Le CONSEIL EPISCOPAL
De 1974, année de la fondation du Diocèse du HAVRE et de l'arrivée de Michel SAUDREAU comme premier évêque de ce Diocèse, jusqu'à son remplacement en Juillet 2003, par Michel GUYARD; chaque vendredi se tenait le "Conseil épiscopal". Je mets ce terme entre guillemets, car il est essentiellement ambigu. En effet, le Code de Droit canonique, qui régit tout ce qui se fait dans l'Eglise catholique, précise ceci :
- Can .
495 - § 1 . Dans chaque diocèse sera constitué le conseil
presbytéral, c'est-à-dire la réunion des prêtres représentant le
presbyterium qui soit comme le sénat de l'Evêque, et à qui il revient de
l'aider selon le droit dans le gouvernement du diocèse, dans le but de
promouvoir le plus efficacement possible le bien pastoral de la portion du
peuple de Dieu confiée à l'Evêque . –
Le Code parle de "Conseil presbytéral" comme du
"Sénat" de l'Evêque, c'est-à-dire d'un organe consultatif, destiné à
éclairer l'évêque dans les décisions à prendre. Or, cet organe consultatif, il existe
bel et bien, mais il s'appelle "Conseil épiscopal". Je mets donc ce
terme entre guillemets, car c'est une structure qui n'a pas d'existence
juridique, mais que tous les évêques de France constituent autour d'eux. Il y
avait donc un "Conseil épiscopal" au HAVRE, qui se réunissait en
théorie chaque vendredi.
Mais pas en pratique. En effet, les membres du "Conseil
épiscopal" étant trop nombreux, Michel SAUDREAU avait décidé que le seul
Conseil épiscopal opérationnel serait le "Conseil restreint".
On se trouvait donc, dans le Diocèse du HAVRE, avec un
"Conseil épiscopal" à double détente : restreint et élargi. Quant au
"Conseil presbytéral", il y en avait bien un, constitué de prêtres
élus par les autres prêtres, selon une norme fixée par l'évêque. Il s'occupait
de… au fait, quelle était sa mission ? Moi qui en ai été un temps le
vice-président, je n'ai jamais su quelle elle était ! C'était un organisme
purement formel. Il existait parce qu'il devait exister ! L'Evêque le
réunissait parce qu'il devait être réuni. Point-barre !
Qui composait le "Conseil épiscopal" ?
Je prends l'année 2002-2003, qui fut la dernière du
"règne" de Michel SAUDREAU. On trouvait, réunis dans la grande salle
du 17 rue Percanville autour de tables disposées en carré :
Côté sud, au
centre : Monseigneur l'évêque. Il arrivait avec ses "dossiers",
lorsque tout le monde était là, nous saluait ou ne nous saluait pas… et le
Conseil commençait par la prière de Tierce, qui est l'une des heures du
Bréviaire. 2002-2003 : ce fut "l'année de trop" pour Michel SAUDREAU,
qui allait atteindre la limite d'âge de 75 ans en Mars 2003 : fatigué, perdant
de temps en temps la mémoire, marchant avec difficulté, il s'en rendait bien compte, mais ne voulait
pas le faire paraître. Spectacle assez pitoyable… Qui donc a dit que la
vieillesse est un naufrage ?
Côté ouest,
-
Michel , Vicaire général, 46 ans. Responsable de la Formation
Permanente. Diplômé en Théologie. A la
fois faussement humble, mais pas orgueilleux; conscient de sa valeur, et le
faisant savoir. Un curieux mélange ! Introverti, il se voulait extraverti. Des
plaisanteries qu'ils croyait drôles, mais étaient souvent acerbes, et faisaient
mal. Mais s'acquittant assez
scrupuleusement des devoirs de son état. Il attendait manifestement l'appel à
l'épiscopat… qui ne venait pas. Il ne se gênait pas pour reprendre l'évêque,
ouvertement et devant tous.
-
Myriam , responsable de l'Enseignement catholique diocésain. Je
crois qu'elle s'est toujours demandé ce qu'elle
faisait là…
-
Danièle , responsable diocésaine de la Catéchèse. Bien dans ses
baskets. Compétente et humble…
-
Camille , 73 ans, coordonnateur de la Pastorale en Monde ouvrier.
Nous avions fait une partir de nos études au Grand Séminaire ensemble, avant
qu'il parte pour l'Institut catholique de PARIS. Il avait jadis été assez
radical dans ses choix, ce qui lui avait valu de solides inimitiés de la part
de quelques petits camarades. Mais l'âge venant, il devenait conciliant… et
assez blasé. Il s'éclatait ailleurs, dans une Association, où il faisait de
l'aide aux devoirs, et une autre, où il travaillait au coude à coude avec des
gens d'autres croyances ou appartenances.
Côté nord,
-
Moi-même, 69 ans, Doyen du
Secteur HAVRE-OUEST… je passe.
-
Colas , 67 ans. Il avait été Vicaire général, mais avait demandé
à être relevé de ses fonctions pour raison de santé. Un type simple, sympa avec
tous, tout donné à l'Eglise… qui ne le lui rendait pas, parce que l'Eglise
pense qu'il est naturel que les prêtres soient tout donnés à elle…
-
Jacques , 51 ans. Doyen du Secteur CRIQUETOT - GODERVILLE.
Gentil. Sans prétentions ni affectation. Il était là, tout simplement… Je crois
qu'il s'éclatait dans son ministère d'aumônier militaire.
-
Albert , 54 ans. Vicaire
épiscopal et Chancelier du Diocèse. Un composé bizarre de confiance en soi (ce
qu'il paraissait), et de doutes profonds (ce qu'il évitait de laisser
paraître). Des jugements parfois à l'emporte-pièce, a priori, dont il ne
voulait pas démordre. Une passion pour tout ce qui touchait à l'informatique et
à l'audio-visuel, domaines dans lesquels il était compétent.
-
Jacques , économe diocésain, cadre en retraite. Compétent dans
son domaine. Ne se prenant pas la tête. Soumis à l'autorité. Un peu étonné
d'être là, il ne prenait la parole que sur invitation.
Côté est,
-
Manuel , 71 ans.
Responsable de la Pastorale liturgique et sacramentelle. Nous avions fait un
bout de Séminaire ensemble. Il avait ensuite rejoint le Prado (une Congrégation
fondée en Monde ouvrier à LYON), avait exercé un peu de ministère à DUNKERQUE,
puis était revenu dans le Diocèse du HAVRE. Beau gosse et grande gueule
naguère, il n'était plus l'un, mais était resté l'autre. Il se plaisait à
imiter les prêtres de notre jeunesse, ce qui ne faisait plus rire grand monde.
Un manque terrible de confiance en soi, et dans les autres. Il lui fallait une
cour. Combien de fois lui ai-je dit : "Mais, ne t'en fais pas, on
t'aime !" ?
-
Christian , 45 ans,
Doyen du Secteur Vallée de Seine. Un caractère entier.
-
Jim , 54 ans, Doyen du
secteur FECAMP. D'origine bretonne. Anti-intellectuel par principe.
-
Paul , 42 ans, Aumônier
du Service diocésain C 4/3 (Chrétiens 4°-3°). Un brave type. Le Cauchois de la
bande, qui ramenait toujours tout à des questions de gros sous, mais gentiment,
par mode de plaisanterie. Toujours à fleur de déprime.
Que faisait-on au Conseil épiscopal ?
On "étudiait des dossiers"… Ce fut pendant 28 années, le
leitmotiv de Michel SAUDREAU : "Bon ! Eh bien, maintenant on va étudier
le dossier suivant !". Chaque mois, un ou deux dossiers : Le Mariage –
Le Sacrement de la Réconciliation – Les prêtres âgés – La réforme de la
Catéchèse – Les Secteurs… On discutait, on rediscutait, on rerediscutait,
toujours avec sérieux et application, on refermait le dossier, et on passait au
suivant, jusqu'au mois prochain. J'ai
rarement vu un dossier aboutir à des décisions. Et, lorsqu'il y eut décision,
j'ai rarement vu ces décisions être appliquées. Pourquoi ? Parce que,
simplement, l'évêque n'a aucun moyen de contraindre qui que ce soit à appliquer
une décision qui ne s'impose pas d'elle-même.
Où donc étaient prises les décisions ? Mais au Conseil restreint :
l'Evêque, le Vicaire général, le Vicaire épiscopal chancelier, le coordonnateur
en Monde ouvrier (pourquoi lui ici ? sans doute la sacro-sainte peur des
évêques des années 60-70 face au syndicalisme ouvrier et à l'Action catholique
ouvrière). Et quelles décisions ? Les seules attendues : les mutations. Chaque
fin d'année voyait son lot de prêtres mutés d'une paroisse à une autre, d'un
poste à un autre. Ce qui fit dire un jour à ma mère : "Dans ton
diocèse, il y a du changement cette année !" – "Non, lui
répondis-je, il y a des mutations, mais il n'y a pas de changement !".
Et il n 'y avait pas que le Conseil épiscopal. Il y avait le Conseil
diocésain aux affaires économiques. Il y eut un temps le Conseil pastoral
diocésain. L'Evêque se propulsait de Conseil en Conseil. Et, en boucle, il
parlait des mêmes sujets… et le schmilblic ne progressait pas…
Et pourtant des choses ont changé, mais pas par la grâce de tel ou tel Conseil.
Plutôt parce qu'ici ou là, des gens, prêtres ou laïcs, se sont pris par la
main, et ont entrepris d'opérer du changement où cela devenait nécessaire.