TEXTES pour les FUNERAILLES


DESIRS.. 2

Desiderata.. 2

PRIERE A DIRE PAR UN PROCHE DU DEFUNT.. 4

TU ES VIVANT.. 6

L’AMOUR NE DISPARAIT JAMAIS.. 7

POUR LES JOURS DIFFICILES.. 9

TON AMOUR QUI M’ATTEND.. 10

POURQUOI ?. 12

TOI QUI L'AIMES PLUS FORT QUE NOUS.. 13

NOUS SOMMES AIMES TELS QUE NOUS SOMMES.. 13

ENTRE LES MAINS DE NOTRE PERE. 14

PRIERE A LA VIERGE MARIE. 15

TU AS BEAUCOUP VOYAGE. 16

NOUS N'AVONS JAMAIS SU.. 17

NOUS VOUDRIONS DIRE NOTRE ESPERANCE. 18

TU T'EN VAS.. 19

ILS SONT TOUJOURS VIVANTS.. 19

AU BOUT DE LA ROUTE. 21

PRIERE POUR CONTINUER LA ROUTE. 21

C'EST BIEN NATUREL. 22

IL RESTERA DE TOI. 23

LA MORT, ET APRES ?. 24

Ne pleure pas si tu m'aimes.. 25

Saint Augustin. 25

Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort  26

Antoine de Saint-Exupéry. 26

Toi aussi tu viendras où je suis.. 26

Robert Desnos. 26

La ronde des jours   P. Escalié. 27

Le secret de la mort Khalil Gibran. 29

Découvrir la tendresse de Dieu Auguste Valensin. 30

Conduis-moi, douce lumière John Henry Newman. 30

Seigneur, donne à chacun sa propre mort.. 31

Ne pleure pas si tu m'aimes.. 32

L'amour, la mort, la vie. 32

Le suprême jour de l'homme. 33

L'espoir à tout prix.. 34

Premier Noêl. 35

Le secret de la mort.. 36

Adieu des parents à une petite Claire. 36

Le suprême jour de l'homme. 37

La ronde des jours.. 38

Mourir Ressusciter. 40

Lette à la petite Josiane. 40

Je m'abandonne à Toi. 42

 


 

DESIRS

 

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte, et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence. Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes. Dites doucement et clairement votre vérité ; et écoutez les autres, même le simple d’esprit et l’ignorant ; ils ont eux aussi leur histoire. Evitez les individus bruyants et agressifs, ils sont une vexation pour l’esprit. Ne vous comparez avec personne : vous risqueriez de devenir vain ou vaniteux. Il y a toujours plus grands et plus petits que vous. Jouissez de vos projets aussi bien de vos accomplissements. Soyez toujours intéressés à votre carrière, si modeste soit-elle ; c’est une véritable possession dans les prospérités changeantes du temps. Soyez prudent dans vos affaires ; car le monde est plein de fourberies. Mais ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe ; plusieurs individus recherchent les grands idéaux ; et partout la vie est remplie d’héroïsme. Soyez vous-même. Surtout n’affectez pas l’amitié. Non plus ne soyez cynique en amour, car il est en face de toute stérilité et de tout désenchantement aussi éternel que l’herbe. Prenez avec bonté le conseil des années, en renonçant avec grâce à votre jeunesse. Fortifiez une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain. Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères. De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude. Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même. Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles ; vous avez le droit d’être ici. Et qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devrait. Soyez en paix avec Dieu, quelle que soit votre conception de lui, et quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez dans le désarroi bruyant de la vie, la paix dans votre âme. Avec toutes ses perfidies, ses besognes fastidieuses et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. Prenez attention. Tâchez d’être heureux.

Trouvé dans une vieille église de Baltimore en 1692. 

Auteur inconnu

 Desiderata

Sois lucide et calme, mon enfant, au milieu du bruit et de la hâte.

Surtout, n’oublie jamais quelle qualité de paix apporte le silence.

 

Autant que possible sans te soumettre, sois en bons termes avec tous.

Dis ta vérité tranquillement et calmement.

Surtout, écoute les autres.

Même les sots et les ignorants ont leur histoire… donc des choses à t’apprendre !

Evite les personnes bruyantes et agressives dont l’attitude est une vexation pour l’esprit.

Ne te compare jamais aux autres, tu risquerais de devenir amer.

Sache une bonne fois pour toutes qu’il y aura toujours des gens plus importants,

… et d’autres plus petits que toi.

 

Réjouis-toi de tes réalisations autant que de tes plans ou projets.

Sois concerné par ta propre évolution, même humble:

Elle est ta seule possession véritable, au travers des bonnes

ou mauvaises fortunes de ce temps.

Sois prudent dans tes affaires, car le monde est plein de pièges.

Mais que ceci ne te rende pas aveugle à la vertu :

Beaucoup de gens suivent un idéal élevé et, un peu partout, la vie est pleine d’héroïsme.

 

Sois toi-même.

Ne fais pas semblant d’aimer.

Ne sois pas cynique en amour, car par-delà toute aridité et toute déception,

L’amour est aussi éternel que la Vie !

 

Prends aimablement le conseil de tes aînés :

Ils ont surmonté – plus ou moins bien – les embûches de la jeunesse.

Cultive un esprit fort, qui te soutienne dans l’adversité.

Ne te détruis pas toi-même par l’imaginaire :

Bien des peurs ne sont nées que de la fatigue ou de la solitude.

Avec une saine discipline, sois un ami pour toi-même.

Tu es un enfant de l’Univers.

Rien de moins que les arbres ou les étoiles.

Toi aussi, tu as le droit d’être là….

 

Enfin, que cela te soit clair ou non,

il ne fait aucun doute que le monde s’organise comme il se doit.

Sois donc en paix avec Dieu,

Quelle que soit la manière dont tu Le conçois.

Quels que soient tes travaux ou tes aspirations parmi les

bruyantes confusions de l’existence, vis en paix avec ton âme.

Malgré les pièges, les ingratitudes et les rêves brisés,

Notre monde est encore et toujours BEAU.

 

Sois prudent.

Efforce-toi d’être heureux.

Trouvé dans une vieille église de Baltimore en 1692. 

Auteur inconnu

 

 

PRIERE A DIRE PAR UN PROCHE DU DEFUNT

N. ici s’achève ton chemin parmi nous ;

mais ici même nous

reviendrons

pour nous souvenir,

pour continuer avec toi,

dans le même sens, ces années

où nous avons marché ensemble.

Nous voici avec toi

Au moment où tu entres

Dans une communion

Nouvelle et plus forte

Avec nous.

Ce que tu as vécu,

Tout cela continue aujourd’hui,

Et l’élan que tu as pris,

qui l’arrêtera ?

Et maintenant,

Seigneur Jésus Christ,

c’est vers Toi que nous regardons ,

Toi, l’un de nous,

Toi, plus grand que nous ;

ce que Tu as vécu sur cette terre,

tout cela continue à travers nous ;

et l’élan

que Tu nous as communiqué,

qui l’arrêtera ?

Toi en qui l’homme reconnaît

son vrai visage,

Toi qui nous appelles

au-delà de nous-mêmes,

Toi déjà présent

dans ces liens

noués entre les hommes,

Toi Jésus-Christ,

tiens-nous debout

dans cet Amour

plus fort que la mort.

 

 

 

 

TU ES VIVANT

Tu ne parles plus

mais tu es vivant.

Tu ne bouges plus

mais tu es vivant.

Tu ne souris plus

mais en arrière de tes yeux

tu me regardes

De très loin ?

Peut-être de très près,

je ne sais rien de ces distances.

Je ne sais plus rien de toi,

Mais tu sais maintenant

davantage de choses sur moi.

Tu es en Dieu.

Je ne sais pas ce que cela peut vouloir dire

mais sûrement ce que tu voulais

et ce que je veux pour toi.

Je le crois.

Toute ma foi, je la rassemble.

Elle est maintenant mon seul lien avec toi.

Jésus, donne-moi

de croire à ta victoire sur la mort

Celui que j’aime

veut entrer dans ta joie.

S’il n’est pas prêt, je te prie pour lui.

Achève sa préparation.

Pardonne-lui

comme tu sais pardonner.

Aide-moi à vivre sans voix, sans ses yeux,

que je ne le déçoive pas

maintenant qu’il va me voir vivre et m’attendre.

                             André SEVE

 

 

L’AMOUR NE DISPARAIT JAMAIS

 

L’amour ne disparaît jamais

la mort n’est rien.

Je suis seulement passé dans la pièce à côté

Je suis moi, tu es toi.

Ce que nous étions l’un pour l’autre

Nous le sommes toujours.

Donne-moi le nom

que tu m’as toujours donné

Parle-moi

comme tu l’as toujours fait.

N’emploie pas un ton différent,

ne prends pas un air solennel

ou triste.

Continue à rire

de ce qui nous faisait rire ensemble.

Prie, souris, pense à moi.

prie pour moi

que mon nom soit prononcé

à la maison

comme il l’ a toujours été,

sans emphase d’aucune sorte,

sans une trace d’ombre.

 

La vie signifie tout

ce qu’elle a toujours signifié

Elle est ce qu’elle a toujours été.

Le fil n’est pas coupé

pourquoi serai-je

hors de ta pensée

simplement parce que je suis hors de ta vie…

Je t’attends, je ne suis pas loin,

juste de l’autre côté du chemin.

Tu vois, tout est bien.

                   Henri SCOTT

                  Chanoine Irlandais

 

 

 

POUR LES JOURS DIFFICILES

 

Cette nuit, j’ai eu un songe :

je cheminais sur la plage

accompagné du Seigneur.

Des traces sur le sable rappelaient

le parcours de ma vie :

les pas du Seigneur et les miens.

Ainsi nous avancions tous deux

Jusqu’à la fin du voyage.

Parfois une empreinte unique

était marquée,

c’était la trace des jours

les plus difficiles

des jours de plus grande angoisse

de plus grande peur

de plus grande douleur…

J’ai appelé :

" Seigneur, tu as dit

que tu étais avec moi

tous les jours de ma vie,

j’ai accepté de vivre avec toi.

Pourquoi m’avoir laissé seul

aux pires moments ? "

Il m’a répondu :

" Mon fils, je te l’ai dit :

Je serai avec toi

Tout au long de la route.

J’ai promis de ne pas te quitter.

T’ai-je abandonné ?

Quand tu ne vois qu’une trace

sur le sable

c’est que ce jour-là

c’est moi qui t’ai porté ".

D’après un poème brésilien

 

 

TON AMOUR QUI M’ATTEND

Ce qui se passera de l’autre côté

quand tout pour moi

aura basculé dans l’éternité,

je ne le sais pas.

Je crois, je crois seulement

qu’un amour m’attend !

Je sais pourtant qu’alors il me faudra faire

pauvre et sans poids

le bilan de moi.

Mais ne pensez pas que je désespère.

Je crois, je crois tellement

qu’un amour m’attend !

Ne me parlez pas des gloires et louanges

des bienheureux.

Et ne me dites rien non plus des anges

Tout ce que je peux,

c’est croire, croire obstinément

qu’un amour m’attend.

Maintenant mon heure est si proche et que dire ?

Oh ! mais sourire.

Ce que j’ai cru , je le croirai plus fort

au pas de la mort.

C’est vers un amour

que je marche en m’en allant

c’est dans un amour

que je descends doucement.

Si je meurs, ne pleurez pas ;

c’est un amour qui m’attend.

Si j’ai peur, et pourquoi pas ?

Rappelez-moi simplement

qu’un amour, un amour m’attend.

Il va m’ouvrir tout entière

à sa joie, à sa lumière.

Oui, Père, je viens à Toi

dans le vent

dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va,

vers ton amour qui m’attend

         Mère Alice Aimée

         Carmélite (1896-1976)

 

POURQUOI ?

 

 

Dieu, notre Père, nous sommes désespérés

devant ce malheur et cette souffrance.

Aide-nous à comprendre ce qui nous arrive.

Aide-nous à croire que tu nous aimes malgré tout.

 

Tu nous as dit que la nuit conduit au jour,

que l'amour est plus fort que le mal

et que la vie peut surgir de la mort :

comme il est difficile de croire cela !

 

Augmente notre foi en Jésus, ressuscité des morts.

Que ta puissance vienne au secours de notre faiblesse

et nous garde debout dans l'espérance.

 

 

TOI QUI L'AIMES PLUS FORT QUE NOUS

 A cette heure où la mort risque de nous faire douter de la vie,

Seigneur, sois très fort avec nous.

 

Dis-nous tes promesses de salut, dis-nous ton Fils ressuscité,

dans cette nuit où il ouvre une brèche de lumière.

Par la puissance de ton Saint-Esprit, guéris l'infirmité de notre foi.

Tiens-nous debout dans l'espérance.

 

Toi, le Dieu des vivants, nous remettons entre tes mains …

Au moment où la mort le (la) retranche du milieu de nous,

ouvre-lui toi-même les portes de la vie.

Toi qui l'aimes plus fort que nous,

garde-le (la) dans ton amour,

garde-le (la) avec ton Fils, Jésus Christ,

pour toujours auprès de toi.

  

NOUS SOMMES AIMES TELS QUE NOUS SOMMES

Seigneur Jésus Christ,

Tu sais que nul d'entre nous ne choisit sa croix, ni sa mort,

Et que nous avons bien du mal à te suivre jusqu'au bout.

 

Toi seul as pu vivre et entrer dans la mort

Avec une telle qualité d'amour !

Dis-nous, à cette heure, que Dieu ne regarde pas à notre misère.

Dis-nous, par ta croix, que nous sommes aimés tels que nous sommes.

 

Et puisque, par toi, Dieu est avec nous jusqu'à la mort,

Que ta croix ouvre à ……………..

Ton Royaume de résurrection.

 

 

ENTRE LES MAINS DE NOTRE PERE

 

Entre les mains de notre Père

où l'homme est appelé

du fond de sa misère,

Nous te laissons partir ;

Le Dieu qui a pétri

Au corps de Jésus-Christ

Ta chair et ton esprit

Saura bien t'accueillir

Ta place est pour l'éternité

Entre les mains de notre Père.

 

Entre les mains de notre Père

Plus douces que nos mains

Plus fortes que la terre,

Nous déposons ton corps ;

Le Dieu qui a donné

L'amour et l'amitié

Ne peut nous séparer

A jamais par la mort :

 

Un jour nous ne serons plus qu'un

Entre les mains de notre Père.

 

Entre les mains de notre Père

Qui voit chaque douleur,

Qui sait toute prière,

Nous retrouvons l'espoir :

Le Dieu qui est venu

Nous dire par Jésus

La joie de son salut

Ne peut pas décevoir !

Comment ne pas reprendre cœur

Entre les mains de notre Père.

 

  

PRIERE A LA VIERGE MARIE

Maintenant et à l'heure de notre mort

 

Sainte-Marie, Mère de Dieu,

Prie pour tous, maintenant qu'ils sont morts

Les miens et ceux des autres

Ceux qui furent aimés

Et ceux qu'on a tués

Ceux qui avaient du bien

Et ceux qui n'avaient rien

Ceux qui n'ont pas souffert

Et ceux qui ont crié

Ceux qui étaient trop jeunes

Et ceux qui étaient las

Ceux qui ont vécu droit

Et ceux qui ont fauté

Ceux qui laissent un nom

Et ceux que l'on oubliera

Ceux qui ont fait du bien

Ceux qui ont fait du tort

Ceux pour lesquels on prie

Et ceux que l'on oublie

Ceux que je peux nommer

Et ceux que tu connais

Vierge Marie, vois tes fils ;

A partir de cette heure-là

Qu'ils soient auprès de Dieu

Avec toi, amen.

 

TU AS BEAUCOUP VOYAGE

 

Tu as beaucoup voyagé, les nécessités du travail t'ont conduit d'un coin à l'autre, deux ans ici, quatre ans plus loin et dix ans ailleurs, tu allais où l'on t'envoyait.

Partout, tu t'es fait des amis, partout tu as laissé des souvenirs, nous repensons aujourd'hui à cela.

Mais aujourd'hui, c'est un autre voyage qui t'emmène loin de nous, dans un autre pays.

Ce pays d'où personne ne revient parce que c'est l'aboutissement de tous nos voyages, de toutes nos courses et de nos recherches.

Tu es maintenant parti vers Dieu, vers ce pays mystérieux que Jésus appelait le Royaume de Dieu.

Nous espérons te retrouver un jour au terme de notre propre voyage quand nous parviendrons nous aussi à cette maison où le Père nous attend pour fêter ensemble le monde nouveau.

 

NOUS N'AVONS JAMAIS SU

 Nous n'avons jamais su vraiment ce que tu pensais

Sur plein de choses pourtant essentielles.

Tu ne parlais jamais de Dieu,

Mais tu allais à l'église de temps en temps

Pour dire adieu à tes amis quand ils mouraient,

Pour partager la joie de ceux qui se mariaient,

Pour accueillir les enfants de la famille ou des amis

Quand on les baptisait

Et pour les entourer plus tard

Quand ils faisaient leur première communion.

 

Aujourd'hui, nous tes proches nous te disons adieu,

Nous espérons que silencieusement tu as rejoint

Ceux que tu aimais, ceux dont tu avais partagé le travail, les soucis,

Ceux que tu avais aidés ou qui t'avaient rendu service.

 

Demain, nous aussi nous partirons

Sans avoir terminé notre travail,

Nous laisserons sans doute des choses à faire,

Nous abandonnerons nos travaux entrepris

Que d'autres, à notre place, poursuivront.

 

Mais ce jour-là nous espérons te retrouver,

Nous viendrons, silencieusement, nous asseoir auprès de toi

Dans la maison de Dieu.

 

 

NOUS VOUDRIONS DIRE NOTRE ESPERANCE

 Mais les paroles se serrent dans notre gorge.

Nous voudrions crier, mais aucun cri ne vient.

Nous voudrions aimer, mais seul le poids de notre peine et le bruit de nos

Larmes témoignent que nous vivons encore.

 

Mais où es-tu Seigneur, et qui nous dit qu'avec nous Tu partages ce moment ?

Rien n'est plus possible que l'espoir, que payer le prix de cette espérance.

Je souhaite la paix. Cette paix doit prendre la place de la vie qui m'abandonne

Je ne sais plus qu'espérer d'autre, je ne sais plus rien de l'avenir qui m'attend,

Ni même s'il est un avenir.

 

Je désire quelqu'un sans connaître son nom ; est-il ce que j'espère ?

 

Je ne sais, mais que la paix enfin illumine ma solitude.

 

TU T'EN VAS

 Tu n'as pas attendu que soient tournées les pages que nous voulions écrire

Ensemble, tu t'en vas, et tu n'as pas attendu le temps de la moisson, le temps

De récolter ce qu'ensemble nous avions semé,

Tu t'en vas et tu n'as pas attendu que la maison soit finie, les enfants élevés,

Tu t'en vas et tu n'as pas attendu que nous prenions le temps de nous récon-

Cilier avec ceux qui nous ont fait du mal, avec ceux que nous avons blessés .

 

 

Pourtant j'espère que Dieu t'attend, j'espère qu'Il te pardonnera ce que

D'autres ne t'ont pas pardonné.

J'espère que Dieu fera mûrir les semences déposées en terre, les projets

Encore en devenir et les amitiés qui commençaient à fleurir.

 

 

ILS SONT TOUJOURS VIVANTS

 Je n'ai qu'une certitude :

Ceux que j'ai aimés, ma famille, mes camarades, mes enfants,

Demeurent vivants en moi.

Ils guident encore mes pas.

 

Leur être fidèle, ce n'est pas s'enfermer dans la douleur.

Il faut continuer de creuser le sillon : droit et profond.

Comme ils l'auraient fait eux-mêmes.

Comme on l'aurait fait avec eux, pour eux.

Etre fidèle à ceux qui sont morts,

C'est vivre comme ils auraient vécu, c'est les faire vivre en nous,

C'est transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres.

Ainsi, la vie des disparus germe sans fin.

 

Je ne sais pas si je dois me dire croyant.

Je ne puis dire : je crois en Dieu.

Je ne puis dire non plus : je crois …

 

Ce que je sais seulement,

C'est que la mort ne détruit pas l'amour que l'on portait

A ceux qui ne sont plus …

Je le sais parce que tous les jours je vis avec les miens …

 

Ce que je sais aussi, c'est que la vie doit avoir un sens.

 

Ce que je sais encore, c'est que l'amour est la clé de l'existence.

 

Ce que je sais enfin, c'est que l'amour, le bien, la fidélité et l'espoir

Triomphent finalement toujours du mal, de la mort et de la barbarie.

Tout cela, je le sais, je le crois …

 

Dieu est-il au creux de ces certitudes ?

Je ne sais pas … Je cherche …

 

AU BOUT DE LA ROUTE

Au bout de la route, il n'y a pas la route,

Mais le terme d'un pèlerinage..

Au bout de l'ascension, il n'y a pas l'ascension

Mais le sommet.

Au bout de la nuit, il n'y a pas la nuit,

Mais l'aurore.

Au bout de l'hiver, il n'y a pas l'hiver,

Mais le printemps.

Au bout de la mort, il n'y a pas la mort,

Mais la VIE.

Au bout du désespoir, il n'y a pas le désespoir,

Mais l'Espérance.

Au bout de l'humanité, il n'y a pas l'homme,

Mais l' Homme-Dieu.

Au bout du Carême, il n'y a pas le désert,

Mais la Résurrection.

 

PRIERE POUR CONTINUER LA ROUTE

 

Sur le chemin de ce qu'on appelle la vie

Se croisent et s'épousent à longueur de temps

Mort et vie, deuil et naissance

Trou noir et renaissance,

Pleurs et rires, angoisse et paix,

Vertige et assurance, fragilité et force,

Indifférence et tendresse,

Incertitudes et convictions,

Tous les "à quoi bon ?" et tous les "pourquoi pas ?" …

Ainsi va la vie aux cent couleurs de nuit et de soleil.

 

Dieu, pèlerin embusqué

Dans notre aventure humaine,

Tu es de tous nos voyages.

Tu es sur nos grand-routes et nos chemins de traverse,

Sur nos terres ensoleillées

Et dans nos bas-fonds obscurs,

Présent à toutes nos aurores et tous nos crépuscules.

Reste avec nous quand il fait jour et quand il fait nuit.

 

 

C'EST BIEN NATUREL

 Quand on pense à ton grand âge

C'est bien naturel

Que tu sois parti (e).

 

Nous nous y attendions :

Il y avait si longtemps

Que tu souffrais

Que tu t'affaiblissais

Et que tu nous disais :

Mon heure approche.

 

Pourtant nous souffrons

Car ceux qu'on aime n'ont pas d'âge

On les aime, c'est tout.

 

Tu retrouves maintenant

Ceux que tu as aimés.

Certains sont partis déjà

Depuis bien longtemps.

Nous ne les connaissons pas

Mais tu nous en parlais :

Maintenant tu les vois.

 

Pour toi, le Christ, la Vierge Marie

Et tous les saints vont accourir

Ils te prennent par la main

Pour te mener au Père.

 

IL RESTERA DE TOI

 Il restera de toi ce que tu as donné

Au lieu de le garder dans des coffres rouillés

Il restera de toi de ton jardin secret

Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée

Ce que tu as donné en d'autres fleurira

Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.

Il restera de toi ce que tu as offert

Entre tes bras ouverts un matin au soleil.

Il restera de toi ce que tu as perdu

Que tu as attendu plus loin que tes réveils

Ce que tu as offert en d'autres revivra

Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée

Un sourire germé sur les yeux de ton cœur

Il restera de toi ce que tu as semé

Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.

Ce que tu as semé en d'autres germera

Celui qui perd sa vie un jour la trouvera.

  

LA MORT, ET APRES ?

 Qui pourra me dire la vie après la mort ?

Qui saura trouver les mots de l'au-delà ?

Qui pourra donner une réponse à ma question ?

La mort

Face à cette inconnue

J'imagine, je rêve,

Je projette mes désirs les plus secrets,

Et j'ai peur.

J'aimerais avoir la certitude que tout ce que j'ai vécu,

Mes amours, mon travail, ma vie,

Ne seront jamais anéantis, effacés à tout jamais.

Car la mort ce sont des pleurs, un mur, une fin.

Jésus-Christ, tu as vécu ce chemin d'homme,

Tu as partagé le poids de la souffrance et du deuil.

Mais sur ta route

Tu as semé les germes de l'espérance.

Ta vie, Ta mort, Ta résurrection me l'ont appris :

La mort est passage, la mort est naissance.

 

Ne pleure pas si tu m'aimes


Saint Augustin

Si tu savais le don de Dieu et ce qu’est le ciel,

Si tu pouvais d’ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d’eux,

Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche,

Si un instant tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent …

Quoi ? Tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni me voir, ni m’aimer encore dans le pays des immuables réalités ?

Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît, et qu’Il a fixé, ton âme viendra dans le ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras Celui qui t’aimait et qui t’aime encore, tu retrouveras Son cœur, tu en retrouveras les tendresses épurées…

A Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, infidèle aux souvenirs et aux vraies joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant !

Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus attendant la mort, mais avançant d’instant en instant avec toi, qui me tiendras la main, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie, buvant avec ivresse aux pieds de Dieu un breuvage dont on ne se lasse jamais et que tu viendras boire avec moi …

Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes !…

 

Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort

Antoine de Saint-Exupéry

      Quand nous prendrons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux. Alors seulement nous pourrons vivre en paix et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie, donne un sens à la mort.

      Elle est si douée quand elle est dans l'ordre des choses, quand le vieux paysan de Provence, au terme de son règne, remet en dépôt à ses fils son lot de chèvres et d'oliviers, afin qu'ils le transmettent, à leur tour, aux fils de leurs fils. On ne meurt qu'à demi dans une lignée paysanne. Chaque existence craque à Sun tour comme une cosse et livre ses graines.

      J'ai coudoyé, une fois, trois paysans, face au lit de mort de leur mère — et certes, c'était douloureux — Pour la seconde fois était tranché le cordon ombilical. Pour la seconde fois, un nœud se défaisait : celui qui lie une génération à l'autre. Ces trois fils se découvraient seuls, ayant tout à apprendre, privés d'une table familiale où se réunir aux jours de fête, privés du pôle en qui ils se retrouvaient tous. Mais je découvrais aussi, dans cette rupture, que la vie peut être donnée pour la seconde fois. Ces fils, eux aussi, à leur tour, se feraient têtes de file, points de rassemblement et patriarches, jusqu'à l'heure où ils passeraient, à leur tour, le commandement à cette portée de petits qui jouaient dans la cour.

      Je regardais la mère, cette vieille paysanne au visage paisible et dur, aux lèvres serrées, ce visage changé en masque de pierre. Et j'y reconnaissais le visage des fils. Ce masque avait servi à imprimer le leur. Ce corps avait servi à imprimer ces corps, ces beaux exemplaires d'hommes. Et maintenant, elle reposait brisée, mais comme une gangue dont on a retiré le fruit. A leur tour, fils et filles, de leur chair, imprimeraient des petits d'hommes. On ne mourait pas dans la ferme. La mère est morte, vive la mère !

      Douloureuse, oui, mais tellement simple cette image de la lignée, abandonnant une à une, sur son chemin, ses belles dépouilles à cheveux blancs, marchant vers je ne sais quelle vérité, à travers ses métamorphoses.

 (Antoine de Saint-Exupéry,
Terre des hommes, 1939
Gallimard, Pléiade, p. 257)


Toi aussi tu viendras où je suis

Robert Desnos

Aujourd'hui je me suis promené avec mon camarade.
Même s'il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.
Qu'ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.
Avec mon camarade je me suis promené.
Jadis mes parents
Allaient seuls aux enterrements
Et je me sentais petit enfant.
Maintenant je connais pas mal de morts,
J'ai vu beaucoup de croque-morts

Mais je n'approche pas de leur bord.
C'est pourquoi tout aujourd'hui
Je me suis promené avec mon ami.
Il m'a trouvé un peu vieilli,
Un peu vieilli mais il m'a dit :
Toi aussi tu viendras où je suis,
Un dimanche ou un samedi,
Moi, je regardais les arbres en fleurs,
La rivière passer sous le pont
Et soudain j'ai vu que j'étais seul.
Alors je suis rentré parmi les hommes.


(Robert Desnos, «Etat de veille. Mines de rien 1938»,
dans Destinée arbitraire. Gallimard)

 

La ronde des jours

P. Escalié

Parmi bruyères et genêts,...
Voilà bien longtemps, je suis née.
Je croyais, petite innocente,
Sans fin la ronde des jours...
Que jamais n'en ferais le tour!
Croyais pure entre les roseaux
L'eau murmurante des ruisseaux.
Croyais les mots faits de musique,
Chargés de joie, chargés d'amour,
Et tous les chemins de velours...
Croyais l'oiseau roi de l'azur,
Ayant en l'homme un ami sûr.
Croyais les chiens doux et fidèles,
Léchant les mains si tendrement
Qu'endormaient la peur doucement.
Croyais tous les enfants heureux,
Avec du soleil plein les yeux
Et la tendresse de leur mère...
Beau comme la rosé d'un jour,
Et éternel croyais l'amour.
J'ai vu des amants déchirés
Et leurs beaux serments bafoués.
J'ai vu, des enfants, la tristesse :
Pour eux, ni soleil, ni jardin ;
Pour eux las! faim, peur et dédain...
Ah ! vraiment n'y comprends plus rien
A mordre, on a dressé les chiens...
Le maître aimé les abandonne...
Et, pour l'oiseau, l'homme a choisi
La cage étroite ou le fusil !
Durs, tortueux et incertains,
Pleins de dangers sont les chemins
Où la pierre côtoie l'ornière.
Il est des mots laids et méchants :
Comme la lame ils sont tranchants.
Dans l'eau meurt le poisson d'argent ;
L'eau n'a plus de reflets changeants
Mais de grises franges d'écume.
File, file, file le temps...
Rides au front et cheveux blancs !
Là-bas, bruyères et genêts,
Dans la campagne où je suis née,
A leur saison encor fleurissent.
Continue la ronde des jours,
Et j'en ai fait presque le tour.
Le soleil baisse à l'horizon
Dorant le toit de ma maison...
Le soir tamise la lumière,
Adoucit couleurs et contours :
C'est l'heure d'un plus grand amour.
Ma main s'apaise entre tes mains,
Je rêve encor de lendemains
Où la joie paisible a sa place.
Mon Aimé, voici le déclin,
Notre course touche à sa fin.
Déposons là tous nos fardeaux,
C'est le moment du grand repos.
Conviés à la même fête,
Oublions larmes et soucis.
« Ouvre donc, Seigneur, nous voici ! »

 

Le secret de la mort
Khalil Gibran

Alors Almitra parla, disant, Nous voudrions maintenant vous questionner sur la Mort. 

Et il dit : Vous voudriez connaître le secret de la mort. Mais comment le trouverez-vous sinon en le cherchant dans le cœur de la vie ?

La chouette dont les yeux faits pour la nuit sont aveugles au jour ne peut dévoiler le mystère de la lumière.

Si vous voulez vraiment contempler l'esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie. Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l'océan sont un.

Dans la profondeur de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse connaissance de l'au-delà;

Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.

Fiez-vous aux rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.

Votre peur de la mort n'est que le frisson du berger lorsqu'il se tient devant le roi dont la main va se poser sur lui pour l'honorer.

Le berger ne se réjouit-il pas sous son tremblement, de ce qu'il portera l'insigne du roi ?

Pourtant n'est-il pas plus conscient de son tremblement ?

Car qu'est-ce que mourir sinon se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?

Et qu'est-ce que cesser de respirer, sinon libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu'il puisse s'élever et se dilater et rechercher Dieu sans
entraves ?

C'est seulement lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.

Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter.

Et lorsque la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.

 

Découvrir la tendresse de Dieu
Auguste Valensin

      Les sentiments que je voudrais avoir à cette heure (et que j'ai actuellement) : penser que je vais découvrir la Tendresse. Il est impossible que Dieu me déçoive, l'hypothèse seule est énorme!

      J'irai à lui, et je lui dirai : je ne me prévaux de rien, sinon d'avoir cru en votre bonté. C'est bien là en effet ma force, toute ma force, ma seule force. Si cela m'abandonnait, si cette confiance en l'Amour me désertait, tout serait fini, car je
n'ai pas le sentiment de valoir, surnaturellement, quoique ce soit; et s'il faut être digne du bonheur pour l'avoir, c'est à y renoncer. Mais plus je vais, plus je vois que j'ai raison de me représenter mon Père comme l'indulgence infinie. Et que les
maîtres de la vie spirituelle disent ce qu'ils veulent, parlent de justice, d'exigences, de craintes, mon juge à moi, c'est celui qui tous les jours montait
sur la tour et regardait à l'horizon si l'enfant prodigue lui revenait. Qui ne voudrait être jugé par lui ?

      Saint Jacques a écrit : Celui qui craint n'est pas encore parfait dans l'Amour. Je ne crains pas Dieu, mais c'est moins encore parce que je l'aime que parce que je me sais aimé de lui. Et je n'éprouve pas le besoin de lui demander pourquoi mon Père m'aime; ou ce qu'il aime en moi. Je serais d'ailleurs fort embarrassé pour répondre; même strictement, dans l'incapacité de répondre. Il m'aime parce qu'il est l'Amour; et il suffit que j'accepte d'être aimé de lui pour l'être effectivement.


      Mais il faut que je fasse ce geste personnel d'accepter. Cela, c'est la dignité, la beauté même de l'amour qui le veut. L'amour ne s'impose pas : il s'offre. 0 Père, merci de m'aimer! Et ce n'est pas moi qui vous crierai que je suis indigne! En
tout cas, m'aimer, moi, tel que je suis, voilà qui est digne de vous, digne de l'amour essentiel, digne de l'amour essentiellement gratuit! Oh! cette pensée m'enchante! Me voilà bien à l'abri des scrupules, de la fausse humilité, décourageante, de la tristesse spirituelle.

      On pense d'ordinaire trop à soi et pas assez à lui. Il y a de malheureux théologiens qui ont peur (sans se l'avouer) de faire Dieu trop bon - c'est-à-
dire trop beau. Il est bon, mais il n'est pas faible, qu'ils disent...

      Faible par amour, comme mon Père en est plus grand et plus beau. La croix me donne raison.

Conduis-moi, douce lumière
John Henry Newman

Conduis-moi, douce lumière,
A travers les ténèbres qui m'encerclent.
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!
Garde mes pas: je ne demande pas à voir déjà
Ce qu'on doit voir là-bas :un seul pas à la fois
C'est bien assez pour moi.
Je n'ai pas toujours été ainsi
Et je n'ai pas toujours prié
Pour que tu me conduises, toi, toujours plus avant.
J'aimais choisir et voir mon sentier;
mais maintenant :
Conduis-moi, toi, toujours plus avant!
Si longuement ta puissance m'a béni!
Sûrement elle saura encore
Me conduire toujours plus avant
Par la lande et le marécage,
Sur le rocher abrupt et le flot du torrent
Jusqu'à ce que la nuit s'en soit allée...
Conduis-moi, douce lumière,
Conduis-moi, toujours plus avant!

Seigneur, donne à chacun sa propre mort

Rainer-Maria Rilke

 

Heureux qui peut mûrir sa mort, comme un arbre, jour après jour, de la fleur du printemps au fruit que l'automne ensoleille et qui se détache enfin comme on se donne. Ainsi prie le poète Rainer-Maria Rilke.


Seigneur, donne à chacun sa propre mort,
Enfantée de sa propre vie,
Où il connut l'amour, un sens et la détresse.
Nous ne sommes nous-mêmes que la feuille et l'écorce.
La grande mort que chacun porte en soi,
Elle est le fruit sur lequel tout s'ordonne (...)
Seigneur, accorde-nous le savoir et la force

D'ouvrir et de lier nos vies en espaliers
Pour lesquels fleurira un printemps plus précoce.
Car ce qui fait la mort étrange et difficile,
C'est qu'au lieu de la nôtre arrive l'imprévue,
— L'authentique, la vraie n'ayant pas su mûrir (...)
Ressuscite pour l'homme en son cœur la merveille
De l'enfance éblouie et les contes secrets,
Comme aux primes années où la pensée s'éveille.
Et donne-lui alors de veiller jusqu'à l'heure
Où il enfantera une Mort souveraine,
Comme un parc murmurant ou comme un voyageur
Retour d'une contrée lointaine.


Source : Rainer-Maria Rilke, Le livre de la pauvreté et de la mort, 1906 trad. Les Quatre Saisons, Prières pour chaque jour de l'année, Desclée-Mame, L'automne, 23 nov.

 

Ne pleure pas si tu m'aimes

Saint Augustin

 


Si tu savais le don de Dieu et ce qu’est le ciel,

Si tu pouvais d’ici entendre le chant des anges et me voir au milieu d’eux,

Si tu pouvais voir se dérouler sous tes yeux les horizons et les champs éternels, les nouveaux sentiers où je marche,

Si un instant tu pouvais contempler comme moi la Beauté devant laquelle toutes les beautés pâlissent …

Quoi ? Tu m’as vu, tu m’as aimé dans le pays des ombres, et tu ne pourrais ni me voir, ni m’aimer encore dans le pays des immuables réalités ?

Crois-moi, quand la mort viendra briser tes liens comme elle a brisé ceux qui m’enchaînaient, et quand un jour que Dieu connaît, et qu’Il a fixé, ton âme viendra dans le ciel où l’a précédée la mienne, ce jour-là tu reverras Celui qui t’aimait et qui t’aime encore, tu retrouveras Son cœur, tu en retrouveras les tendresses épurées…

A Dieu ne plaise qu’entrant dans une vie plus heureuse, infidèle aux souvenirs et aux vraies joies de mon autre vie, je sois devenu moins aimant !

Tu me reverras donc, transfiguré dans l’extase et le bonheur, non plus attendant la mort, mais avançant d’instant en instant avec toi, qui me tiendras la main, dans les sentiers nouveaux de la Lumière et de la Vie, buvant avec ivresse aux pieds de Dieu un breuvage dont on ne se lasse jamais et que tu viendras boire avec moi …

Essuie tes larmes et ne pleure pas si tu m’aimes !…

 

 

 

L'amour, la mort, la vie

Paul Éluard

 

Pour Paul Eluard, la vie est plus forte que la mort. Tel est le message de l'amour, de l'affection, de l'amitié. Par delà toute mort, il y a un monde à bâtir, un monde des hommes à bâtir « pour se comprendre et pour s'aimer»; la foi chrétienne dirait: un Royaume à faire advenir.
(Ces poèmes de Paul Eluard sont tirés d'un recueil intitulé « Le Phénix » : un titre que les Pères de l'Eglise appliquaient au Christ, car l'oiseau phénix avait la réputation de renaître de ses cendres.)


J'ai cru pouvoir briser la profondeur l'immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m'a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu'il n'y ait rien ni vitre ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J'avais éliminé l'hivernale ossature
Du vœu de vivre qui s'annule.

Tu es venue le feu s'est alors ranimé
L'ombre a cédé le froid d'en bas s'est étoile
Et la terre s'est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J'avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J'avançais je gagnais de l'espace et du temps
J'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l'espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l'aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j'adorais l'amour comme à mes premiers jours.

Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une boule énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n'est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s'entendre
Pour se comprendre pour s'aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

(Paul Eluard, Derniers poèmes d'amour, Seghers)

 

 

Le suprême jour de l'homme

Jacques Leclercq

 

À la afin de son livre « Le Jour de l'homme », le P. Jacques Leclercq célèbre la Résurrection comme la suprême coïncidence du «Jour de l'homme» avec le «Jour de Dieu». 


Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus.
Qui croit en moi, fût-il mort, vivra.

Et je crois, oui, je crois qu'un jour, ton jour, ô mon Dieu,
je m'avancerai vers toi,
Avec mes pas titubants,
Avec toutes mes larmes dans mes mains,
Et ce cœur merveilleux que tu nous as donné,
Ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est fait pour toi...
Un jour, je viendrai,
Et tu liras sur mon visage
Toute la détresse, tous les combats, tous .les échecs des
chemins de la liberté,
Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n'est pas grave le péché,
quand on est devant toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié.
Mais devant toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
Puisqu'on est tant aimé !
Un jour, ton jour, ô mon Dieu, je viendrai vers toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
Je saurai enfin
Que la tendresse, c'est toi,
Que ma liberté, c'est encore toi.
Je viendrai vers toi, ô mon Dieu, et tu me donneras ton
visage.
Je viendrai vers toi avec mon rêve le plus fou :
T'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers toi, et je te crierai à pleine voix
Toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! J'ai tenté d'être un Homme, et je suis ton en-
fant... »

(Jacques Leclercq, Le Jour de l'homme,
Seuil 1976, p. 152-153)

 

 

L'espoir à tout prix

André Verdet

 

Dieu a mis au cœur de l'homme un goût de la vie si fort, une confiance si invincible que, même dans l'enfer d'Auschwitz, il s'est trouvé des poètes pour chanter « l'espoir à tout prix».


Quand bien même tous les êtres que j'aime viendraient à mourir
Seraient morts me laissant seul à seul
Comme serait morte à jamais si grouillante la terre
Quand bien même éteints astres phares et foyers
Et toi de mon amour éternité
Si la nuit des nuits écrasait le monde
De son pampre touffu de ténèbres glacées
Quand bien même plus un souffle de vie
Hormis le mien
Plus solitaire que le néant
Et plus menacé
Quand bien même l'irrémédiable Carcasse Rien
Alors dans cet univers pétrifié
Mes lèvres forgeraient d'or le nom d'une aurore nouvelle


André Verdet (Auschwitz 30 avril-12 mai 1942), Les Jours, Les Nuits et puis l'Aurore, éd. Giorgio Cegna, Italie, 1978

 

 

Premier Noêl

Denise Gingras-Gosselin

 

Poème pour Yves, décédé par assassinat à l'âge de 27ans.


Et maintenant s'en vient Noël
Qui ne sera plus jamais pareil
Trois croix remplacent le sapin
Celle que je porte et celle du Divin

La troisième était sur le cercueil
De mon enfant dans un linceul
Après les prières d'usage
On m'a remis cet héritage

Je l'ai glissé dans un tiroir
Folle de rage et de désespoir
Puis l'évolution de mon chagrin
Me l'a fait reprendre en main

J'en ai orné mon salon
Suivi d'une étrange réaction
Comme la douée présence
De mon fils en permanence

NON, ce ne sera plus jamais pareil
Pour mes préparatifs de Noël
C'est la fête d'un Enfant
Qui renaît tous les ans

Mais moi je vis le vendredi saint
Qui s'est avéré mon destin
0 Jésus de la crèche
Sois fidèle à ta promesse

J'attends la résurrection
Qui me fait tenir bon
Celle qui à la fin des temps
Me fera retrouver mon enfant

Puisqu'on ne fête pas une mort
Qu'on n'exige pas de moi d'autre décor
Que cet emblème de vie éternelle
Qui symbolise mon espérance du ciel

20 octobre 1986


Source : Parents orphelins. Louise Courteau Éditrice, 1990.

 

Le secret de la mort

Khalil Gibran

 

Khalil Gibran est né en 1883, à Bécharré, au Liban, dans une très ancienne famille chrétienne. Il fut l'un des pionniers du réveil des lettres arabes à la fin du XIXe siècle.


Alors Almitra parla, disant, Nous voudrions maintenant vous questionner sur la Mort. 

Et il dit : Vous voudriez connaître le secret de la mort. Mais comment le trouverez-vous sinon en le cherchant dans le cœur de la vie ?

La chouette dont les yeux faits pour la nuit sont aveugles au jour ne peut dévoiler le mystère de la lumière.

Si vous voulez vraiment contempler l'esprit de la mort, ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie. Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l'océan sont un.

Dans la profondeur de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse connaissance de l'au-delà;

Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.

Fiez-vous aux rêves, car en eux est cachée la porte de l'éternité.

Votre peur de la mort n'est que le frisson du berger lorsqu'il se tient devant le roi dont la main va se poser sur lui pour l'honorer.

Le berger ne se réjouit-il pas sous son tremblement, de ce qu'il portera l'insigne du roi ?

Pourtant n'est-il pas plus conscient de son tremblement ?

Car qu'est-ce que mourir sinon se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil?

Et qu'est-ce que cesser de respirer, sinon libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu'il puisse s'élever et se dilater et rechercher Dieu sans
entraves ?

C'est seulement lorsque vous boirez à la rivière du silence que vous chanterez vraiment.

Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter.

Et lorsque la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.


Source : Khalil Gibran. Le prophète. Casterman, 1983.

 

 

Adieu des parents à une petite Claire

Anonyme

 

Quelle grâce ont reçu les parents de la petite Claire, décédée à huit mois, pour parler ainsi de sa mort !


« Alors comme cela, tout doucement, tranquillement, sans prévenir, tu es partie, Claire, pour suivre la route des Rois Mages peut-être. Aussi simplement que tu regardais, que tu souriais, tu es partie sans que cela pose pour toi le moindre problème. C'est pour nous, qui ne comprenons rien, qui sommes aveugles la plupart du temps que cela en pose. Mais, ma merveille, nous t'avons connue, aimée, tu nous as aimés pendant huit mois et ça, c'est le plus beau cadeau que tu nous aies fait, ta présence, tes sourires, ta joie de vivre, tes regards, ta paix.

      Nous l'avons dit et redit, combien de fois (?), combien tu étais apaisante et comme tu nous faisais du bien, différemment suivant les moments. Tes cris de joie en découvrant la marche à quatre pattes, la joie de te retourner, sur le dos, sur le ventre, d'attraper les objets que tu voyais. Ta présence contemplative, le plaisir que tu avais à être dans les bras, caressant nos joues, attrapant le nez, le menton en prenant tes biberons, ce besoin, tout en te nourrissant, de plonger ton regard dans celui qui te tenait et de toucher en même temps. Toute petite déjà, tu nous as fait comprendre que tu aimais t'« acagnarder », être blottie, enfoncer ta tête dans le creux d'une épaule et ne pas bouger comme pour sentir plus intensément. Ton attitude, cet appel de ton regard nous a toujours obligés à en faire autant avec toi, à nous plonger aussi dans ton regard, où nous avons, nous tous, tous ceux qui t'ont connue, puisé la paix.

      Cette paix, elle émanait, rayonnait de toi après ton départ. Tu n'as jamais été aussi belle, mystérieusement. Quelle splendeur, quelle paix, quelle beauté bienfaisante et nue, là, comme ça, toute simple, confiante et abandonnée, se montrant à qui voulait te voir. Toi, Claire, la paix.

      Tu nous la donnes, tu n'as pas cessé de nous la donner, pour toi, c'est tout simple, j'en suis sûre, ton visage nous l'a dit d'une façon certaine, on ne peut en douter.

      Tu es bien maintenant, tu avais tout compris, tu as tout à nous apprendre à nous, lourds, pesants, aveugles. Tu es voilà différents, nous sommes devenus, tous, comme des arbres qui ont maintenant des racines en l'air, le chemin est
tracé maintenant, nous sommes unis, reliés à tous. Quel cadeau !

      Tu réconcilies les vivants de ce monde avec ceux qui l'ont déjà quitté et tu réconcilies les vivants entre eux. Nous ne sommes plus entourés que par l'amour, la sympathie. Tu nous apprends à mieux vivre. Tu avais tout compris, tu nous le disais avec ton regard, tes caresses, mais nous ne voyions sans doute pas assez, pas autant qu'il l'aurait fallu.

     Tu as pris les grands moyens, certes, mais tu sais, on a bien compris ton message, « aimez-vous ». On va essayer de ne pas être triste, on essaie, on y parvient par moments, mais pas toujours. Tu nous pardonnes et tu nous aides. C'est merveilleux, tu sais, tu n'auras fait que du bien, un bien immense que nous ne mesurons pas, mais qui vient sans cesse, avec ta douceur. On a de la chance de t'avoir connue et que tu sois sortie de nous.

 

Le suprême jour de l'homme

Jacques Leclercq

Puce bleue

À la afin de son livre « Le Jour de l'homme », le P. Jacques Leclercq célèbre la Résurrection comme la suprême coïncidence du «Jour de l'homme» avec le «Jour de Dieu». 


Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus.
Qui croit en moi, fût-il mort, vivra.

Et je crois, oui, je crois qu'un jour, ton jour, ô mon Dieu,
je m'avancerai vers toi,
Avec mes pas titubants,
Avec toutes mes larmes dans mes mains,
Et ce cœur merveilleux que tu nous as donné,
Ce cœur trop grand pour nous puisqu'il est fait pour toi...
Un jour, je viendrai,
Et tu liras sur mon visage
Toute la détresse, tous les combats, tous .les échecs des
chemins de la liberté,
Et tu verras tout mon péché.
Mais je sais, ô mon Dieu, que ce n'est pas grave le péché,
quand on est devant toi.
Car c'est devant les hommes que l'on est humilié.
Mais devant toi, c'est merveilleux d'être si pauvre,
Puisqu'on est tant aimé !
Un jour, ton jour, ô mon Dieu, je viendrai vers toi.
Et dans la formidable explosion de ma résurrection,
Je saurai enfin
Que la tendresse, c'est toi,
Que ma liberté, c'est encore toi.
Je viendrai vers toi, ô mon Dieu, et tu me donneras ton
visage.
Je viendrai vers toi avec mon rêve le plus fou :
T'apporter le monde dans mes bras.
Je viendrai vers toi, et je te crierai à pleine voix
Toute la vérité de la vie sur la terre.
Je te crierai mon cri qui vient du fond des âges :
« Père ! J'ai tenté d'être un Homme, et je suis ton en-
fant... »

(Jacques Leclercq, Le Jour de l'homme,
Seuil 1976, p. 152-153)

 

 

La ronde des jours

P. Escalié

 

Le printemps de la vie et son innocence, l'été de la vie et ses combats, l'automne de la vie et son apaisement, une femme-poète a chanté « la ronde des jours », —jusqu'au dernier, le jour du retour à la maison. «Ouvre donc. Seigneur, nous voici», avec la guirlande de nos souvenirs.


Parmi bruyères et genêts,...
Voilà bien longtemps, je suis née.
Je croyais, petite innocente,
Sans fin la ronde des jours...
Que jamais n'en ferais le tour!
Croyais pure entre les roseaux
L'eau murmurante des ruisseaux.
Croyais les mots faits de musique,
Chargés de joie, chargés d'amour,
Et tous les chemins de velours...
Croyais l'oiseau roi de l'azur,
Ayant en l'homme un ami sûr.
Croyais les chiens doux et fidèles,
Léchant les mains si tendrement
Qu'endormaient la peur doucement.
Croyais tous les enfants heureux,
Avec du soleil plein les yeux
Et la tendresse de leur mère...
Beau comme la rosé d'un jour,
Et éternel croyais l'amour.
J'ai vu des amants déchirés
Et leurs beaux serments bafoués.
J'ai vu, des enfants, la tristesse :
Pour eux, ni soleil, ni jardin ;
Pour eux las! faim, peur et dédain...
Ah ! vraiment n'y comprends plus rien
A mordre, on a dressé les chiens...
Le maître aimé les abandonne...
Et, pour l'oiseau, l'homme a choisi
La cage étroite ou le fusil !
Durs, tortueux et incertains,
Pleins de dangers sont les chemins
Où la pierre côtoie l'ornière.
Il est des mots laids et méchants :
Comme la lame ils sont tranchants.
Dans l'eau meurt le poisson d'argent ;
L'eau n'a plus de reflets changeants
Mais de grises franges d'écume.
File, file, file le temps...
Rides au front et cheveux blancs !
Là-bas, bruyères et genêts,
Dans la campagne où je suis née,
A leur saison encor fleurissent.
Continue la ronde des jours,
Et j'en ai fait presque le tour.
Le soleil baisse à l'horizon
Dorant le toit de ma maison...
Le soir tamise la lumière,
Adoucit couleurs et contours :
C'est l'heure d'un plus grand amour.
Ma main s'apaise entre tes mains,
Je rêve encor de lendemains
Où la joie paisible a sa place.
Mon Aimé, voici le déclin,
Notre course touche à sa fin.
Déposons là tous nos fardeaux,
C'est le moment du grand repos.
Conviés à la même fête,
Oublions larmes et soucis.
« Ouvre donc, Seigneur, nous voici ! »

 

 

Mourir Ressusciter

Jean-François Six

 


Prière pour demander d'accepter de mourir, prière pour vouloir que la Résurrection ne soit pas imaginée comme la survie où je me récupère, mais la vie de l'Autre dont je ne sais rien si ce n'est ce qu'il a dévoilé, cette vie qui en tout cas ne veut pas détruire, ici-bas, l'existence et la mort même de l'homme, mais lui donner un Ailleurs. Prière d'humilité pour ne pas accomplir ce tour de passe-passe qui consiste à confisquer par l'au-delà l'aujourd'hui où meurent les hommes.

      Certains refusent les agenouillements ; ils ont peur des humiliations, ils veulent être des hommes debout. Dieu ! que je les comprends ! J'aime prier debout. J'aimerais être enterré debout, en signe de prière de résurrection, en signe d'attente de la résurrection.

      Quand, transpercé par la mort et par la lumière faite sur ma vie, je m'apercevrai que je me suis mal laissé aimer par l'Amour, quand, devant le Père de Jésus et le mien, je verrai que j'ai mal aimé parce que j'ai souvent refusé d'être aimé, alors, je le sais, l'Esprit, plus que jamais, priera à travers ma pauvreté nue. Et le Père de tendresse se contentera de me regarder avec humour en disant, comme réponse à cette ultime prière : « Comment vas-tu ? »

      Le rythme « Christ mort et ressuscité » : rythme de notre vie, rythme de notre prière. Mourir à nos forces de mort et ressusciter à nos forces de vie. Mourir à tout ce que nos gestes ont d'étriqué, mourir à tout ce que nos pensées ont d'incohérent, mourir à tout ce que nos cœurs ont de stérile. Ressusciter à une vie qui est la nôtre et qui est greffée d'une Autre.


Lette à la petite Josiane

Papa et maman

 

Nous offrons à tous les parents qui comme
nous ont vécu la perte d'un enfant, ou à
ceux qui éventuellement auront à y faire
face un jour, cette lettre d'espoir et d'amour. Josianne est décédée à l'âge de deux ans et quatre mois.


      Il y a déjà trois ans que tu n'es plus de ce monde, même si dans nos cœurs tu existes toujours. C'est avec grande émotion mais avec tellement de conviction que je t'écris cette lettre, sachant même que tu n'as pas à la lire, car c'est toi mon inspiration à présent.

      Il y a eu et il y a encore des moments très difficiles à traverser ; et, de toute  évidence, il y en aura toujours. Certes, ta présence physique est ce qui nous manque le plus ; ta beauté, ton sourire, ta démarche, ton intelligence, bref, tout ce qui faisait de toi ce petit être que tous chérissions.

      Ton séjour fut très court sur cette terre, mais combien fut-il rempli ! Tu fus de passage tel un petit ange venu pour apporter la bonne nouvelle... Il est très difficile de comprendre toutes ces choses. On se pose des tas de questions, sans aucune réponse concrète, mais je conserve un grand espoir qu'il y a une suite à tout cela. Depuis cette grande épreuve, j'ai acquis une sérénité jusqu'ici inconnue en moi-même.

      Je vois la vie sous un nouveau jour ; je mords à belles dents dans tout ce qui avait plus ou moins d'importance à mes yeux ; un rien m'éblouit ; le chant d'un oiseau, la pluie, la neige, les enfants, les vieillards, finalement tout ce que j'ai manqué de si merveilleux auparavant et qui semblait faire partie du quotidien. Il suffît  malheureusement d'avoir traversé une telle épreuve pour se rendre compte que tout ce qui existe autour de nous est si vulnérable et éphémère, et en même temps tellement précieux pour ceux qui savent être à l'écoute et attentifs à tout ce qui respire et transpire cette promesse d'éternité dans sa moindre parcelle.

      Il m'arrive souvent de revivre les derniers instants de ta vie jusqu'au moment où tu fus revêtue d'un linceul de neige. Ce sont des événements qui arrivent si soudainement et l'on doit agir si précipitamment qu'il nous semble vivre un mauvais rêve. L'on se doit défaire le point à un moment donné ; c'est très difficile de ressasser ces moments, mais je crois que c'est nécessaire pour pouvoir apprendre à continuer de vivre face à cette vérité. C'est comme si je visionnais un film où je ne serais pas du tout concernée; évidemment, c'est le film le plus triste que j'aie jamais vu. Je me demande comment cette mère, très lucidement d'ailleurs, fait pour être capable de bercer sa petite en lui chantant ses berceuses préférées pour la dernière fois, alors qu'elle vient de rendre le dernier soupir. Elle va même jusqu'à bricoler avec son garçon de 8 ans un petit ange de soie et de dentelle qu il veut offrir à sa petite sœur pour décorer son cercueil blanc.

      Aujourd'hui, alors que je revois ces images plus sereinement, je me surprends à me plaire dans cette vision, allant même jusqu'à avoir trouvé la cérémonie des funérailles très belle. Je me rappelle avoir tout préparé avec soin, tout comme je l'aurais fait le jour de ton mariage : tes petits bijoux, tes barrettes, ta plus belle robe bien pressée. Toi qui étais déjà si coquette, je suis certaine que tu as bien apprécié. Lorsque nous sommes arrivés le premier jour au salon funéraire, c'est avec le cœur rempli d'émoi, malgré tout le chagrin qui nous habitait, sans oublier toute l'amertume encore non extériorisée, que nous nous sommes avancés, papa, Yann et moi, vers la plus belle de tous les anges. Nous étions très fiers de présenter à nos amis, qui sont venus sympathiser avec nous, notre petite poupée, parmi ce jardin des merveilles des plus fleuris qui semblait faire partie d'un conte de fées.

      Toi qui aimais les rondes et les fêtes, tu as été des plus choyées. Je n'avais jamais vu un aussi beau cortège. Les quatre petits copains de Yann, escortant ton «berceau», affichaient une fière allure en te berçant une dernière fois.. Même la petite réception que nous avons donnée pour recevoir parents et amis intimes fut très bien réussie. Tes petits cousins et cousines fêtaient avec toi ce qui devait être la plus belle journée de ta courte vie. Je sais que tu y es pour quelque chose, autrement je n'aurais pu m'en sortir de cette façon. Je suis convaincue que tu revis, non pas près de nous, mais en nous.

      Tu te fais encore bercer, mais au gré de nos sentiments, tantôt d'une manière paisible, mais tantôt avec un peu de colère. Excuse-nous pour ce rythme saccadé, toi qui marquais si bien la cadence... C'est probablement ce que tu as fait grandir en nous qui nous chavire tant, nous qui faisions tout notre possible pour t'aider à grandir en sagesse et en beauté ; voilà que les rôles semblent inversés. Pour ce qui est de grandir en beauté, je dois te dire que tu avais bien débuté ; tu étais d'une beauté indescriptible. Je peux encore admirer tes beaux yeux noirs, car tu possédais les mêmes yeux que papa, ces derniers reflétant encore quelquefois les mêmes larmes que les tiens, et, vois-tu, je continue à les essuyer. Pour ce qui est de ta sagesse, tu y es parvenue avant nous ; mais en acceptant de te voir mener une vie autre que sur terre, je pense être sur le point d'atteindre une partie de ta sagesse et je t'en remercie.

      Sache bien que malgré ces deux courtes années, lesquelles ont été nos plus belles, tout ce que nous avons bâti ensemble, pour toi et avec toi, fut fondé sur ce qu'il y avait de plus grand. Les joies que tu nous a apportées sont immenses et elles alimenteront tous nos jours à venir, jusqu'à ce que nous nous réunissions tous dans le petit nid d'amour que tu es sûrement en train de nous tisser dans un coin du paradis.

      En attendant, aime-nous comme nous t'aimons, intensément et du plus profond de notre cœur ! Pense à nous comme nous pensons si souvent à toi, à chaque instant, seconde et minute de notre vie! Écoute-nous comme nous saurons être à l'écoute de nos instincts guidés par la voix de Dieu en toi ! Attends-nous patiemment comme nous avons si bien su t'attendre, si bien su préparer ton arrivée durant neuf mois tant prémédités ! Je ne sais comment te remercier, ma chérie, pour tout ce que tu as su nous léguer en héritage : ton amour, lequel je sens déborder avec tous ceux qui m'entourent et que j'aime ; la force et l'espoir que tu nous donnes ; merci pour la vie que tu as permis de donner à un autre enfant, par le second souffle de vie que tu lui as offert !

      Merci pour le courage que tu nous a donné quand nous avons pris la décision de donner à Yann un petit frère que tu as sans doute croisé sur ta route céleste. Sois bien assurée, mon amour, que cet enfant ne te remplacera jamais, mais tout ce que nous souhaitons, c'est de pouvoir lui procurer autant de joie et d'amour que nous t'avions prodigués et que tu nous rendais si bien.

      Merci finalement à Dieu qui nous donne la chance de sortir grandis de cette lourde épreuve et surtout de m'avoir permis d'exprimer des sentiments tellement profonds et difficiles à mettre sur papier, car j'ai dû m'interrompre d'écrire à plusieurs reprises, quelques larmes étant venues s'ajouter à ce tableau...

Au revoir, notre petit ange !

Maman et papa.

 

 

Je m'abandonne à Toi

Jean Delumeau

 

Agrégé d'histoire, professeur au Collège de France, Jean Delumeau est un catholique engagé. Face à la mort, il exprime sa foi. Ce scientifique de 77 ans exprime aussi son désir de pouvoir s’abandonner entre les mains de son Sauveur, le jour de sa mort. Cette prière est comme un credo où l’on retrouve la dimension de la communion en Eglise. Un soutien pour renouveler sa foi dans la Résurrection


J’aimerais être assez conscient
pour redire la parole du Sauveur :
«Père, entre tes mains je remets ma vie.»
Elle a eu ses peines et ses joies,
ses échecs et ses succès,
ses ombres et ses lumières,
ses fautes, ses erreurs et ses insuffisances,
et aussi ses enthousiasmes, ses élans et ses espérances.

J’ai terminé ma course.
Que je m’endorme dans ta paix et dans ton pardon!
Sois mon refuge et ma lumière.
Je m’abandonne à toi.
Je vais entrer dans la terre.
Mais que mon ultime pensée soit celle de la confiance.
Puissè-je alors me rappeler le verset cité par saint Paul :
«Éveille-toi, ô toi qui dors, lève-toi d’entre les morts,
et sur toi luira le Christ !»

Sûr de ta Parole, Seigneur,
je crois que je revivrai avec tous les miens
et avec la multitude de ceux
pour qui tu as donné ta vie.
Alors la Terre sera rénovée, réhabilitée,
et il n’y aura plus ni mort, ni peur, ni larme..