Le
CELIBAT et moi
Un
peu d'HISTOIRE de l'EGLISE
À la fin du IIème
siècle on considère que le célibat est plus agréable à Dieu
pour la fonction pastorale.
En 305, le concile d’Elvire se prononce en faveur du
célibat des prêtres, évêques et diacres.
En 314, le concile d’Ancyre interdit le
mariage après ordination.
En 325, le concile de Nicée déclare qu’aucun homme ne
peut se marier après avoir été ordonné prêtre.
En 385, le pape Siricius
décrète que les époux qui se sont mariés avant d’avoir été ordonnés prêtres n’ont plus le droit de coucher
avec leur femme après leur ordination.
En 500 le célibat obligatoire est mentionné.
En 1023, Benoit VII prêche
massivement contre les prêtres mariés.
En 1074, Grégoire VII tente de justifier le célibat d’un point
de vue théologique et historique, et il exige de tous les candidats au
sacerdoce qu’ils se plient à l’obligation de célibat. Le célibat des prêtres
devient obligatoire.
En 1124, au concile de Latran I, le pape Callixte II déclare que tous les mariages des clercs
doivent être invalidés. Les hommes accomplissant un ministère ecclésiastique
doivent renvoyer
femme et enfants.
En 1130, au concile de Latran II Alexandre II déclare :
les prêtres, diacres et sous diacres qui sont déjà mariés n’ont pas le droit
d’accéder à une plus haute fonction sauf en renvoyant femme et enfants.
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Le
jeune abbé BOULAND |
Au
cours de la dernière année de Séminaire précédant notre ordination, une jeune
troupe de théâtre havraise était venue représenter une pièce de je ne sais
plus qui, dont je ne me rappelle plus le titre, mais qui traitait du célibat
des prêtres… preuve qu'on en parlait déjà (à moins qu'on en parlât encore !).
A la sortie, nous échangions sur ce que nous venions de voir et d'entendre,
et tous, nous étions bien d'accord pour faire nôtre l'obligation du célibat
pour les prêtres. C'est
donc en toute conscience que j'ai renoncé à être père. J'avais
grandi dans une famille où il n'y avait pas de fille. J'ignorais donc tout de
la psychologie féminine. C'est lors du premier camp des Guides de France,
dont j'étais l'aumônier, en 1962, que j'en ai fait l'expérience. Lorsque j'y
réfléchis maintenant, je me dis que je ne voyais là que choses qui me
paraissent maintenant ordinaires : minauderies, jalousies, gentillesses.. Un
simple fait : il m'arrivait de prendre en voiture deux ou trois filles pour
les mener jusqu'au lieu de réunion ou de week-end. Longtemps après, Catherine
(avec qui je suis toujours en relation) me raconta qu'à cette époque, elles
se disputaient pour s'asseoir sur le siège arrière. Pourquoi ? Afin de voir
mes yeux dans le rétroviseur !… En
1962, je l'ai déjà raconté, j'acceptai la proposition de mon ami Roger
LACROIX, alors curé de Saint PAUL du HAVRE, d'accompagner une "Equipe
Enseignante", un Mouvement regroupant des Enseignants du Primaire. Il y
avait là six jeunes filles, en tout début de carrière, ayant entre 18 et 25
ans. En
Décembre 1964, je l'ai également déjà raconté, je dus remplacer Claude
SCHLUMBERGER, partant au BURUNDI, au Pensionnat Saint ROCH, pour y assurer le
cours de Lettres en classe de Première. Je recopie ici ce que j'ai déjà
raconté au chapitre 16 de mes "Souvenirs chronologiques" : |
Lorsque j'entrai dans la classe de Première
à Saint ROCH pour la première fois, j'eus la sensation que les élèves
retenaient leur inspiration, et m'inspectaient discrètement. Je passai
par-dessus cette impression, et fis mon cours. Or Marie-Laure LE COURTOIS, la
sœur de Pierre, était dans cette classe. Elle ne me dit rien ce jour-là. Elle
attendit la fin de l'année scolaire, et, un soir que je dînai chez ses parents,
elle me dit : "L'Abbé, est-ce que vous vous souvenez de votre premier
cours à Saint Roch ?" – "Bien sûr que oui ! L'ambiance était
particulière." – "Il faut que je vous dise qu'avant votre arrivée,
Mademoiselle de BELLENAY était venue. Elle nous avait dit : Mes enfants, vous
allez avoir un nouveau professeur, c'est Monsieur l'Abbé BOULAND. Il est jeune.
Méfiez-vous !". Je compris mieux l'impression que j'avais alors ressenti…
Si je reviens sur ces souvenirs, c'est pour dire que, pendant toute cette période, le célibat de me posa aucun problème particulier. Et pourtant Mai 1968 passa par là, avec toute une vague de départ de prêtres, un peu partout en France. Et pourtant aussi, en 1969, un de nos collègues décida de quitter le ministère pour épouser la responsable de l'unité des Guides de France, dont il était l'aumônier.
C'est après mon départ de l'Institution Saint Joseph, en 1969, qu'une évolution se produisit, avec mon arrivée à la paroisse Sainte Jeanne d'Arc du HAVRE. J'étais vraiment dans la nature, seul, bien qu'habitant le même presbytère que le Curé, mais chacun à un étage, ne nous rencontrant que pour les questions pastorales, et déjeunant ensemble une fois par semaine.
Dans le courant du mois de Février 1970, lors d'une permanence à la Paroisse, je reçus la visite d'une femme encore jeune (elle avait 34 ans à l'époque) qui venait me faire part de problèmes personnels et familiaux. Nous nous étions déjà rencontrés au moment de l'inscription au catéchisme de son troisième enfant, Xavier, mais je n'en avais gardé aucun souvenir. Quelques jours après, elle repassa pour me dire qu'après en avoir parlé avec son mari, ils avaient décidé de m'inviter.
Ce fut le mardi 10 mars au soir que je fis connaissance avec la famille M…. Une amitié se noua, qui dure encore. Mais je ne le pressentais pas encore. Je pris l'habitude d'y passer quelquefois le samedi après-midi (car, à cette époque, j'avais comme principe de ne rien faire le samedi après-midi… sauf lorsque je devais célébrer un mariage). En Août de cette année-là, Yves et Marianne, les deux aînés – 15 et 14 ans – participèrent au camp JEC en Italie. Puis de nouveau en 1971, à METZERAL, dans la vallée de MUNSTER (le meilleur camp d'ados que j'ai jamais organisé); et de nouveau en 1972 (le pire de tous les camps, et le dernier pour moi, où les gendarmes me ramenèrent, le dernier jour, des jeunes qu'ils avaient pris en flagrant délit de vol dans un Supermarché).
Bref, je m'intégrai peu à peu à la famille. Pourquoi ? Très vraisemblablement, parce que cette famille ressemblait à la mienne, le père ouvrier dans le Bâtiment, la mère femme de ménage. Marianne prit l'habitude de venir chez moi de temps en temps pour parler de choses et d'autres, et de sa famille en particulier. Et je pris l'habitude d'aller chez eux n'importe quand, simplement pour un moment, parler et regarder ensemble la télévision.
C'est alors que je compris que la pire menace pour n'importe quel individu, c'est la solitude. A Saint Jo, j'étais logé, nourri, blanchi, entretenu… et entouré par les autres copains, bien que nos relations ne fussent pas étroites. Le célibat, dans ces conditions, ne pose pas de problème. Les autres sont là, pour assurer le contrôle social. Dans ces conditions, on ne peut vouloir que ce que veut la collectivité. Chacun est libre, mais d'une liberté étroitement délimitée par la liberté des autres.
A la paroisse Sainte Jeanne d'Arc, j'étais seul. Et d'autant plus seul que j'avais surpris une correspondance entre le curé et une paroissienne, qui ne me laissait aucun doute sur l'état de leurs relations…
C'est ainsi, petit à petit, que Marianne s'attacha à moi, et moi à elle. Lorsque je partis à SAINT AUBIN ROUTOT, elle venait en Week-end chez moi, et participait à l'équipe liturgique de la paroisse. Puis elle continua à venir régulièrement…
…Jusqu'aujourd'hui.
Lorsqu'elle a adopté Elise d'abord, Fanny ensuite, ses filles sont devenues comme mes petites-filles, d'autant que Fanny est ma filleule, et prend plaisir à me nommer "parrain". Et cela est extrêmement important. Car, ainsi que je l'ai dit plus haut, si c'est en pleine conscience que j'ai renoncé à être père, nul ne m'a jamais demandé de renoncer à être grand'père.
Je ne suis pas seul. Et j'espère de ne jamais être seul.
Le
CELIBAT
Ce que je viens de raconter est bref, condensé, incomplet. Mais, pour moi, c'est une expérience extraordinaire.
Il faut le dire, le redire, et le crier très fort : la célibat est inhumain ! Et le prétexte d'une obligation qui aurait pour objectif de libérer le prêtre, afin de le rendre plus libre pour le service des autres et de Dieu, est fallacieux ! Je ne dis pas que l'Eglise aurait davantage de prêtres, s'ils n'étaient pas tenus au célibat. Je ne le crois pas, car la crise de l'Eglise n'est pas due au célibat sacerdotal, mais à un problème de reconnaissance sociale, et de l'Institution, et de ses prêtres. Dans les Eglises issues de la Réforme, les ministres ne sont pas tenus au célibat, et ils ne sont pas moins au service des fidèles que nous, et leurs églises ont les mêmes problèmes de reconnaissance que la nôtre.
Je sais, pour en parler (mais toujours à mots couverts, car le sujet est tabou, même entre nous), que nombre de mes copains vivent très mal leur célibat. Je sais que certains crèvent de solitude, et pas parmi les plus âgés.
Que pouvons-nous y faire ? Malheureusement RIEN !…
… sinon laisser chacun régler son propre problème…
… En attendant une autre époque, un autre pape, et des chrétiens plus conscients.