PRIERE A DIRE
PAR UN PROCHE DU DEFUNT
TOI QUI
L'AIMES PLUS FORT QUE NOUS
NOUS SOMMES
AIMES TELS QUE NOUS SOMMES
NOUS VOUDRIONS
DIRE NOTRE ESPERANCE
PRIERE POUR
CONTINUER LA ROUTE
Ce qui donne
un sens à la vie donne un sens à la mort
Toi aussi tu
viendras où je suis
Le secret de la mort Khalil Gibran
Découvrir la
tendresse de Dieu Auguste Valensin
Conduis-moi,
douce lumière John Henry Newman
Seigneur,
donne à chacun sa propre mort
Adieu des
parents à une petite Claire
Allez
tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souvenez-vous de la paix qui
peut exister dans le silence. Sans aliénation, vivez autant que possible en
bons termes avec toutes personnes. Dites doucement et clairement votre
vérité ; et écoutez les autres, même le simple d’esprit et l’ignorant ;
ils ont eux aussi leur histoire. Evitez les individus bruyants et agressifs,
ils sont une vexation pour l’esprit. Ne vous comparez avec personne : vous
risqueriez de devenir vain ou vaniteux. Il y a toujours plus grands et plus
petits que vous. Jouissez de vos projets aussi bien de vos accomplissements.
Soyez toujours intéressés à votre carrière, si modeste soit-elle ; c’est
une véritable possession dans les prospérités changeantes du temps. Soyez
prudent dans vos affaires ; car le monde est plein de fourberies. Mais ne
soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe ; plusieurs
individus recherchent les grands idéaux ; et partout la vie est remplie
d’héroïsme. Soyez vous-même. Surtout n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez
cynique en amour, car il est en face de toute stérilité et de tout
désenchantement aussi éternel que l’herbe. Prenez avec bonté le conseil des
années, en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance
d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez
pas avec vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la
solitude. Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes
un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles ; vous avez
le droit d’être ici. Et qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans
doute comme il le devrait. Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre
conception de lui, et quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez dans le
désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme. Avec toutes ses perfidies,
ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau.
Prenez attention. Tâchez d’être heureux.
Trouvé dans une vieille église de
Baltimore en 1692.
Auteur inconnu
Sois
lucide et calme, mon enfant, au milieu du bruit et de la hâte.
Surtout,
n’oublie jamais quelle qualité de paix apporte le silence.
Autant
que possible sans te soumettre, sois en bons termes avec tous.
Dis
ta vérité tranquillement et calmement.
Surtout,
écoute les autres.
Même
les sots et les ignorants ont leur histoire… donc des choses à
t’apprendre !
Evite
les personnes bruyantes et agressives dont l’attitude est une vexation pour
l’esprit.
Ne
te compare jamais aux autres, tu risquerais de devenir amer.
Sache
une bonne fois pour toutes qu’il y aura toujours des gens plus importants,
…
et d’autres plus petits que toi.
Réjouis-toi
de tes réalisations autant que de tes plans ou projets.
Sois
concerné par ta propre évolution, même humble:
Elle
est ta seule possession véritable, au travers des bonnes
ou
mauvaises fortunes de ce temps.
Sois
prudent dans tes affaires, car le monde est plein de pièges.
Mais
que ceci ne te rende pas aveugle à la vertu :
Beaucoup
de gens suivent un idéal élevé et, un peu partout, la vie est pleine
d’héroïsme.
Sois
toi-même.
Ne
fais pas semblant d’aimer.
Ne
sois pas cynique en amour, car par-delà toute aridité et toute déception,
L’amour
est aussi éternel que la Vie !
Prends
aimablement le conseil de tes aînés :
Ils
ont surmonté – plus ou moins bien – les embûches de la jeunesse.
Cultive
un esprit fort, qui te soutienne dans l’adversité.
Ne
te détruis pas toi-même par l’imaginaire :
Bien
des peurs ne sont nées que de la fatigue ou de la solitude.
Avec
une saine discipline, sois un ami pour toi-même.
Tu
es un enfant de l’Univers.
Rien
de moins que les arbres ou les étoiles.
Toi
aussi, tu as le droit d’être là….
Enfin,
que cela te soit clair ou non,
il
ne fait aucun doute que le monde s’organise comme il se doit.
Sois
donc en paix avec Dieu,
Quelle
que soit la manière dont tu Le conçois.
Quels
que soient tes travaux ou tes aspirations parmi les
bruyantes
confusions de l’existence, vis en paix avec ton âme.
Malgré
les pièges, les ingratitudes et les rêves brisés,
Notre
monde est encore et toujours BEAU.
Sois
prudent.
Efforce-toi
d’être heureux.
Trouvé dans une vieille église de
Baltimore en 1692.
Auteur inconnu
N. ici s’achève ton chemin
parmi nous ;
mais ici même nous
reviendrons
pour nous souvenir,
pour continuer avec toi,
dans le même sens, ces
années
où nous avons marché
ensemble.
Nous voici avec toi
Au moment où tu entres
Dans une communion
Nouvelle et plus forte
Avec nous.
Ce que tu as vécu,
Tout cela continue aujourd’hui,
Et l’élan que tu as pris,
qui l’arrêtera ?
Et maintenant,
Seigneur Jésus Christ,
c’est vers Toi que nous
regardons ,
Toi, l’un de nous,
Toi, plus grand que
nous ;
ce que Tu as vécu sur cette
terre,
tout cela continue à
travers nous ;
et l’élan
que Tu nous as communiqué,
qui l’arrêtera ?
Toi en qui l’homme
reconnaît
son vrai visage,
Toi qui nous appelles
au-delà de nous-mêmes,
Toi déjà présent
dans ces liens
noués entre les hommes,
Toi Jésus-Christ,
tiens-nous debout
dans cet Amour
plus fort que la mort.
Tu ne parles plus
mais tu es vivant.
Tu ne bouges plus
mais tu es vivant.
Tu ne souris plus
mais en arrière de tes yeux
tu me regardes
De très loin ?
Peut-être de très près,
je ne sais rien de ces
distances.
Je ne sais plus rien de
toi,
Mais tu sais maintenant
davantage de choses sur
moi.
Tu es en Dieu.
Je ne sais pas ce que cela
peut vouloir dire
mais sûrement ce que tu
voulais
et ce que je veux pour toi.
Je le crois.
Toute ma foi, je la
rassemble.
Elle est maintenant mon
seul lien avec toi.
Jésus, donne-moi
de croire à ta victoire sur
la mort
Celui que j’aime
veut entrer dans ta joie.
S’il n’est pas prêt, je te
prie pour lui.
Achève sa préparation.
Pardonne-lui
comme tu sais pardonner.
Aide-moi à vivre sans voix,
sans ses yeux,
que je ne le déçoive pas
maintenant qu’il va me voir
vivre et m’attendre.
André SEVE
L’amour ne disparaît jamais
la mort n’est rien.
Je suis seulement passé
dans la pièce à côté
Je suis moi, tu es toi.
Ce que nous étions l’un
pour l’autre
Nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom
que tu m’as toujours donné
Parle-moi
comme tu l’as toujours
fait.
N’emploie pas un ton
différent,
ne prends pas un air
solennel
ou triste.
Continue à rire
de ce qui nous faisait rire
ensemble.
Prie, souris, pense à moi.
prie pour moi
que mon nom soit prononcé
à la maison
comme il l’ a toujours été,
sans emphase d’aucune
sorte,
sans une trace d’ombre.
La vie signifie tout
ce qu’elle a toujours
signifié
Elle est ce qu’elle a
toujours été.
Le fil n’est pas coupé
pourquoi serai-je
hors de ta pensée
simplement parce que je
suis hors de ta vie…
Je t’attends, je ne suis
pas loin,
juste de l’autre côté du
chemin.
Tu vois, tout est bien.
Henri SCOTT
Chanoine Irlandais
Cette nuit, j’ai eu un
songe :
je cheminais sur la plage
accompagné du Seigneur.
Des traces sur le sable
rappelaient
le parcours de ma
vie :
les pas du Seigneur et les
miens.
Ainsi nous avancions tous
deux
Jusqu’à la fin du voyage.
Parfois une empreinte
unique
était marquée,
c’était la trace des jours
les plus difficiles
des jours de plus grande
angoisse
de plus grande peur
de plus grande douleur…
J’ai appelé :
" Seigneur, tu as
dit
que tu étais avec moi
tous les jours de ma vie,
j’ai accepté de vivre avec
toi.
Pourquoi m’avoir laissé
seul
aux pires
moments ? "
Il m’a répondu :
" Mon fils, je te
l’ai dit :
Je serai avec toi
Tout au long de la route.
J’ai promis de ne pas te
quitter.
T’ai-je abandonné ?
Quand tu ne vois qu’une
trace
sur le sable
c’est que ce jour-là
c’est moi qui t’ai
porté ".
Ce qui se passera de
l’autre côté
quand tout pour moi
aura basculé dans
l’éternité,
je ne le sais pas.
Je crois, je crois
seulement
qu’un amour m’attend !
Je sais pourtant qu’alors
il me faudra faire
pauvre et sans poids
le bilan de moi.
Mais ne pensez pas que je
désespère.
Je crois, je crois
tellement
qu’un amour m’attend !
Ne me parlez pas des
gloires et louanges
des bienheureux.
Et ne me dites rien non
plus des anges
Tout ce que je peux,
c’est croire, croire
obstinément
qu’un amour m’attend.
Maintenant mon heure est si
proche et que dire ?
Oh ! mais sourire.
Ce que j’ai cru , je le
croirai plus fort
au pas de la mort.
C’est vers un amour
que je marche en m’en
allant
c’est dans un amour
que je descends doucement.
Si je meurs, ne pleurez
pas ;
c’est un amour qui
m’attend.
Si j’ai peur, et pourquoi
pas ?
Rappelez-moi simplement
qu’un amour, un amour m’attend.
Il va m’ouvrir tout entière
à sa joie, à sa lumière.
Oui, Père, je viens à Toi
dans le vent
dont on ne sait ni d’où il
vient ni où il va,
vers ton amour qui m’attend
Mère Alice Aimée
Carmélite (1896-1976)
Dieu, notre Père, nous sommes
désespérés
devant ce malheur et cette
souffrance.
Aide-nous à comprendre ce
qui nous arrive.
Aide-nous à croire que tu
nous aimes malgré tout.
Tu nous as dit que la nuit
conduit au jour,
que l'amour est plus fort
que le mal
et que la vie peut surgir
de la mort :
comme il est difficile de
croire cela !
Augmente notre foi en
Jésus, ressuscité des morts.
Que ta puissance vienne au
secours de notre faiblesse
et nous garde debout dans
l'espérance.
A cette heure où la
mort risque de nous faire douter de la vie,
Seigneur, sois très fort
avec nous.
Dis-nous tes promesses de
salut, dis-nous ton Fils ressuscité,
dans cette nuit où il ouvre
une brèche de lumière.
Par la puissance de ton
Saint-Esprit, guéris l'infirmité de notre foi.
Tiens-nous debout dans
l'espérance.
Toi, le Dieu des vivants,
nous remettons entre tes mains …
Au moment où la mort le
(la) retranche du milieu de nous,
ouvre-lui toi-même les
portes de la vie.
Toi qui l'aimes plus fort
que nous,
garde-le (la) dans ton
amour,
garde-le (la) avec ton
Fils, Jésus Christ,
pour toujours auprès de
toi.
Seigneur Jésus Christ,
Tu sais que nul d'entre
nous ne choisit sa croix, ni sa mort,
Et que nous avons bien du
mal à te suivre jusqu'au bout.
Toi seul as pu vivre et
entrer dans la mort
Avec une telle qualité
d'amour !
Dis-nous, à cette heure,
que Dieu ne regarde pas à notre misère.
Dis-nous, par ta croix, que
nous sommes aimés tels que nous sommes.
Et puisque, par toi, Dieu
est avec nous jusqu'à la mort,
Que ta croix ouvre à
……………..
Ton Royaume de
résurrection.
Entre les mains de notre
Père
où l'homme est appelé
du fond de sa misère,
Nous te laissons partir ;
Le Dieu qui a pétri
Au corps de Jésus-Christ
Ta chair et ton esprit
Saura bien t'accueillir
Ta place est pour
l'éternité
Entre les mains de notre
Père.
Entre les mains de notre
Père
Plus douces que nos mains
Plus fortes que la terre,
Nous déposons ton corps ;
Le Dieu qui a donné
L'amour et l'amitié
Ne peut nous séparer
A jamais par la mort :
Un jour nous ne serons plus
qu'un
Entre les mains de notre
Père.
Entre les mains de notre
Père
Qui voit chaque douleur,
Qui sait toute prière,
Nous retrouvons l'espoir :
Le Dieu qui est venu
Nous dire par Jésus
La joie de son salut
Ne peut pas décevoir !
Comment ne pas reprendre
cœur
Entre les mains de notre
Père.
Maintenant et à l'heure de notre
mort
Sainte-Marie, Mère de Dieu,
Prie pour tous, maintenant
qu'ils sont morts
Les miens et ceux des
autres
Ceux qui furent aimés
Et ceux qu'on a tués
Ceux qui avaient du bien
Et ceux qui n'avaient rien
Ceux qui n'ont pas souffert
Et ceux qui ont crié
Ceux qui étaient trop
jeunes
Et ceux qui étaient las
Ceux qui ont vécu droit
Et ceux qui ont fauté
Ceux qui laissent un nom
Et ceux que l'on oubliera
Ceux qui ont fait du bien
Ceux qui ont fait du tort
Ceux pour lesquels on prie
Et ceux que l'on oublie
Ceux que je peux nommer
Et ceux que tu connais
Vierge Marie, vois tes fils
;
A partir de cette heure-là
Qu'ils soient auprès de
Dieu
Avec toi, amen.
Tu as beaucoup voyagé, les
nécessités du travail t'ont conduit d'un coin à l'autre, deux ans ici, quatre
ans plus loin et dix ans ailleurs, tu allais où l'on t'envoyait.
Partout, tu t'es fait des
amis, partout tu as laissé des souvenirs, nous repensons aujourd'hui à cela.
Mais aujourd'hui, c'est un autre
voyage qui t'emmène loin de nous, dans un autre pays.
Ce pays d'où personne ne
revient parce que c'est l'aboutissement de tous nos voyages, de toutes nos
courses et de nos recherches.
Tu es maintenant parti vers
Dieu, vers ce pays mystérieux que Jésus appelait le Royaume de Dieu.
Nous espérons te retrouver
un jour au terme de notre propre voyage quand nous parviendrons nous aussi à
cette maison où le Père nous attend pour fêter ensemble le monde nouveau.
Nous n'avons jamais su
vraiment ce que tu pensais
Sur plein de choses
pourtant essentielles.
Tu ne parlais jamais de
Dieu,
Mais tu allais à l'église
de temps en temps
Pour dire adieu à tes amis
quand ils mouraient,
Pour partager la joie de
ceux qui se mariaient,
Pour accueillir les enfants
de la famille ou des amis
Quand on les baptisait
Et pour les entourer plus
tard
Quand ils faisaient leur
première communion.
Aujourd'hui, nous tes
proches nous te disons adieu,
Nous espérons que
silencieusement tu as rejoint
Ceux que tu aimais, ceux
dont tu avais partagé le travail, les soucis,
Ceux que tu avais aidés ou
qui t'avaient rendu service.
Demain, nous aussi nous
partirons
Sans avoir terminé notre
travail,
Nous laisserons sans doute
des choses à faire,
Nous abandonnerons nos travaux
entrepris
Que d'autres, à notre
place, poursuivront.
Mais ce jour-là nous
espérons te retrouver,
Nous viendrons,
silencieusement, nous asseoir auprès de toi
Dans la maison de Dieu.
Mais les paroles se serrent
dans notre gorge.
Nous voudrions crier, mais
aucun cri ne vient.
Nous voudrions aimer, mais
seul le poids de notre peine et le bruit de nos
Larmes témoignent que nous
vivons encore.
Mais où es-tu Seigneur, et
qui nous dit qu'avec nous Tu partages ce moment ?
Rien n'est plus possible
que l'espoir, que payer le prix de cette espérance.
Je souhaite la paix. Cette
paix doit prendre la place de la vie qui m'abandonne
Je ne sais plus qu'espérer
d'autre, je ne sais plus rien de l'avenir qui m'attend,
Ni même s'il est un avenir.
Je désire quelqu'un sans
connaître son nom ; est-il ce que j'espère ?
Je ne sais, mais que la
paix enfin illumine ma solitude.
Tu n'as pas attendu
que soient tournées les pages que nous voulions écrire
Ensemble, tu t'en vas, et
tu n'as pas attendu le temps de la moisson, le temps
De récolter ce qu'ensemble
nous avions semé,
Tu t'en vas et tu n'as pas
attendu que la maison soit finie, les enfants élevés,
Tu t'en vas et tu n'as pas
attendu que nous prenions le temps de nous récon-
Cilier avec ceux qui nous
ont fait du mal, avec ceux que nous avons blessés .
Pourtant j'espère que Dieu
t'attend, j'espère qu'Il te pardonnera ce que
D'autres ne t'ont pas
pardonné.
J'espère que Dieu fera mûrir
les semences déposées en terre, les projets
Encore en devenir et les
amitiés qui commençaient à fleurir.
Je n'ai qu'une
certitude :
Ceux que j'ai aimés, ma
famille, mes camarades, mes enfants,
Demeurent vivants en moi.
Ils guident encore mes pas.
Leur être fidèle, ce n'est
pas s'enfermer dans la douleur.
Il faut continuer de
creuser le sillon : droit et profond.
Comme ils l'auraient fait
eux-mêmes.
Comme on l'aurait fait avec
eux, pour eux.
Etre fidèle à ceux qui sont
morts,
C'est vivre comme ils
auraient vécu, c'est les faire vivre en nous,
C'est transmettre leur
visage, leur voix, leur message aux autres.
Ainsi, la vie des disparus
germe sans fin.
Je ne sais pas si je dois
me dire croyant.
Je ne puis dire : je crois
en Dieu.
Je ne puis dire non plus :
je crois …
Ce que je sais seulement,
C'est que la mort ne
détruit pas l'amour que l'on portait
A ceux qui ne sont plus …
Je le sais parce que tous
les jours je vis avec les miens …
Ce que je sais aussi, c'est
que la vie doit avoir un sens.
Ce que je sais encore,
c'est que l'amour est la clé de l'existence.
Ce que je sais enfin, c'est
que l'amour, le bien, la fidélité et l'espoir
Triomphent finalement
toujours du mal, de la mort et de la barbarie.
Tout cela, je le sais, je
le crois …
Dieu est-il au creux de ces
certitudes ?
Je ne sais pas … Je cherche
…
Au bout de la route, il n'y
a pas la route,
Mais le terme d'un
pèlerinage..
Au bout de l'ascension, il
n'y a pas l'ascension
Mais le sommet.
Au bout de la nuit, il n'y
a pas la nuit,
Mais l'aurore.
Au bout de l'hiver, il n'y
a pas l'hiver,
Mais le printemps.
Au bout de la mort, il n'y
a pas la mort,
Mais la VIE.
Au bout du désespoir, il
n'y a pas le désespoir,
Mais l'Espérance.
Au bout de l'humanité, il
n'y a pas l'homme,
Mais l' Homme-Dieu.
Au bout du Carême, il n'y a
pas le désert,
Mais la Résurrection.
Sur le chemin de ce qu'on
appelle la vie
Se croisent et s'épousent à
longueur de temps
Mort et vie, deuil et
naissance
Trou noir et renaissance,
Pleurs et rires, angoisse
et paix,
Vertige et assurance,
fragilité et force,
Indifférence et tendresse,
Incertitudes et
convictions,
Tous les "à quoi bon
?" et tous les "pourquoi pas ?" …
Ainsi va la vie aux cent
couleurs de nuit et de soleil.
Dieu, pèlerin embusqué
Dans notre aventure
humaine,
Tu es de tous nos voyages.
Tu es sur nos grand-routes
et nos chemins de traverse,
Sur nos terres ensoleillées
Et dans nos bas-fonds
obscurs,
Présent à toutes nos
aurores et tous nos crépuscules.
Reste avec nous quand il
fait jour et quand il fait nuit.
Quand on pense à ton
grand âge
C'est bien naturel
Que tu sois parti (e).
Nous nous y attendions :
Il y avait si longtemps
Que tu souffrais
Que tu t'affaiblissais
Et que tu nous disais :
Mon heure approche.
Pourtant nous souffrons
Car ceux qu'on aime n'ont
pas d'âge
On les aime, c'est tout.
Tu retrouves maintenant
Ceux que tu as aimés.
Certains sont partis déjà
Depuis bien longtemps.
Nous ne les connaissons pas
Mais tu nous en parlais :
Maintenant tu les vois.
Pour toi, le Christ, la
Vierge Marie
Et tous les saints vont
accourir
Ils te prennent par la main
Pour te mener au Père.
Il restera de toi ce
que tu as donné
Au lieu de le garder dans
des coffres rouillés
Il restera de toi de ton
jardin secret
Une fleur oubliée qui ne
s'est pas fanée
Ce que tu as donné en
d'autres fleurira
Celui qui perd sa vie un
jour la trouvera.
Il restera de toi ce que tu
as offert
Entre tes bras ouverts un
matin au soleil.
Il restera de toi ce que tu
as perdu
Que tu as attendu plus loin
que tes réveils
Ce que tu as offert en
d'autres revivra
Celui qui perd sa vie un
jour la trouvera.
Il restera de toi une larme
tombée
Un sourire germé sur les
yeux de ton cœur
Il restera de toi ce que tu
as semé
Que tu as partagé aux
mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé en
d'autres germera
Celui qui perd sa vie un
jour la trouvera.
Qui pourra me dire la
vie après la mort ?
Qui saura trouver les mots
de l'au-delà ?
Qui pourra donner une
réponse à ma question ?
La mort
Face à cette inconnue
J'imagine, je rêve,
Je projette mes désirs les
plus secrets,
Et j'ai peur.
J'aimerais avoir la
certitude que tout ce que j'ai vécu,
Mes amours, mon travail, ma
vie,
Ne seront jamais anéantis,
effacés à tout
jamais.
Car la mort ce sont des
pleurs, un mur, une fin.
Jésus-Christ, tu as vécu ce
chemin d'homme,
Tu as partagé le poids de
la souffrance et du deuil.
Mais sur ta route
Tu as semé les germes de
l'espérance.
Ta vie, Ta mort, Ta
résurrection me l'ont appris :
La mort est passage, la
mort est naissance.
Si tu savais le don de Dieu
et ce qu’est le ciel,
Si tu pouvais d’ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d’eux,
Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs
éternels, les nouveaux sentiers où je marche,
Si un instant tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes
les beautés pâlissent …
Quoi ? Tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni
me voir, ni m’aimer encore dans le pays des immuables réalités ?
Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui
m’enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît, et qu’Il a fixé, ton âme
viendra dans le ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras Celui
qui t’aimait et qui t’aime encore, tu retrouveras Son cœur, tu en retrouveras
les tendresses épurées…
A Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, infidèle aux souvenirs
et aux vraies joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant !
Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus
attendant la mort, mais avançant d’instant en instant avec toi, qui me tiendras
la main, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie, buvant avec
ivresse aux pieds de Dieu un breuvage dont on ne se lasse jamais et que tu
viendras boire avec moi …
Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes !…
Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même
le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons
vivre en paix et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie, donne un
sens à la mort.
Elle est si douée quand elle est dans
l'ordre des choses, quand le vieux paysan de Provence, au terme de son règne,
remet en dépôt à ses fils son lot de chèvres et d'oliviers, afin qu'ils le
transmettent, à leur tour, aux fils de leurs fils. On ne meurt qu'à demi dans
une lignée paysanne. Chaque existence craque à Sun tour comme une cosse et
livre ses graines.
J'ai coudoyé, une fois, trois paysans,
face au lit de mort de leur mère — et certes, c'était douloureux — Pour la
seconde fois était tranché le cordon ombilical. Pour la seconde fois, un nœud
se défaisait : celui qui lie une génération à l'autre. Ces trois fils se
découvraient seuls, ayant tout à apprendre, privés d'une table familiale où se
réunir aux jours de fête, privés du pôle en qui ils se retrouvaient tous. Mais
je découvrais aussi, dans cette rupture, que la vie peut être donnée pour la
seconde fois. Ces fils, eux aussi, à leur tour, se feraient têtes de file,
points de rassemblement et patriarches, jusqu'à l'heure où ils passeraient, à
leur tour, le commandement à cette portée de petits qui jouaient dans la cour.
Je regardais la mère, cette vieille
paysanne au visage paisible et dur, aux lèvres serrées, ce visage changé en
masque de pierre. Et j'y reconnaissais le visage des fils. Ce masque avait
servi à imprimer le leur. Ce corps avait servi à imprimer ces corps, ces beaux
exemplaires d'hommes. Et maintenant, elle reposait brisée, mais comme une
gangue dont on a retiré le fruit. A leur tour, fils et filles, de leur chair,
imprimeraient des petits d'hommes. On ne mourait pas dans la ferme. La mère est
morte, vive la mère !
Douloureuse, oui, mais tellement simple
cette image de la lignée, abandonnant une à une, sur son chemin, ses belles
dépouilles à cheveux blancs, marchant vers je ne sais quelle vérité, à travers
ses métamorphoses.
(Antoine de Saint-Exupéry,
Terre des hommes, 1939
Gallimard, Pléiade, p. 257)
Aujourd'hui je me suis
promené avec mon camarade.
Même s'il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.
Qu'ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.
Avec mon camarade je me suis promené.
Jadis mes parents
Allaient seuls aux enterrements
Et je me sentais petit enfant.
Maintenant je connais pas mal de morts,
J'ai vu beaucoup de croque-morts
Mais je n'approche pas de leur bord.
C'est pourquoi tout aujourd'hui
Je me suis promené avec mon ami.
Il m'a trouvé un peu vieilli,
Un peu vieilli mais il m'a dit :
Toi aussi tu viendras où je suis,
Un dimanche ou un samedi,
Moi, je regardais les arbres en fleurs,
La rivière passer sous le pont
Et soudain j'ai vu que j'étais seul.
Alors je suis rentré parmi les hommes.
(Robert Desnos, «Etat de veille. Mines de rien 1938»,
dans Destinée arbitraire. Gallimard)
Parmi bruyères et genêts,...
Voilà bien longtemps, je suis née.
Je croyais, petite innocente,
Sans fin la ronde des jours...
Que jamais n'en ferais le tour!
Croyais pure entre les roseaux
L'eau murmurante des ruisseaux.
Croyais les mots faits de musique,
Chargés de joie, chargés d'amour,
Et tous les chemins de velours...
Croyais l'oiseau roi de l'azur,
Ayant en l'homme un ami sûr.
Croyais les chiens doux et fidèles,
Léchant les mains si tendrement
Qu'endormaient la peur doucement.
Croyais tous les enfants heureux,
Avec du soleil plein les yeux
Et la tendresse de leur mère...
Beau comme la rosé d'un jour,
Et éternel croyais l'amour.
J'ai vu des amants déchirés
Et leurs beaux serments bafoués.
J'ai vu, des enfants, la tristesse :
Pour eux, ni soleil, ni jardin ;
Pour eux las! faim, peur et dédain...
Ah ! vraiment n'y comprends plus rien
A mordre, on a dressé les chiens...
Le maître aimé les abandonne...
Et, pour l'oiseau, l'homme a choisi
La cage étroite ou le fusil !
Durs, tortueux et incertains,
Pleins de dangers sont les chemins
Où la pierre côtoie l'ornière.
Il est des mots laids et méchants :
Comme la lame ils sont tranchants.
Dans l'eau meurt le poisson d'argent ;
L'eau n'a plus de reflets changeants
Mais de grises franges d'écume.
File, file, file le temps...
Rides au front et cheveux blancs !
Là-bas, bruyères et genêts,
Dans la campagne où je suis née,
A leur saison encor fleurissent.
Continue la ronde des jours,
Et j'en ai fait presque le tour.
Le soleil baisse à l'horizon
Dorant le toit de ma maison...
Le soir tamise la lumière,
Adoucit couleurs et contours :
C'est l'heure d'un plus grand amour.
Ma main s'apaise entre tes mains,
Je rêve encor de lendemains
Où la joie paisible a sa place.
Mon Aimé, voici le déclin,
Notre course touche à sa fin.
Déposons là tous nos fardeaux,
C'est le moment du grand repos.
Conviés à la même fête,
Oublions larmes et soucis.
« Ouvre donc, Seigneur, nous voici ! »
Alors Almitra parla, disant,
Nous voudrions maintenant vous questionner sur la Mort.
Et il dit : Vous
voudriez connaître le secret de la mort. Mais comment le trouverez-vous sinon
en le cherchant dans le cœur de la vie ?
La chouette dont
les yeux faits pour la nuit sont aveugles au jour ne peut dévoiler le mystère
de la lumière.
Si vous voulez
vraiment contempler l'esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps
de la vie. Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l'océan sont
un.
Dans la profondeur de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse
connaissance de l'au-delà;
Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.
Fiez-vous aux
rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.
Votre peur de la
mort n'est que le frisson du berger lorsqu'il se tient devant le roi dont la
main va se poser sur lui pour l'honorer.
Le berger ne se
réjouit-il pas sous son tremblement, de ce qu'il portera l'insigne du roi ?
Pourtant
n'est-il pas plus conscient de son tremblement ?
Car qu'est-ce
que mourir sinon se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?
Et qu'est-ce que
cesser de respirer, sinon libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour
qu'il puisse s'élever et se dilater et rechercher Dieu sans
entraves ?
C'est seulement
lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.
Et quand vous
aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter.
Et lorsque la
terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.
Les sentiments que je
voudrais avoir à cette heure (et que j'ai actuellement) : penser que je vais
découvrir la Tendresse. Il est impossible que Dieu me déçoive, l'hypothèse
seule est énorme!
J'irai à lui, et je lui dirai : je ne me prévaux de rien, sinon d'avoir cru en votre
bonté. C'est bien là en effet ma force, toute ma force, ma seule force. Si cela
m'abandonnait, si cette confiance en l'Amour me désertait, tout serait fini,
car je
n'ai pas le sentiment de valoir, surnaturellement, quoique ce soit; et s'il
faut être digne du bonheur pour l'avoir, c'est à y renoncer. Mais plus je vais,
plus je vois que j'ai raison de me représenter mon Père comme l'indulgence
infinie. Et que les
maîtres de la vie spirituelle disent ce qu'ils veulent, parlent de justice,
d'exigences, de craintes, mon juge à moi, c'est celui qui tous les jours
montait
sur la tour et regardait à l'horizon si l'enfant prodigue lui revenait. Qui ne
voudrait être jugé par lui ?
Saint Jacques a écrit : Celui qui craint n'est pas encore parfait dans l'Amour.
Je ne crains pas Dieu, mais c'est moins encore parce que je l'aime que parce
que je me sais aimé de lui. Et je n'éprouve pas le besoin de lui demander
pourquoi mon Père m'aime; ou ce qu'il aime en moi. Je serais d'ailleurs fort
embarrassé pour répondre; même strictement, dans l'incapacité de répondre. Il
m'aime parce qu'il est l'Amour; et il suffit que j'accepte d'être aimé de lui
pour l'être effectivement.
Mais il faut que je fasse ce geste personnel
d'accepter. Cela, c'est la dignité, la beauté même de l'amour qui le veut.
L'amour ne s'impose pas : il s'offre. 0 Père, merci de m'aimer! Et ce n'est pas
moi qui vous crierai que je suis indigne! En
tout cas, m'aimer, moi, tel que je suis, voilà qui est digne de vous, digne de
l'amour essentiel, digne de l'amour essentiellement gratuit! Oh! cette pensée
m'enchante! Me voilà bien à l'abri des scrupules, de la fausse humilité,
décourageante, de la tristesse spirituelle.
On pense d'ordinaire trop à soi et pas assez à lui. Il y a de malheureux théologiens
qui ont peur (sans se l'avouer) de faire Dieu trop bon - c'est-à-
dire trop beau. Il est bon, mais il n'est pas faible, qu'ils disent...
Faible par amour, comme mon Père en est plus grand et plus beau. La croix me donne raison.
Conduis-moi, douce lumière,
A travers les ténèbres qui m'encerclent.
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!
Garde mes pas: je ne demande pas à voir déjà
Ce qu'on doit voir là-bas :un seul pas à la fois
C'est bien assez pour moi.
Je n'ai pas toujours été ainsi
Et je n'ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J'aimais choisir et voir mon sentier;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!
Si longuement ta puissance m'a béni!
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu'à ce que la nuit s'en soit allée...
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant!
Rainer-Maria Rilke
Heureux qui peut mûrir sa mort, comme un arbre,
jour après jour, de la fleur du printemps au fruit que l'automne ensoleille et
qui se détache enfin comme on se donne. Ainsi prie le poète Rainer-Maria Rilke.
Seigneur, donne à chacun sa propre mort,
Enfantée de sa propre vie,
Où il connut l'amour, un sens et la détresse.
Nous ne sommes nous-mêmes que la feuille et l'écorce.
La grande mort que chacun porte en soi,
Elle est le fruit sur lequel tout s'ordonne (...)
Seigneur, accorde-nous le savoir et la force
D'ouvrir et de lier nos vies en espaliers
Pour lesquels fleurira un printemps plus précoce.
Car ce qui fait la mort étrange et difficile,
C'est qu'au lieu de la nôtre arrive l'imprévue,
— L'authentique, la vraie n'ayant pas su mûrir (...)
Ressuscite pour l'homme en son cœur la merveille
De l'enfance éblouie et les contes secrets,
Comme aux primes années où la pensée s'éveille.
Et donne-lui alors de veiller jusqu'à l'heure
Où il enfantera une Mort souveraine,
Comme un parc murmurant ou comme un voyageur
Retour d'une contrée lointaine.
Source : Rainer-Maria
Rilke, Le livre de la pauvreté et de la mort, 1906 trad. Les Quatre Saisons,
Prières pour chaque jour de l'année, Desclée-Mame, L'automne, 23 nov.
Saint Augustin
Si tu savais le don de Dieu et ce qu’est le ciel,
Si tu pouvais d’ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d’eux,
Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs
éternels, les nouveaux sentiers où je marche,
Si un instant tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes
les beautés pâlissent …
Quoi ? Tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni
me voir, ni m’aimer encore dans le pays des immuables réalités ?
Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui
m’enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît, et qu’Il a fixé, ton âme
viendra dans le ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras Celui
qui t’aimait et qui t’aime encore, tu retrouveras Son cœur, tu en retrouveras
les tendresses épurées…
A Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, infidèle aux souvenirs
et aux vraies joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant !
Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus
attendant la mort, mais avançant d’instant en instant avec toi, qui me tiendras
la main, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie, buvant avec
ivresse aux pieds de Dieu un breuvage dont on ne se lasse jamais et que tu
viendras boire avec moi …
Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes !…
Paul Éluard
Pour Paul Eluard, la vie est plus forte que la
mort. Tel est le message de l'amour, de l'affection, de l'amitié. Par delà
toute mort, il y a un monde à bâtir, un monde des hommes à bâtir « pour se
comprendre et pour s'aimer»; la foi chrétienne dirait: un Royaume à faire
advenir.
(Ces poèmes de Paul Eluard sont tirés d'un recueil intitulé « Le Phénix » : un
titre que les Pères de l'Eglise appliquaient au Christ, car l'oiseau phénix
avait la réputation de renaître de ses cendres.)
J'ai cru pouvoir briser la profondeur l'immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m'a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu'il n'y ait rien ni vitre ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J'avais éliminé l'hivernale ossature
Du vœu de vivre qui s'annule.
Tu es venue le feu
s'est alors ranimé
L'ombre a cédé le froid d'en bas s'est étoile
Et la terre s'est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J'avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J'avançais je gagnais de l'espace et du temps
J'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l'espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l'aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j'adorais l'amour comme à mes premiers jours.
Les champs sont
labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une boule énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n'est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s'entendre
Pour se comprendre pour s'aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.
(Paul Eluard, Derniers
poèmes d'amour, Seghers)
Jacques Leclercq
À la afin de son livre « Le Jour de l'homme », le
P. Jacques Leclercq célèbre la Résurrection comme la suprême coïncidence du «Jour
de l'homme» avec le «Jour de Dieu».
Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus.
Qui croit en moi, fût-il mort, vivra.
Et je crois, oui, je
crois qu'un jour, ton jour, ô mon Dieu,
je m'avancerai vers toi,
Avec mes pas titubants,
Avec toutes mes larmes dans mes mains,
Et ce cœur merveilleux que tu nous as donné,
Ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est fait pour toi...
Un jour, je viendrai,
Et tu liras sur mon visage
Toute la détresse, tous les combats, tous .les échecs des
chemins de la liberté,
Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n'est pas grave le péché,
quand on est devant toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié.
Mais devant toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
Puisqu'on est tant aimé !
Un jour, ton jour, ô mon Dieu, je viendrai vers toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
Je saurai enfin
Que la tendresse, c'est toi,
Que ma liberté, c'est encore toi.
Je viendrai vers toi, ô mon Dieu, et tu me donneras ton
visage.
Je viendrai vers toi avec mon rêve le plus fou :
T'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers toi, et je te crierai à pleine voix
Toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! J'ai tenté d'être un Homme, et je suis ton en-
fant... »
(Jacques Leclercq, Le
Jour de l'homme,
Seuil 1976, p. 152-153)
André Verdet
Dieu a mis au cœur de l'homme un goût de la vie si
fort, une confiance si invincible que, même dans l'enfer d'Auschwitz, il s'est
trouvé des poètes pour chanter « l'espoir à tout prix».
Quand bien même tous les êtres que j'aime viendraient à mourir
Seraient morts me laissant seul à seul
Comme serait morte à jamais si grouillante la terre
Quand bien même éteints astres phares et foyers
Et toi de mon amour éternité
Si la nuit des nuits écrasait le monde
De son pampre touffu de ténèbres glacées
Quand bien même plus un souffle de vie
Hormis le mien
Plus solitaire que le néant
Et plus menacé
Quand bien même l'irrémédiable Carcasse Rien
Alors dans cet univers pétrifié
Mes lèvres forgeraient d'or le nom d'une aurore nouvelle
André Verdet (Auschwitz
30 avril-12 mai 1942), Les Jours, Les Nuits et puis l'Aurore, éd. Giorgio
Cegna, Italie, 1978
Denise Gingras-Gosselin
Poème pour Yves, décédé par assassinat à l'âge de
27ans.
Et maintenant s'en vient Noël
Qui ne sera plus jamais pareil
Trois croix remplacent le sapin
Celle que je porte et celle du Divin
La troisième était sur
le cercueil
De mon enfant dans un linceul
Après les prières d'usage
On m'a remis cet héritage
Je l'ai glissé dans un
tiroir
Folle de rage et de désespoir
Puis l'évolution de mon chagrin
Me l'a fait reprendre en main
J'en ai orné mon salon
Suivi d'une étrange réaction
Comme la douée présence
De mon fils en permanence
NON, ce ne sera plus
jamais pareil
Pour mes préparatifs de Noël
C'est la fête d'un Enfant
Qui renaît tous les ans
Mais moi je vis le
vendredi saint
Qui s'est avéré mon destin
0 Jésus de la crèche
Sois fidèle à ta promesse
J'attends la
résurrection
Qui me fait tenir bon
Celle qui à la fin des temps
Me fera retrouver mon enfant
Puisqu'on ne fête pas
une mort
Qu'on n'exige pas de moi d'autre décor
Que cet emblème de vie éternelle
Qui symbolise mon espérance du ciel
20 octobre 1986
Source : Parents
orphelins. Louise Courteau Éditrice, 1990.
Khalil Gibran
Khalil Gibran est né en 1883, à Bécharré, au
Liban, dans une très ancienne famille chrétienne. Il fut l'un des pionniers du
réveil des lettres arabes à la fin du XIXe siècle.
Alors Almitra parla, disant, Nous voudrions maintenant vous questionner
sur la Mort.
Et il dit : Vous
voudriez connaître le secret de la mort. Mais comment le trouverez-vous sinon
en le cherchant dans le cœur de la vie ?
La chouette dont les
yeux faits pour la nuit sont aveugles au jour ne peut dévoiler le mystère de la
lumière.
Si vous voulez vraiment
contempler l'esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie.
Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l'océan sont un.
Dans la profondeur de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse
connaissance de l'au-delà;
Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.
Fiez-vous aux rêves,
car en eux est cachée la porte de l'éternité.
Votre peur de la mort
n'est que le frisson du berger lorsqu'il se tient devant le roi dont la main va
se poser sur lui pour l'honorer.
Le berger ne se
réjouit-il pas sous son tremblement, de ce qu'il portera l'insigne du roi ?
Pourtant n'est-il pas
plus conscient de son tremblement ?
Car qu'est-ce que
mourir sinon se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?
Et qu'est-ce que cesser
de respirer, sinon libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu'il
puisse s'élever et se dilater et rechercher Dieu sans
entraves ?
C'est seulement lorsque
vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.
Et quand vous aurez
atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter.
Et lorsque la terre réclamera
vos membres, alors vous danserez vraiment.
Source : Khalil Gibran.
Le prophète. Casterman, 1983.
Anonyme
Quelle grâce ont reçu les parents de la petite Claire,
décédée à huit mois, pour parler ainsi de sa mort !
« Alors comme cela, tout
doucement, tranquillement, sans prévenir, tu es partie, Claire, pour suivre la
route des Rois Mages peut-être. Aussi simplement que tu regardais, que tu
souriais, tu es partie sans que cela pose pour toi le moindre problème. C'est
pour nous, qui ne comprenons rien, qui sommes aveugles la plupart du temps que
cela en pose. Mais, ma merveille, nous t'avons connue, aimée, tu nous as aimés
pendant huit mois et ça, c'est le plus beau cadeau que tu nous aies fait, ta
présence, tes sourires, ta joie de vivre, tes regards, ta paix.
Nous l'avons dit et
redit, combien de fois (?), combien tu étais apaisante et comme tu nous faisais
du bien, différemment suivant les moments. Tes cris de joie en découvrant la
marche à quatre pattes, la joie de te retourner, sur le dos, sur le ventre,
d'attraper les objets que tu voyais. Ta présence contemplative, le plaisir que
tu avais à être dans les bras, caressant nos joues, attrapant le nez, le menton
en prenant tes biberons, ce besoin, tout en te nourrissant, de plonger ton
regard dans celui qui te tenait et de toucher en même temps. Toute petite déjà,
tu nous as fait comprendre que tu aimais t'« acagnarder », être blottie,
enfoncer ta tête dans le creux d'une épaule et ne pas bouger comme pour sentir
plus intensément. Ton attitude, cet appel de ton regard nous a toujours obligés
à en faire autant avec toi, à nous plonger aussi dans ton regard, où nous
avons, nous tous, tous ceux qui t'ont connue, puisé la paix.
Cette paix, elle
émanait, rayonnait de toi après ton départ. Tu n'as jamais été aussi belle,
mystérieusement. Quelle splendeur, quelle paix, quelle beauté bienfaisante et
nue, là, comme ça, toute simple, confiante et abandonnée, se montrant à qui
voulait te voir. Toi, Claire, la paix.
Tu nous la donnes,
tu n'as pas cessé de nous la donner, pour toi, c'est tout simple, j'en suis
sûre, ton visage nous l'a dit d'une façon certaine, on ne peut en douter.
Tu es bien maintenant,
tu avais tout compris, tu as tout à nous apprendre à nous, lourds, pesants,
aveugles. Tu es voilà différents, nous sommes devenus, tous, comme des arbres
qui ont maintenant des racines en l'air, le chemin est
tracé maintenant, nous sommes unis, reliés à tous. Quel cadeau !
Tu réconcilies les
vivants de ce monde avec ceux qui l'ont déjà quitté et tu réconcilies les
vivants entre eux. Nous ne sommes plus entourés que par l'amour, la sympathie.
Tu nous apprends à mieux vivre. Tu avais tout compris, tu nous le disais avec
ton regard, tes caresses, mais nous ne voyions sans doute pas assez, pas autant
qu'il l'aurait fallu.
Tu as pris les grands
moyens, certes, mais tu sais, on a bien compris ton message, « aimez-vous ». On
va essayer de ne pas être triste, on essaie, on y parvient par moments, mais
pas toujours. Tu nous pardonnes et tu nous aides. C'est merveilleux, tu sais,
tu n'auras fait que du bien, un bien immense que nous ne mesurons pas, mais qui
vient sans cesse, avec ta douceur. On a de la chance de t'avoir connue et que
tu sois sortie de nous.
Jacques Leclercq
![]()
À la afin de son livre « Le Jour de l'homme », le
P. Jacques Leclercq célèbre la Résurrection comme la suprême coïncidence du
«Jour de l'homme» avec le «Jour de Dieu».
Je suis la résurrection
et la vie, dit Jésus.
Qui croit en moi, fût-il mort, vivra.
Et je crois, oui, je crois qu'un jour, ton jour, ô
mon Dieu,
je m'avancerai vers toi,
Avec mes pas titubants,
Avec toutes mes larmes dans mes mains,
Et ce cœur merveilleux que tu nous as donné,
Ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est fait pour toi...
Un jour, je viendrai,
Et tu liras sur mon visage
Toute la détresse, tous les combats, tous .les échecs des
chemins de la liberté,
Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n'est pas grave le péché,
quand on est devant toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié.
Mais devant toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
Puisqu'on est tant aimé !
Un jour, ton jour, ô mon Dieu, je viendrai vers toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
Je saurai enfin
Que la tendresse, c'est toi,
Que ma liberté, c'est encore toi.
Je viendrai vers toi, ô mon Dieu, et tu me donneras ton
visage.
Je viendrai vers toi avec mon rêve le plus fou :
T'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers toi, et je te crierai à pleine voix
Toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! J'ai tenté d'être un Homme, et je suis ton en-
fant... »
(Jacques Leclercq, Le Jour de l'homme,
Seuil 1976, p. 152-153)
P. Escalié
Le printemps de la vie et son innocence, l'été de
la vie et ses combats, l'automne de la vie et son apaisement, une femme-poète a
chanté « la ronde des jours », —jusqu'au dernier, le jour du retour à la
maison. «Ouvre donc. Seigneur, nous voici», avec la guirlande de nos souvenirs.
Parmi bruyères et
genêts,...
Voilà bien longtemps, je suis née.
Je croyais, petite innocente,
Sans fin la ronde des jours...
Que jamais n'en ferais le tour!
Croyais pure entre les roseaux
L'eau murmurante des ruisseaux.
Croyais les mots faits de musique,
Chargés de joie, chargés d'amour,
Et tous les chemins de velours...
Croyais l'oiseau roi de l'azur,
Ayant en l'homme un ami sûr.
Croyais les chiens doux et fidèles,
Léchant les mains si tendrement
Qu'endormaient la peur doucement.
Croyais tous les enfants heureux,
Avec du soleil plein les yeux
Et la tendresse de leur mère...
Beau comme la rosé d'un jour,
Et éternel croyais l'amour.
J'ai vu des amants déchirés
Et leurs beaux serments bafoués.
J'ai vu, des enfants, la tristesse :
Pour eux, ni soleil, ni jardin ;
Pour eux las! faim, peur et dédain...
Ah ! vraiment n'y comprends plus rien
A mordre, on a dressé les chiens...
Le maître aimé les abandonne...
Et, pour l'oiseau, l'homme a choisi
La cage étroite ou le fusil !
Durs, tortueux et incertains,
Pleins de dangers sont les chemins
Où la pierre côtoie l'ornière.
Il est des mots laids et méchants :
Comme la lame ils sont tranchants.
Dans l'eau meurt le poisson d'argent ;
L'eau n'a plus de reflets changeants
Mais de grises franges d'écume.
File, file, file le temps...
Rides au front et cheveux blancs !
Là-bas, bruyères et genêts,
Dans la campagne où je suis née,
A leur saison encor fleurissent.
Continue la ronde des jours,
Et j'en ai fait presque le tour.
Le soleil baisse à l'horizon
Dorant le toit de ma maison...
Le soir tamise la lumière,
Adoucit couleurs et contours :
C'est l'heure d'un plus grand amour.
Ma main s'apaise entre tes mains,
Je rêve encor de lendemains
Où la joie paisible a sa place.
Mon Aimé, voici le déclin,
Notre course touche à sa fin.
Déposons là tous nos fardeaux,
C'est le moment du grand repos.
Conviés à la même fête,
Oublions larmes et soucis.
« Ouvre donc, Seigneur, nous voici ! »
Jean-François Six
Prière pour demander d'accepter de mourir,
prière pour vouloir que la Résurrection ne soit pas imaginée comme la survie où
je me récupère, mais la vie de l'Autre dont je ne sais rien si ce n'est ce
qu'il a dévoilé, cette vie qui en tout cas ne veut pas détruire, ici-bas,
l'existence et la mort même de l'homme, mais lui donner un Ailleurs.
Prière d'humilité pour ne pas accomplir ce tour de passe-passe
qui consiste à confisquer par l'au-delà l'aujourd'hui où meurent les hommes.
Certains refusent
les agenouillements ; ils ont peur des humiliations, ils veulent être des
hommes debout. Dieu ! que je les comprends ! J'aime prier debout. J'aimerais
être enterré debout, en signe de prière de résurrection, en signe d'attente de
la résurrection.
Quand, transpercé
par la mort et par la lumière faite sur ma vie, je m'apercevrai que je me suis
mal laissé aimer par l'Amour, quand, devant le Père de Jésus et le mien, je
verrai que j'ai mal aimé parce que j'ai souvent refusé d'être aimé, alors, je
le sais, l'Esprit, plus que jamais, priera à travers ma pauvreté nue. Et le
Père de tendresse se contentera de me regarder avec humour en disant, comme
réponse à cette ultime prière : « Comment vas-tu ? »
Le rythme « Christ
mort et ressuscité » : rythme de notre vie, rythme de notre prière. Mourir à
nos forces de mort et ressusciter à nos forces de vie. Mourir à tout ce que nos
gestes ont d'étriqué, mourir à tout ce que nos pensées ont d'incohérent, mourir
à tout ce que nos cœurs ont de stérile. Ressusciter à une vie qui est la nôtre
et qui est greffée d'une Autre.
Papa et maman
Nous offrons à tous les parents qui comme
nous ont vécu la perte d'un enfant, ou à
ceux qui éventuellement auront à y faire
face un jour, cette lettre d'espoir et d'amour. Josianne est décédée à l'âge de
deux ans et quatre mois.
Il
y a déjà trois ans que tu n'es plus de ce monde, même si dans nos cœurs tu
existes toujours. C'est avec grande émotion mais avec tellement de conviction
que je t'écris cette lettre, sachant même que tu n'as pas à la lire, car c'est
toi mon inspiration à présent.
Il y a eu et il y a encore des moments très
difficiles à traverser ; et, de toute évidence, il y en aura toujours.
Certes, ta présence physique est ce qui nous manque le plus ; ta beauté, ton
sourire, ta démarche, ton intelligence, bref, tout ce qui faisait de toi ce
petit être que tous chérissions.
Ton séjour fut très court sur cette terre, mais
combien fut-il rempli ! Tu fus de passage tel un petit ange venu pour apporter
la bonne nouvelle... Il est très difficile de comprendre toutes ces choses. On se
pose des tas de questions, sans aucune réponse concrète, mais je conserve un
grand espoir qu'il y a une suite à tout cela. Depuis cette grande épreuve, j'ai
acquis une sérénité jusqu'ici inconnue en moi-même.
Je vois la vie sous un nouveau jour ; je mords à
belles dents dans tout ce qui avait plus ou moins d'importance à mes yeux ; un
rien m'éblouit ; le chant d'un oiseau, la pluie, la neige, les enfants, les
vieillards, finalement tout ce que j'ai manqué de si merveilleux auparavant et
qui semblait faire partie du quotidien. Il suffît malheureusement d'avoir
traversé une telle épreuve pour se rendre compte que tout ce qui existe autour
de nous est si vulnérable et éphémère, et en même temps tellement précieux pour
ceux qui savent être à l'écoute et attentifs à tout ce qui respire et transpire
cette promesse d'éternité dans sa moindre parcelle.
Il m'arrive souvent de revivre les derniers
instants de ta vie jusqu'au moment où tu fus revêtue d'un linceul de neige. Ce
sont des événements qui arrivent si soudainement et l'on doit agir si
précipitamment qu'il nous semble vivre un mauvais rêve. L'on se doit défaire le
point à un moment donné ; c'est très difficile de ressasser ces moments, mais
je crois que c'est nécessaire pour pouvoir apprendre à continuer de vivre face
à cette vérité. C'est comme si je visionnais un film où je ne serais pas du
tout concernée; évidemment, c'est le film le plus triste que j'aie jamais vu.
Je me demande comment cette mère, très lucidement d'ailleurs, fait pour être capable
de bercer sa petite en lui chantant ses berceuses préférées pour la dernière
fois, alors qu'elle vient de rendre le dernier soupir. Elle va même jusqu'à
bricoler avec son garçon de 8 ans un petit ange de soie et de dentelle qu il
veut offrir à sa petite sœur pour décorer son cercueil blanc.
Aujourd'hui, alors que je revois ces images plus
sereinement, je me surprends à me plaire dans cette vision, allant même jusqu'à
avoir trouvé la cérémonie des funérailles très belle. Je me rappelle avoir tout
préparé avec soin, tout comme je l'aurais fait le jour de ton mariage : tes
petits bijoux, tes barrettes, ta plus belle robe bien pressée. Toi qui étais
déjà si coquette, je suis certaine que tu as bien apprécié. Lorsque nous sommes
arrivés le premier jour au salon funéraire, c'est avec le cœur rempli d'émoi,
malgré tout le chagrin qui nous habitait, sans oublier toute l'amertume encore
non extériorisée, que nous nous sommes avancés, papa, Yann et moi, vers la plus
belle de tous les anges. Nous étions très fiers de présenter à nos amis, qui
sont venus sympathiser avec nous, notre petite poupée, parmi ce jardin des
merveilles des plus fleuris qui semblait faire partie d'un conte de fées.
Toi qui aimais les rondes et les fêtes, tu as
été des plus choyées. Je n'avais jamais vu un aussi beau cortège. Les quatre
petits copains de Yann, escortant ton «berceau», affichaient une fière allure
en te berçant une dernière fois.. Même la petite réception que nous avons
donnée pour recevoir parents et amis intimes fut très bien réussie. Tes petits
cousins et cousines fêtaient avec toi ce qui devait être la plus belle journée
de ta courte vie. Je sais que tu y es pour quelque chose, autrement je n'aurais
pu m'en sortir de cette façon. Je suis convaincue que tu revis, non pas près de
nous, mais en nous.
Tu te fais encore bercer, mais au gré de nos
sentiments, tantôt d'une manière paisible, mais tantôt avec un peu de colère.
Excuse-nous pour ce rythme saccadé, toi qui marquais si bien la cadence...
C'est probablement ce que tu as fait grandir en nous qui nous chavire tant,
nous qui faisions tout notre possible pour t'aider à grandir en sagesse et en
beauté ; voilà que les rôles semblent inversés. Pour ce qui est de grandir en
beauté, je dois te dire que tu avais bien débuté ; tu étais d'une beauté
indescriptible. Je peux encore admirer tes beaux yeux noirs, car tu possédais
les mêmes yeux que papa, ces derniers reflétant encore quelquefois les mêmes
larmes que les tiens, et, vois-tu, je continue à les essuyer. Pour ce qui est
de ta sagesse, tu y es parvenue avant nous ; mais en acceptant de te voir mener
une vie autre que sur terre, je pense être sur le point d'atteindre une partie
de ta sagesse et je t'en remercie.
Sache bien que malgré ces deux courtes années,
lesquelles ont été nos plus belles, tout ce que nous avons bâti ensemble, pour
toi et avec toi, fut fondé sur ce qu'il y avait de plus grand. Les joies que tu
nous a apportées sont immenses et elles alimenteront tous nos jours à venir,
jusqu'à ce que nous nous réunissions tous dans le petit nid d'amour que tu es
sûrement en train de nous tisser dans un coin du paradis.
En attendant, aime-nous comme nous t'aimons,
intensément et du plus profond de notre cœur ! Pense à nous comme nous pensons
si souvent à toi, à chaque instant, seconde et minute de notre vie! Écoute-nous
comme nous saurons être à l'écoute de nos instincts guidés par la voix de Dieu
en toi ! Attends-nous patiemment comme nous avons si bien su t'attendre, si
bien su préparer ton arrivée durant neuf mois tant prémédités ! Je ne sais
comment te remercier, ma chérie, pour tout ce que tu as su nous léguer en
héritage : ton amour, lequel je sens déborder avec tous ceux qui m'entourent et
que j'aime ; la force et l'espoir que tu nous donnes ; merci pour la vie que tu
as permis de donner à un autre enfant, par le second souffle de vie que tu lui
as offert !
Merci pour le courage que tu nous a donné quand
nous avons pris la décision de donner à Yann un petit frère que tu as sans
doute croisé sur ta route céleste. Sois bien assurée, mon amour, que cet enfant
ne te remplacera jamais, mais tout ce que nous souhaitons, c'est de pouvoir lui
procurer autant de joie et d'amour que nous t'avions prodigués et que tu nous
rendais si bien.
Merci finalement à Dieu qui nous donne la chance
de sortir grandis de cette lourde épreuve et surtout de m'avoir permis
d'exprimer des sentiments tellement profonds et difficiles à mettre sur papier,
car j'ai dû m'interrompre d'écrire à plusieurs reprises, quelques larmes étant
venues s'ajouter à ce tableau...
Au revoir, notre petit ange !
Maman et papa.
Jean Delumeau
Agrégé d'histoire, professeur au Collège de
France, Jean Delumeau est un catholique engagé. Face à la mort, il exprime sa
foi. Ce scientifique de 77 ans exprime aussi son désir de pouvoir s’abandonner
entre les mains de son Sauveur, le jour de sa mort. Cette prière est comme un
credo où l’on retrouve la dimension de la communion en Eglise. Un soutien pour
renouveler sa foi dans la Résurrection
J’aimerais être assez
conscient
pour redire la parole du Sauveur :
«Père, entre tes mains je remets ma vie.»
Elle a eu ses peines et ses joies,
ses échecs et ses succès,
ses ombres et ses lumières,
ses fautes, ses erreurs et ses insuffisances,
et aussi ses enthousiasmes, ses élans et ses espérances.
J’ai terminé ma course.
Que je m’endorme dans ta paix et dans ton pardon!
Sois mon refuge et ma lumière.
Je m’abandonne à toi.
Je vais entrer dans la terre.
Mais que mon ultime pensée soit celle de la confiance.
Puissè-je alors me rappeler le verset cité par saint Paul :
«Éveille-toi, ô toi qui dors, lève-toi d’entre les morts,
et sur toi luira le Christ !»
Sûr de ta Parole, Seigneur,
je crois que je revivrai avec tous les miens
et avec la multitude de ceux
pour qui tu as donné ta vie.
Alors la Terre sera rénovée, réhabilitée,
et il n’y aura plus ni mort, ni peur, ni larme..