l'occasion d'en animer quelques-uns.
Il avait lieu à TOURS, j'ignore pourquoi, dans les locaux de l'Hôtel de Ville, où nous fûmes accueillis par le Maire de l'époque, Pierre SUDREAU.
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Edouard WIECZAK et moi-même y participions. L'une des sœurs d'Edouard demeurait en effet dans la Banlieue de TOURS, et elle avait accepté de nous loger, ce qui évitait à l'Association havraise des dépenses somptuaires… Je n'ai pas retenu grand'chose des débats, sinon qu'on sentait un certain antagonisme entre les partisans de prises de position politique, et ceux, dont j'étais, qui désiraient que l'on s'abstienne. C'est en ce sens que je pris la parole, applaudi assez énergiquement par tous les délégués qui désiraient que l'Association prît une nouvelle orientation. Je revins quand même satisfait, car ce Congrès nous avait permis de faire la connaissance d'un certain nombre de Présidents de Comités locaux, et de prendre ainsi la dimension d'une Association d'ampleur nationale. Après ce Congrès, je reçus d'Alex KRAKOWIAK, Secrétaire national, la lettre ci-contre, sur laquelle je reviendrai plus loin. Rentrés au HAVRE, nous reprenons la collecte de vêtements et de médicaments. Car les Polonais, bien que libérés de l'Etat de guerre, ont toujours besoin de nous. Et c'est loin d'être fini. |
Ce fut un
voyage-éclair.
René et Geneviève HEBERT avaient accepté de me prêter leur fourgonnette TOYOTA. En échange, je leur avais laissé ma voiture. Un ami d'Annette ZMUDA, qui demeurait à CAEN et qui avait de la famille en POLOGNE, avait demandé à partir avec moi.
Nous partons le dimanche de PAQUES 1 Avril à 13 heures 10 (je retrouve les horaires précis sur mon agenda de cette année-là). Nous conduisons à deux. A 2 heures du matin, le lundi, nous arrivons à HELMSTEDT, frontière d'alors entre les deux Allemagnes, d'où nous repartons à 3 heures. Nous sommes à OLSZYNNA, frontière entre l'Allemagne de l'Est et la POLOGNE, à 8 heures. Là, c'est une femme-douanier (ou policier… je n'ai jamais su faire la différence), qui se livre à une fouille en règle de la fourgonnette. Elle nous demande de descendre tous les colis, qu'elle entreprend de passer aux rayons X. Après une demi-heure de fouille en règle, un de ses collègues masculins lui suggère de nous laisser repartir. Ouf !
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Il est alors 9 heures 30, quand
nous reprenons la route. A quelque distance du poste-frontière, je dis alors
à mon co-pilote : "Je ne te l'ai pas
dit en partant, pour que tu n'aies pas peur, mais nous transportons un micro-ordinateur !" – "Quoi
?" – "L'année dernière, nous avons rencontré un étudiant avec qui
nous avons parlé informatique. Il nous a dit qu'il était impossible, et
interdit, de se procurer un ordinateur. Un de mes copains avait un petit
ZX-81. Nous l'avons caché dans le logement des feux-arrière du TOYOTA" –
"Heureusement que tu ne me l'as pas dit au départ, sinon je ne sais pas
quelle tête j'aurais faite !". A 13 heures 15, nous arrivons à
PRUDNIK, dans la famille de WLADEK. Une petite ferme, des braves gens qui
n'ont pas de grands moyens, mais qui nous reçoivent merveilleusement. |
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Nous les quittons le lendemain mardi 3 avril à 11 heures. Nous arrivons à CRACOVIE à 15 heures 10. Nous nous rendons directement chez les Sœurs Albertines, où nous faisons entrer le camion dans une cour fermée, afin d'en extraire le micro-ordinateur. Nous déchargeons les vêtements et l'alimentation. Ewa nous a trouvé encore une fois un logement pour la nuit.
Le lendemain nous nous rendons à
l'Hôpital de NOWA HUTA, où nous déchargeons les médicaments. Le jeudi 4 à 10
heures 30, nous prenons la route du retour. Frontière… Attente… Fouille… Nous
arrivons à SAINT AUBIN ROUTOT, où Wladek a garé sa voiture, le vendredi matin à
9 heures 15, après 1700 kilomètres de route.
Je n'y participe pas. Des amis de FAUVILLE EN CAUX ont fait connaissance d'une famille polonaise de BRODNICA, au Nord de la POLOGNE. Nous leur prêtons le C.35. Un de leurs fils avec un ami se rendent sur place du 19 au 23 juin. Ils nous diront à leur retour combien ils ont été impressionnés par la situation économique des Polonais. Par la suite, ils y retourneront avec leurs moyens propres.
En Bureau, nous nous disons
combien nous sommes heureux que des amis Français créent des liens avec des
Polonais.
Lorsque nous avons entrepris de
nous lancer dans l'aide humanitaire, nous ignorions tout du commerce international.
Or, transporter des denrées, même à titre gratuit, c'est du commerce ! Cela,
c'est mon ami Georges LAYER, sous-directeur de la Maison LEJEUNE, au HAVRE, qui
me l'a appris… et qui m'a bien aidé par la suite. Voici les étapes :
Etape 1- collecte des vêtements,
de l'alimentation, des médicaments, auprès de la population alertée par voie de
presse, de radio, d'annonces dans certaines églises, ou par les membres de
l'Association.
Etape 2- Tri des produits
collectés. Tâche longue et fastidieuse, surtout pour les médicaments : nous
sommes aidés par Claude AUGUSTIN-NORMAND, alors étudiante en médecine.
Etape 3- Voyage à PARIS pour les
formalités de visa au Consulat de POLOGNE. Avec l'expérience, et ayant fait
connaissance du Consul général, je me rends directement dans le Bureau de la
Secrétaire du Consul, qui m'obtient les visas sur-le-champ.
Etape 4- Contact avec Georges
LAYER, à qui je remets la liste de tous les colis transportés. La Maison
LEJEUNE prend à sa charge la caution obligatoire, et les démarches auprès des
autorités douanières. Georges LAYER nous remet les formulaires indispensables.
Etape 5- Départ. AMIENS -
VALENCIENNES - Frontière.
Etape 6- Arrêt à la frontière
belge. Nous remettons les formulaires. Tampon. On nous les rend.
Etape 7- Traversée de la Belgique.
LIEGE - AIX LA CHAPELLE. Arrêt. Formulaires. Tampons. Départ.
Etape 8- Traversée de la
République fédérale : COLOGNE – DORTMUND – DUSSELDORF – HANOVRE. Arrêt devant
le Rideau de fer, à HELMSTEDT. Remise des passeports. Fouille en règle. Attente.
Vérifications. Départ après une station d'une heure ou deux.
Etape 9- MAGDEBOURG –
Berliner-Ring - FRANCFORT – Frontière. Nouvelles formalités : attente, fouille,
contrôle…Départ.
Etape 10 : Arrivée sur place.
J'avais "fait d'une pierre deux coups" l'année précédente, en organisant un voyage d'aide humanitaire, au cours duquel nous avions pu visiter la POLOGNE.
En 1984, je décide de partir en
vacances là-bas. Michèle et son amie Françoise sont d'accord pour venir avec
moi. Une amie polonaise, venue au HAVRE, et qui a un appartement à GDYNIA, m'a
proposé de nous le prêter.
Et j'ai personnellement très envie
de connaître la Mazurie, qui est située au Nord-Est de la POLOGNE (et qui a
donné son nom à la danse locale : la "Mazurka").
Nous partons avec ma voiture le lundi 6 août de très bonne
heure.
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Après une halte pour la nuit
dans un petit hôtel charmant (mais un peu cher…) proche de la frontière avec
la R.D.A, nous arrivons à GDYNIA le mardi vers 17 heures. Nous nous rendons
au bord de mer. Impression bizarre… GDYNIA était, jusque vers les années
1930, un petit village de pêcheurs de 600 habitants. A cette époque, GDANSK
se nommait encore DANTZIG. La POLOGNE décida donc de se donner une large
ouverture sur la Baltique, et on construisit de toutes pièces une ville
nouvelle. Si bien que, débarquant du HAVRE, je ne suis absolument pas dépaysé
: il y a du béton, du bitume, et la mer, comme chez moi ! |
Paysage de MAZURIE |
Nous trouvons facilement
l'appartement qui nous est destiné; et nous nous y installons. Puis nous
partons faire un tour en ville, puisque nous sommes en plein centre.
La prospérité de GDYNIA tourne
autour du chantier naval, qui, à cette époque, est en plein essor. A tel point
que les armateurs français y font construire ou réparer leurs navires. Il y a
de l'animation, les magasins sont
gentiment pleins, à la différence de ce que nous connaissons ailleurs.
Et, tout à coup, alors que nous descendons ulica Swietojanska, nous tombons sur une plaque : Towarstzytwo
Przyazny Polsko-Francuskej – Association d'Amitié Pologne-France. Nous sonnons.
Nous montons. Nous nous présentons. Ce coup de sonnette va changer le destin de
notre Association havraise France-Pologne…
Nous apprenons que l'Association
est forte de plus de 200 membres. Qu'elle est la plus ancienne de POLOGNE,
puisque fondée avant la seconde guerre mondiale. Et que la motivation profonde
de ceux qui apprennent la langue française est de pouvoir aller en France. Nous
enregistrons. Et nous promettons qu'au retour, nous en parlerons au Bureau de
l'Association. Le Président, Andrzej DUCHNOWSKY, nous recevra le lendemain.
La suite de notre séjour comportera
plusieurs étapes : une huitaine de jours en camping en Mazurie – deux ou trois
jours chez la mère d'Ewa à LUBLIN – deux ou trois jours à CRACOVIE. Et nous
rentrons en France, en passant par BYDGOSZCZ. J'ai eu en effet, je ne me
souviens plus ni comment, ni par qui, les cordonnées de Jan SZLARSKI, Président de l'Association Pologne-France
locale. Nous décidons de lui rendre visite, et de lui demander de nous loger.
Après bien des détours, nous
trouvons enfin ulica SULKOWSKIEGO, où il demeure. Nous nous présentons. Il nous
reçoit. C'est un homme d'une soixantaine d'années, ancien magistrat, qui habite
un appartement de 36 mètres carrés. Grand, légèrement massif, charmant
(toujours le charme slave !). Il nous dit être également membre de l' Union
Catholique Sociale. Sa femme, Dorota, est une petite bonne femme boulotte,
gentille comme tout, discrète et affairée. Nous commençons à parler. Et, comme
il se fait tard, il téléphone à deux amis de son Association, qui vont accepter
immédiatement d'héberger, l'une Michèle, et l'autre Françoise. Quant à moi, il
insiste pour me loger.
Nous y resterons deux jours. Il
nous présentera l'Association, les locaux, quelques membres. Et nous
commencerons ensemble à échafauder quelques projets, dont il nous faudra parler
à notre retour avec l'ensemble du Bureau.
Et nous rentrons chez nous le
samedi 25 août.
L'Association France-POLOGNE du
HAVRE va prendre un nouveau départ.